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Le cas tunisien des métiers d’art et d’artisanat pour un développement durable promoteur des compétences féminines

Georges THILL, Jean-Paul LEONIS

09 / 2001

L’expérience tunisienne de revalorisation de techniques traditionnelles représente, dans le cadre du développement durable, un réel enjeu pour permettre un développement durable à des zones insulaires et côtières, plus exposées et fragilisées que toutes les autres régions par l’accélération des mutations économiques et industrielles. Cette revalorisation : un facteur non négligeable pour la promotion de ces zones à la fois en termes socio-économiques et culturels. Ainsi, les métiers d’art et d’artisanat pour les femmes du Sud tunisien (île de Djerba et côte de Gabès) et de la région du littoral Nord-Est tunisien (Gouvernorats de Bizerte et de Nabeul) sont révélateurs des capacités de créativité permettant de répondre à des usages personnels et familiaux quotidiens, mais aussi à des impératifs économiques, professionnels et financiers pour un développement intégré et durable de ces zones.

En particulier, lorsqu’il s’agit, pour un pays comme la Tunisie, de pouvoir tabler sur le tourisme, ces métiers d’art et d’artisanat restituent toute une mémoire collective nécessaire à la réussite d’une innovation. L’artisanat fait partie intégrante du patrimoine identitaire et constitue pour les femmes un facteur essentiel d’intégration et d’insertion économique et sociale dans le cadre d’un développement durable. La partie n’est jamais gagnée d’avance, car les contradictions apparaissent de plus en plus quand ces zones fragiles deviennent des zones d’industrie touristique (Djerba) ou d’industrie chimique (Gabès). S’il y a des effets positifs de promotion sociale pour les femmes, il y a aussi des effets négatifs, désintégrateurs de tout un patrimoine identitaire et d’histoire et de culture, et l’essor des métiers de l’artisanat et de l’accès effectif des femmes artisannes au circuit productif régional, voire national, s’en trouve fortement compromis.

Une manière de répondre à ce défi, c’est de faire appel à une mobilisation universitaire, scientifique, politique, pour faire reconnaître les compétences spécifiques des artisanes elles-mêmes et faire admettre dans le domaine du développement régional qu’une politique touristique ne peut être durable que si elle combine, dans un équilibre harmonieux, entre le milieu naturel et les activités humaines, des implantations touristiques avec des constructions hôtelières et des aménagements urbanistiques permettant de valoriser le patrimoine culturel avec son savoir-faire traditionnel et ancestral grâce à des marchés locaux favorisant la commercialisation des produits de l’artisanat.

L’Institut National du Patrimoine de Tunis (INP), dont l’originalité de l’existence mérite d’être soulignée, s’est ainsi lancé dans un programme d’inventaire des métiers d’art et d’artisanat féminins en Tunisie pour recenser les métiers artisanaux et les savoir-faire traditionnels des femmes. Des équipes pluridisciplinaires universitaires effectuent par des méthodes scientifiques éprouvées des tests de qualité et de durabilité des produits. En effet des analyses chimiques de pointe permettent, pour les matériaux utilisés (tissage, métaux, poterie...) de dégager des marqueurs d’authenticité d’origine susceptibles de rendre compte de la norme et de la formulation caractérisant le produit artisanal comme authentique et de vérifier la non toxicité des colorants naturels, des teintures végétales, employés dans les produits.

Des méthodologies transversales ont rendu possible la mise en place d’une banque de données sur les métiers d’art traditionnels, l’organisation d’ateliers de réflexion, d’évaluation et de prospective pour l’établissement de circuits économiques et commerciaux à privilégier. Elles ont permis des éco-musées, sortes de musées vivants, créant des emplois pour les artisanes et les artisans qui, à leur tour, peuvent assurer la transmission de leur savoir-faire par la formation des jeunes. Un sponsoring du programme européen MEDA, de l’UNESCO et de particuliers favorise la reconnaissance et la promotion, sur les plans national et international, de ces métiers. Mais il faut à cet égard savoir qu’une intermédiation de réseaux associatifs regroupant tous les acteurs concernés, y compris les universitaires, les scientifiques et les promoteurs touristiques, sans oublier les premières bénéficiaires, à savoir les artisanes, permet d’assurer et d’évaluer la dynamique socio-économique et culturelle de ce type de valorisation. A noter qu’aux rencontres PRELUDE de Rhodes, Grèce (avril-mai 1998), et de Tunis - Hammamet (mai 2000), l’accent a été mis sur les limites d’une simple expertise scientifique pour assurer la réussite de ces métiers, comme il a été souligné aussi que les savoir-faire des artisannes, souvent analphabètes et généralement peu instruites, ne peuvent assurer seuls quelque durabilité au marché de leurs produits. La nécessité de la co-expertise s’est avérée incontournable, car elle ouvre des perspectives de sauvegarde des compétences et des acquisitions des artisanes, mais aussi des perspectives de formation pour lutter contre les carences qu’elles connaissent et pour répondre aux demandes de formation qu’elles sont heureuses de solliciter à travers la médiation de réseaux associatifs.

Mots-clés

femme, artisanat, développement local, valorisation des savoirs traditionnels, valorisation du savoir faire, patrimoine culturel, tradition et modernité, recherche action


, Tunisie, Djerba, Gabes, Bizerte, Nabeul

Commentaire

Le cas tunisien est révélateur de ce que, d’une part, tout développement durable doit s’inscrire dans un champ local, recourir à toutes les ressources naturelles et humaines à combiner avec des ressources scientifiques pour qu’à la fois la durée, l’équité sociale et la viabilité économique et écologique soient assurées et que les arts de faire traditionnels trouvent place dans des dynamiques de co-développement durable à l’échelle régionale et nationale comme à l’échelle planétaire dans un univers de globalisation tronquée: économique, financière et technologique. L’importance du rôle des femmes comme actrices décisives dans le développement doit pouvoir encore être fortement valorisé dans l’imaginaire social et pour une co-expertise scientifique et participative efficace techniquement et efficiente socialement.

Source

Compte rendu de colloque, conférence, séminaire,…

Nozha Sekik, PRELUDE, Enjeux et perspective des métiers d'art et d'artisanat pour les femmes tunisiennes, Georges Thill, 2000 (Belgique), numéro spécial hors série, p.349-351, Séminaire international Tunis-Hammamet, mai 2000

Prélude International (Programme de Recherche et de Liaison Universitaires pour le Développement) - Facultés universitaires, 61 rue de Bruxelles, 5000 Namur, BELGIQUE - Tél. 32 81 72 41 13 - Fax 32 81 72 41 18 - Belgique

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