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La création d’un institut dédié à une réflexion sur la gouvernance

Kimon Valaskakis, ex-ambassadeur du Canada auprès de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), raconte la genèse de la création d’un institut sur la gouvernance. Le point de départ est la nouvelle marche du monde, qui n’est plus régi seulement par les Etats, mais aussi par les organisations non-gouvernementales, la société civile et les entreprises.

Ouadeba DJENEBA

12 / 2001

J’ai rencontré Monsieur Kimon Valaskakis à l’Assemblée Mondiale des Citoyens qui s’est tenue à Lille, dans le Nord de la France, du 2 au 10 décembre 2001. Canadien d’origine grecque, Kimon Valaskakis est professeur de sciences économiques à la faculté de Montréal (Canada), président de l’Institut Gama (institut de prospective), toujours à Montréal, et militant actif du parti libéral canadien. Tous ces détails ont leurs importances, car ces activités lui ont permis d’avoir à la fois une vision universitaire des problèmes et un lien réel avec les populations, mais aussi d’expérimenter de l’intérieur les modalités de la démocratie. En 1993, le chef de son parti lui demande de se présenter aux élections fédérales d’une ville située aux environs de Montréal. A l’issue du scrutin, le parti libéral l’emporte sur le parti nationaliste mais n’obtient aucun siège. Le Premier ministre canadien de l’époque lui demande alors d’être l’ambassadeur du Canada auprès de l’OCDE, institution dont la fonction est d’examiner les adéquations entre les différentes politiques des Etats. Kimon Valaskakis tiendra cette fonction de 1993 à 1999. Au cours de ce mandat de quatre ans, il choisit de travailler selon une option moyenne, sans chercher à changer le monde ni se contenter de simplement l’observer, mais en jetant les bases de ce qui allait devenir le Club d’Athènes, groupe de réflexion autour de la mondialisation et de la gouvernance.

Selon Kimon Valaskakis, une réflexion en profondeur doit être menée et déboucher sur la réforme de l’ensemble du système des organisations et des institutions internationales nées de l’après-guerre. Le monde n’est plus dans une configuration où les Etats sont les seuls acteurs. Nous sommes en train d’assister à la fin des Etats-nations, du système dit "Westfallien". Le Club d’Athènes, en hommage à la démocratie athénienne du Ve siècle, donne donc la parole aux ONG et aux entreprises. Né à la mi-99, il y a de cela 18 mois, le Club devrait être opérationnel d’ici 2002. Il entame une réflexion sur les nouvelles relations entre les acteurs de la scène économique, politique et sociale. Les grands organismes internationaux, les grands sommets tels que celui du G8 sont élitistes. Les pays les plus pauvres n’y ont pas de véritable droit d’intervention. Pour leur réserver davantage de place, Kimon Valaskakis a imaginé une structure tripartite. Tout d’abord, un organe de réflexion sur les grands défis de la gouvernance : l’Institut de gouvernance mondiale, composé de chercheurs et d’universitaires, travaillera sur des thèmes comme "économie et gouvernance, technologie et gouvernance, environnement, aspects sociaux et culturels, sécurité, gouvernance d’entreprise et gouvernance publique". Ensuite, un organe de valorisation des décisions de l’Institut : le Club d’Athènes proprement dit, composé d’hommes politiques (Michel Rocard et Raymond Barre, tous deux anciens Premiers ministres français, ont, par exemple, accepté d’y participer) et des grands acteurs de la société civile (par exemple, pour la France, José Bové). Enfin, un organe de légitimation des analyses par les citoyens du monde et de sensibilisation du grand public : l’Agora, composée d’acteurs de la société civile, fonctionne par le biais de discussions sur Internet et de réunions. Une première période de trois ans doit faire la preuve de la viabilité du projet, avec un budget de quatre millions de dollars par an et un siège à Montréal, Nice ou Athènes, voire dans les trois villes en même temps. Le Club d’Athènes espère impulser un véritable changement dans l’appréhension des problèmes globaux et dans la manière de les résoudre. C’est un travail de long terme, estimé par Kimon Valaskakis à au moins cinquante ans.

Mots-clés

gouvernance, Etat et société civile, mondialisation, organisation internationale, société civile


, , Canada, Grèce

Commentaire

Cette initiative est intéressante parce qu’elle ne sera pas exclusivement réservée à l’élite politique ou économique. C’est une première étape vers la démocratisation de la gestion du monde.

Notes

Entretien avec Kimon Valaskakis, kimonv@hotmail.com

Fiche rédigée dans le cadre de l’Assemblée Mondiale des Citoyens, Lille, décembre 2001.

Entretien avec VALASKAKIS, Kimon

Source

Entretien

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