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Alternatives : un journal pour un monde différent

Réseau canadien d’action et de communication pour le développement international, Alternatives publie depuis 1996 un mensuel d’information et de sensibilisation qui réussit à toucher un large public.

Laurence HUGUES

12 / 2001

Comment communiquer des informations liées au développement et à la solidarité internationale à un public le plus large possible ?

Alternatives, journal canadien du réseau du même nom, a trouvé une solution originale. Diffusé en supplément d’un gratuit distribué dans tous les lieux publics de Montréal et de Québec, le mensuel aborde l’actualité internationale, les questions sociales ou les droits de l’homme en essayant toujours de relier ce qui se passe ailleurs avec ce qui se passe au Canada.

Un savant dosage de dossiers de fond et d’informations culturelles (littérature, cinéma, musique) permet d’attirer l’attention d’un public pas forcément militant sur les « points chauds » de l’actualité internationale, décryptée sous un angle différent. L’expérience montre que le public canadien, submergé d’informations et de « mauvaises nouvelles » répond plus favorablement à des approches indirectes : par le biais d’un éclairage culturel, par exemple, le journal fait passer des informations économiques ou politiques qui contribuent à une certaine éducation au développement et sensibilisent l’opinion aux actions menées par les organisations non-gouvernementales locales ou internationales.

Un rapide survol du numéro de décembre 2001 donne un bon aperçu de la méthode employée par le journal. Alternatives titre sur un entretien avec un écrivain afghan, Atiq Rahimi, de passage à Montréal à l’occasion de la sortie de son roman. Cette actualité littéraire permet de découvrir le point de vue de ce romancier réfugié en France sur des sujets tels que l’exil, la guerre, ou la culture afghane, un point de vue sensible, personnel, qui diffère des interviews des experts militaires ou des universitaires diffusées en continu à la télévision.

Dans ses pages centrales, Alternatives se fait l’écho d’une polémique qui a fait rage au Maroc et en Espagne sur le contrôle des flux migratoires. Contrairement au traitement habituel de ce genre de sujets, l’article donne la parole à des associations locales de protection des droits de l’homme et critique une aide au développement qui privilégie les volets commerciaux et économiques sans prendre en compte les aspects humains de la mondialisation.

En dernière page, on peut découvrir un autre article lié à l’actualité : à l’occasion de la Journée mondiale contre le sida, la directrice du programme national ONUSIDA (programme des Nations unies) pour le Swaziland, Gcebile Ndlovu, répond aux questions d’une stagiaire d’Alternatives qui travaille sur place. Ce témoignage personnel sur la maladie permet de faire le point sur l’épidémie dans le pays.

Enfin, cette orientation internationale ne néglige pas pour autant des enjeux plus locaux : par exemple, la collaboration spéciale d’un responsable syndical apporte un éclairage « de l’intérieur » sur un conflit social au Québec. En douze pages, Alternatives réussit à aborder des sujets très divers, avec un rapide tableau du contexte géopolitique, une mise en perspective par rapport aux grands enjeux actuels et, surtout, des informations de première main, les sources remontant directement du terrain.

Cette expérience originale est née en 1996 avec le réseau Alternatives, réseau d’action et de communication pour le développement international. Ce réseau fédère de nombreuses associations canadiennes et appuie au plan technique et financier de multiples organisations locales en Inde, en Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient.

Interlocuteur reconnu des institutions canadiennes, Alternatives monte également des opérations de lobbying sur différents sujets liés au développement ou à la promotion des droits de l’homme. Le fonctionnement en réseau a permis de fédérer, voire de fusionner, les énergies et les moyens financiers. Auparavant, chaque association éditait son propre bulletin, une opération coûteuse et finalement peu rentable. L’édition d’un journal commun a permis de réaliser des économies importantes. Un autre problème se posait : assurer une diffusion la plus large possible auprès d’un public plus étendu que les militants ou sympathisants des diverses associations impliquées.

Une solution originale s’est peu à peu dessinée : plutôt que d’essayer de créer un réseau de diffusion propre au journal, mieux valait utiliser un réseau déjà existant. Ce sera celui d’un gratuit montréalais, moyennant une rétribution financière raisonnable. Ce choix a suscité quelques controverses : certaines organisations s’élevaient contre l’association de leur journal avec un hebdomadaire gratuit dans lequel on peut trouver des publicités en contradiction avec les principes éthiques du réseau. Mais l’approche pragmatique a finalement prévalu : alors que le nombre d’abonnés au journal n’est que de 3000 personnes, Alternatives est désormais diffusé à 100 000 exemplaires en français et 30 000 exemplaires en anglais rien que pour la ville de Montréal.

Ce système permet également de réaliser d’importantes économies d’échelle, puisque le travail éditorial est le même quel que soit le nombre d’exemplaires et que les frais d’imprimerie diminuent proportionnellement au nombre d’exemplaires. Alternatives emploie une journaliste à plein temps pour la version française et un journaliste à mi-temps pour la version anglaise, moins étoffée (quatre pages au lieu de douze), soit une équipe éditoriale très réduite, qui s’appuie sur des contributions diverses : journalistes du monde entier et partenaires du réseau désireux de témoigner d’expériences particulières ou de transmettre leur point de vue sur un projet de développement ou une actualité traitée à l’échelle internationale. Aujourd’hui, les lecteurs se sentent submergés par un trop-plein d’informations. La communication doit jouer un rôle de filtre et fournir un travail de décryptage, apportant des éclairages singuliers, voire des informations complémentaires.

Le développement de l’Internet met aujourd’hui l’avenir du journal en question : ne vaudrait-il pas mieux concentrer tous les efforts sur l’édition en ligne ? Mais alors, comment continuer à toucher ce public qui ne se sent toujours pas concerné par les questions liées au développement ? En attendant de statuer sur l’avenir de la version papier, Alternatives développe une version Internet, qui renforcera la présence des voix du Sud et de la francophonie, et identifie des groupes en Europe, en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest, qui pourront constituer un comité de rédaction installé à Dakar ou à Casablanca.

Mots-clés

éducation au développement, journalisme, éthique des médias, rôle des médias, solidarité internationale


, Canada

Commentaire

Alternatives propose des informations originales, dans un format agréable à lire. Son travail journalistique s’appuie sur une philosophie qui envisage le monde contemporain dans toute sa complexité et souligne l’interdépendance du Nord et du Sud, nous rappelant que ce qui se passe là-bas nous concerne aussi ici.

Notes

Contact : Adam Novak, coordinateur de la communication. Alternatives, Réseau d’action et de communication pour le développement international, 3720 du Parc, 300 Montréal (Québec), Canada H2X2J1 - alternatives@alternatives.ca - www.alternatives.ca

Fiche rédigée dans le cadre de l’Assemblée Mondiale des Citoyens, Lille, décembre 2001.

Source

Entretien

Entretien avec Adam Novak

Faculté des Sciences Economiques et Sociales de l'Université catholique de Paris - 21 rue d'Assas, 75 006 Paris, FRANCE - Tél. : 33 (0)1 44 39 52 00 - France - www.icp.fr/fasse/index.php - fractal (@) easynet.fr

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