español   français   english   português

dph participe la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Le secteur informel à Maroua, au Cameroun

Edouard KALDAPA

09 / 2002

Contexte :

L’expérience est menée par le Comité Diocésain de Développement (CDD) du Diocèse de Maroua Mokolo dans le cadre de ses efforts de promotion humaine.

L’action est réalisée à Maroua, chef lieu de la province de l’extrême Nord Cameroun.

Maroua est une ville de plus de 250 000 habitants (en l’an 2000). Sa population croit à un rythme accéléré.

Le secteur informel se développe à travers les petits métiers (blanchisseurs, cireurs de chaussures couturiers, coiffeurs, vendeurs d’eau, pousseurs, etc.).

Ce secteur de la débrouillardise est sans encadrement spécifique, ni de la part de l’Etat, ni de la part des organismes d’appui.

Ainsi, une invitation des autorités administratives a été lancée aux responsables religieux afin de faire quelque chose pour la ville de Maroua où se développe de nombreux fléaux tels que la délinquance, le chômage, l’alcoolisme, etc. Le CDD a mis en route un projet urbain.

L’une des activités qu’accompagne le projet urbain dans le secteur de la débrouillardise est l’activité des vendeurs d’eau, objet du présent récit.

Récit :

Le CDD du diocèse de Maroua-Mokolo travaille pour l’auto promotion des populations pauvres et vulnérables. Il vise l’émergence des structures capables de s’organiser, de planifier leurs activités et de défendre leurs intérêts, donc de se prendre en charge.

Les vendeurs d’eau sont des débrouillards qui débarquent des villages pour la ville à la recherche des revenus monétaires afin de secourir la famille restée au village. Ce groupe est essentiellement analphabète. Sans disposer des moyens de travail au départ, ils sont obligés de travailler pour des commerçants et des fonctionnaires propriétaires des points d’eau et du pousse-pousse.

Description de l’activité des vendeurs d’eau :

La vente d’eau est une activité économique qui se déroule essentiellement dans les quartiers populaires de la ville où chaque famille ne dispose pas d’installation d’eau courante.

Le vendeur se ravitaille en eau chez le propriétaire et fait le porte à porte pour livrer. A l’aide d’un pousse, il porte 8 bidons vendus à 160 F pour un voyage d’eau vendu, il reverse 100 F au propriétaire au titre de prix d’achat d’eau de ravitaillement. En plus, il loue le pousse-pousse à 250 F la journée.

Les vendeurs font en moyenne 10 voyages de pousse par jour ce qui fait une recette journalière de 1600 F. Son revenu pour la journée est de 350 F. (Le SMIG au Cameroun est de 23 814 Fcfa par mois équivalent à 36 euros. Le vendeur d’eau dans cette situation se retrouve avec 0,5 euros par jour). Dans le cadre de la recherche de l’auto promotion, le CDD, à travers son projet urbain, a initié un encadrement de cette catégorie de débrouillard pour la sensibilisation à la solidarité qui a abouti à la création d’une association dénommée AVEM (Association des Vendeurs d’Eau de Maroua).

Des points d’eau ont été créés dans la ville pour l’association avec la mise à disposition pour chaque vendeur d’un pousse-pousse. Le membre qui bénéficie d’un pousse paie une location journalière au titre de remboursement. Au bout de 20 mois d’activités, le pousse-pousse sera la propriété du vendeur. Son remboursement peut alors donner un autre pousse-pousse.

Fonctionnement de l’AVEM :

L’association a regroupé un certain nombre de vendeur d’eau de la ville de Maroua qui ont bien voulu accepter l’encadrement du projet urbain.

L’association est régie par un règlement intérieur et dirigé par un bureau élu composé d’un président, d’un trésorier et d’un secrétaire.

Les membres de l’association sont regroupés par groupe de 4 à 10 personnes autour de chaque point d’eau. Un membre permanent est désigné par point d’eau. Un autre un peu plus lettré assure la collecte des fonds dans tous les points d’eau pour les reverser dans le compte de l’association ouvert au CESIE (Club d’Epargne Solidaire et Initiative économique mis en place pour collecter l’épargne des débrouillards du secteur informel).

Chaque membre à qui est affecté un pousse-pousse devra verser à l’association : 200 F CFA par jour au titre de remboursement de son pousse et 70 F CFA par voyage d’eau de 8 bidons vendus dont 55 FCFA servent à régler les porteurs d’eau de la SNEC et 15 FCFA à couvrir d’autres frais de gestion de l’association (puis en charge du permanent, entretien divers).

En fin de journée, pour une moyenne de 10 voyages d’eau de 8 bidons vendus, le vendeur d’eau se retrouve avec un revenu de 700 F (ce qui fait le double par rapport à la situation de départ).

Résultats enregistrés :

- Tous les membres sont devenus propriétaires de leurs outils de travail (pousse-pousse et bidons),

- Les revenus se sont améliorés,

- Les membres viennent aux réunions chaussés et mieux vêtus,

- Ils sont valorisés, reconnus et respectés par la société.

Au plan individuel, les changements sont visibles : certains épargnent au CESIE, d’autres investissent au village (construction de maison, mariage, etc..).

Problèmes survenus :

Malgré les résultats enregistrés, des problèmes sont survenus au sein de l’association :

- détournement collectif de leurs propres biens, chacun s’arrangeait à ne pas déclarer à l’association le nombre exact de voyages d’eau faits dans la journée,

- détournement des fonds collectés par le responsable,

- tendance à éliminer les acteurs membres du point d’eau pour être récupéré par le permanent du point d’eau.

Les conséquences observées de ces problèmes sont :

- factures d’eau SNEC non payées d’où la fermeture des points d’eau,

- liquidation de pousse-pousse par certains membres,

- retour à la situation de départ.

Leçons :

- l’accompagnement des débrouillards est très complexe et longue lorsqu’on favorise l’émergence d’une structure autonome et auto gérée,

- l’auto promotion collective des débrouillards du secteur informel est difficile à réaliser,

les membres de l’association se combattent pour chercher la promotion individuelle,

- le changement de mentalité chez les débrouillards analphabètes est difficile à réaliser. Ils refusent de se prendre en charge.

- le bien commun est difficile à gérer dans le secteur de la débrouillardise.

Mots-clés

développement urbain, secteur informel, lutte contre l’exclusion, création d’activité, autonomie


, Cameroun, Maroua

dossier

Développement économique local

Notes

Cette fiche a été réalisée dans le cadre du PPDU, Programme Prioritaire Développement Urbain géré par 19 associations (dont le CCFD) et cofinancé par le Ministère des Affaires étrangères (www.ppdu.org)

Source

Texte original

CDD (Comité Diocésain de Développement de Maroua) - BP 49, Maroua, CAMEROUN - Tél : 237 229 10 52 - Fax : 237 29 22 44 - Cameroun - www.marouapromo.org

contact plan du site mentions légales