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Lutter pour une gestion intégrée des ressources de l’eau en Inde. Deuxième partie

La Fondation pour le développement rural en Inde soutient qu’il faut laisser couler les rivières et mettre en place de nombreuses stations de dépollution par traitement biologique.

Ina RANSON

12 / 2001

Les grands aménagements des circuits d’eau entrepris depuis le 19e siècle ont été faits dans une ignorance quasi totale de la complexité des éco-sytèmes. Pendant des centaines d’années, l’Inde avait été connue comme le pays où les rivières et les puits ne tarissaient jamais. En témoignent, entre autres, les récits de voyages du Grec Mégasthènes (3e siècle av. J.-C.). Toujours, pendant les neuf mois sans pluie, les glaciers, les fleuves, les rivières et les racines des arbres continuaient à approvisionner les nappes phréatiques. Celles-ci se trouvaient alors à 10 ou 15 pieds sous la surface (5 m au maximum), facilement accessibles. La première grande famine en Inde survint en 1878, quand des régions entières manquèrent soudain d’eau. Ce fut la conséquence de la construction des premiers grands barrages par les Anglais. Mais les Anglais avaient surtout montré la voie du « progrès ». Après la décolonisation, Nehru croyait bien faire en favorisant la construction de très nombreux barrages et canaux considérés comme les « cathédrales du progrès ».

La Fondation pour le développement rural en Inde voudrait retrouver le respect des équilibres naturels. Elle s’efforce de :

1. Mieux comprendre les équilibres naturels et orienter les aménagements de façon à ne pas les détruire

Ce n’est que depuis peu de temps qu’on commence à comprendre les erreurs de cette époque. Les plus importantes sont l’abattage des forêts, notamment sur les pentes de l’Himalaya, la construction des grands barrages et des canaux imperméables, la déresponsabilisation des acteurs locaux dans le domaine de la gestion de l’eau.

Des études récentes, comme celle de Wohan Z. Zhang, de l’université de Wuhan (Department of Engeneering and Hydrology) font comprendre comment fonctionne l’équilibre écologique complexe de la récolte, de la préservation et de la répartition de l’eau, et pourquoi les grands barrages et les canaux pérennes et imperméables entraînent des pertes d’eau énormes. Pour les minimiser, il faut respecter les processus naturels et orienter les aménagements de façon différente. C’est seulement après avoir bien étudié l’écoulement de l’eau, sur toutes les périodes de l’année, que l’on peut décider à quel moment et à quel endroit il est possible de dériver l’eau d’une rivière sans risquer de trop grandes pertes. Avant tout, il faut remplacer les canaux imperméables par des « anicuts » où l’eau pourra se déverser lors de la mousson quand le débit sera adéquat. Ce n’est qu’à cette période de l’année que l’eau pourrait être stockée dans les grands réservoirs artificiels. Autrement les grands barrages ont pour conséquence l’assèchement non seulement des rivières, mais aussi des nappes phréatiques des alentours. La chose la plus importante est de « permettre aux rivières de couler ».

2. Impliquer les populations locales dans la gestion de l’eau, réaliser des projets pilotes

Il importe de revaloriser les méthodes de gestion traditionnelles de l’eau, assurées auparavant par les habitants des villes et des villages : construction de petits barrages, de simples digues de terre, de réservoirs d’eau de pluie… Mais il est indispensable que les utilisateurs eux-mêmes en aient la charge. La collecte des eaux de pluie peut aussi être réintroduite dans les villes tout en cherchant des améliorations des méthodes et des installations. La Rural Development Foundation of India a développé des projets aussi bien à la campagne que dans la ville de Delhi.

3. Développer des technologies innovatrices de dépollution et de recyclage des eaux usées

La dépollution, le recyclage des eaux usées est l’autre préoccupation de la « Rural Development Foundation of India ». Les autorités de Delhi ont été sommées par la Cour Suprême d’épurer toutes les eaux usées de la ville à court terme. Mais peu de choses se passent, et il n’y a pas l’argent requis pour construire les stations d’épuration nécessaires. Dans ce contexte, l’association est en train de travailler sur une technologie d’épuration alternative, non mécanique, à partir d’un procédé développé et expérimenté avec succès à Mirzapur, au Bangladesh, pour purifier les eaux usées des habitations. L’évaluation de la Banque Mondiale avait été très positive.

La « Rural Development Foundation a ajouté à ce procédé trois autres étapes de dépollution afin de pouvoir épurer aussi les eaux usées extrêmement toxiques de Delhi. Les eaux usées auront à passer par cinq bassins (voir fiche spécifique). Dans les trois derniers, ce sont différentes plantes qui éliminent les contaminants et dans le cinquième bassin, les poissons pourront être pêchés et vendus. Une fois construite, le projet s’autofinancera. Ce procédé qui est de loin meilleur marché que le système classique devra prochainement être expérimenté dans un projet pilote à Delhi. S’il est possible de trouver les subventions nécessaires, il sera mis sur pied dans 18 mois.

La mise en place d’une gestion plus écologique des circuits d’eau nécessitera la mise en place d’un grand nombre de projets de petite ou de moyenne taille.

L’objectif général sera :

- la diminution très significative des pertes d’eau due à une gestion ignorant les processus naturels,

- le rechargement des nappes phréatiques,

- la préservation de la vie aquatique,

- la diminution de la pollution,

- le retour de la navigation pendant toute l’année sur les fleuves du Gange et de la Yamuna,

- une meilleure protection des pèlerins

- une meilleure protection de tous ceux qui utilisent l’eau des rivières.

Non seulement la Cour Suprême de l’Inde, mais aussi le Comité du Plan (Planning Commission of India), institué par le gouvernement et composé de personnalités très reconnues a publiquement pris position pour les solutions proposées par Sureshwar Sinha.

Mais le malheur est que les ingénieurs et les techniciens n’ont pas pris conscience de l’évolution des savoirs sur l’écologie. Pas plus que les experts financiers, notamment de la Banque Mondiale. En Inde, le département de l’irrigation emploie une centaine de personnes, toutes ayant intérêt à ce que les grands travaux continuent. Les grands projets permettent la manipulation et le détournement d’importantes sommes d’argent. Pour les banques, les grands contrats sont financièrement beaucoup plus intéressants qu’une multitude de petits projets tels que les recommande le scénario alternatif de la Rural Development Foundation of India.

Mots-clés

épuisement des ressources hydriques, eau, qualité de l’eau, écologie, lutte contre la pollution


, Inde, Delhi

dossier

Regards croisés sur la gestion de l’eau

Commentaire

Voir aussi fiche : Lutter pour une gestion intégrée des ressources de l’eau en Inde. Première partie. Un combat tenace contre le défi majeur de la raréfaction et de la pollution de l’eau, combat soutenu par la Cour Suprême de l’Inde.

Notes

Contact : Sureshwar D. Sinha, Rural Development Foundation of India, 73, Sainik Farms, Khanpur, New Delhi 110062, Inde - sureshwarsinha AT hotmail.com

Cette fiche a été rédigée lors de l’Assemblée mondiale des citoyens organisée par l’Alliance pour un monde responsable, pluriel et solidaire, Lille, décembre 2001.

Source

Entretien avec Sureshwar D. Sinha

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