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La résidentialisation, remède au ’déficit d’urbanité’ ? L’approche de Philippe Panerai

Violaine PINEL

12 / 2001

Retrouver "un fonctionnement normal de quartier" pour le réinsérer dans la ville, refaire de l’urbain là où l’on a que des juxtapositions de tours et de barres, recréer des espaces privatifs appropriables par les habitants et des espaces publics de qualité, tels sont les objectifs assignés à la résidentialisation. Comment sont-ils mis en uvre ? Le projet de l’architecte et urbaniste Philippe Panerai, en cours de réalisation sur le quartier de Teisseire à Grenoble, et qui comporte un volet résidentialisation, résume les options choisies sur un grand nombre de sites.

La résidentialisation doit se faire dans le cadre d’un projet urbain d’ensemble afin d’entrer en adéquation avec les autres transformations urbaines du quartier (notamment la restructuration de la trame viaire). Elle se traduit prioritairement par une redéfinition du statut des espaces car souvent dans les grands ensembles la distinction entre espaces publics et espaces privés n’est pas aussi nette que dans le reste de la ville. On y a plutôt affaire à des espaces collectifs indifférenciés qui apparaissent comme publics, sont utilisés comme tels et qui en réalité appartiennent la plupart du temps au bailleur (exemple : certains espaces de stationnement) ou au contraire des espaces publics qui sont appropriés par certains groupes. En conséquence, ces espaces d’une part ont un fonctionnement spécifique qui entraîne confusions de responsabilités, problèmes de gestion, et d’autre part ne permettent pas une appropriation par les habitants voire peuvent être sources de conflits d’usages.

Redéfinir le statut et la vocation des espaces

L’objectif principal de la résidentialisation est justement de créer d’un côté des espaces plus privatifs (semi-privés) et de l’autre d’affirmer le caractère vraiment public des espaces publics. P. Panerai insiste : "Ils ont vocation à devenir des espaces publics de la ville de Grenoble et pas seulement de la cité Teisseire. Il s’agit donc de les désigner, d’affirmer leur pérennité et de permettre leur amélioration". Séparer et hiérarchiser les espaces, requalifier leurs fonctions. La redéfinition des domaines public et privé passe bien souvent par une redistribution de la propriété foncière. Pour cela, un travail de repérage des domanialités est nécessaire afin d’identifier qui possède quel terrain, quelles sont les compétences de chacun et quel est le foncier disponible pour une intervention urbaine. Ce repérage est parfois compliqué et demande du temps car il existe du foncier privé sur lequel des équipements publics sont construits, ou encore des doubles domanialités (entre ce qu’il y a sur le sol et le sol ou entre le sol et le sous-sol). L’objectif est de créer des assiettes foncières autour des barres ou tours, c’est-à-dire de donner aux espaces environnant les immeubles un statut privé, afin de revenir à une logique de cour d’immeuble et donc de procéder à des transferts de propriété, par exemple de la ville vers le bailleur dans le cas de Teisseire. Ceci pour permettre un usage semi-privé par les habitants, mais aussi pour autoriser l’évolution du bâti, voire la construction de nouveaux logements : "Pour se libérer du plan masse actuel et du principe de remplacement d’une tour par une tour et d’une barre par une barre, il faut asseoir chaque immeuble sur une parcelle qui permette de reconstruire soit un bâtiment plus épais, pour éventuellement créer un parking souterrain, soit plusieurs petits bâtiments, etc.".

Créer des unités résidentielles appropriables par les habitants

Ce sont ces espaces, réorganisés et démarqués, que l’on appelle unités résidentielles. Pour P. Panerai, elles ouvrent la possibilité d’usages populaires : "Elles doivent permettre aux habitants de trouver des lieux d’activités. Ces activités familiales ou collectives vont du bricolage et de l’entraide au travail au noir. L’enjeu est de trouver les moyens de faire passer progressivement le travail informel dans le cycle économique officiel". La création d’espaces privatifs clos doit faciliter "la constitution d’unités de vie où les gens se sentent chez eux, avec une cour-jardin dans laquelle entrent les voitures". Au-delà de l’appropriation de ces espaces résidentiels par les habitants, les organismes HLM et leurs partenaires espèrent qu’ils vont engendrer une "amélioration des relations sociales" et une diminution de l’insécurité, à travers la mise en place d’un contrôle social sur l’utilisation des espaces, afin notamment d’éviter les regroupements de jeunes. En effet, on veut que ces unités favorisent la responsabilisation des habitants par des dispositions leur permettant de prendre en charge leur espace domestique, et donc de "restaurer une autorité des habitants sur l’espace, qui pourra ensuite s’étendre à l’espace public".

Résidentialiser doit également permettre d’améliorer la gestion de proximité grâce à une meilleure lisibilité de la répartition des espaces et à une meilleure coopération entre les acteurs.

Mots-clés

aménagement urbain, aménagement de l’espace public, relations sociales, politique de la ville


, France, Rhône-Alpes, Isère, Grenoble

Notes

Contact : Philippe Faucheux, responsable de la mission DSU, Hôtel de ville de Grenoble - Tél. : 33 (0)4-76-76-37-93 - philippe.faucheux@ville-grenoble.fr

Sources complémentaires : Teisseire, de la cité au quartier, avant projet de l’Atelier Philippe Panerai, mars 1998 ; Une stratégie de réinsertion du quartier dans la ville, in Projet urbain, n°18, septembre 1999 ; Résidentialisation, requalifier les espaces de proximité, CDC et FNSAHLM, mai 2001.

Entretien avec FAUCHEUX, Philippe

Source

Personne ressource ; Livre

PINEL, Violaine, De la politique de la ville au renouvellement urbain, CR¨DSU in. Les cahiers du DSU, 12/2001 (France), 31-32, 26

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