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Au Tchad, des paysans s’organisent pour intégrer la politique de développement du gouvernement

Des paysans se constituent en organisation non-gouvernementale (ONG) pour défendre leurs droits auprès de l’Etat tchadien

Vivien DEROCHE

12 / 2001

Aujourd’hui, après deux élections présidentielles et une législative au Tchad (même si celles-ci n’étaient pas transparentes), le pays a atteint une stabilité politique. Il reste cependant fragile et tente encore de se relever de plus de trente ans de guerre. Concrètement, la compétition pour la présidence amène le nouvel élu à sanctionner les régions majoritairement pour l’opposition en supprimant, notamment, leurs outils de productions : fabriques, centres de recherche, etc. L’Etat ne palliant pas cette perte d’emplois et la situation internationale supprimant tout protectorat, la situation s’aggrave, surtout dans les zones rurales. Les ONG nationales, principalement urbaines, subissent encore les conséquences des conflits et s’occupent avant tout de leur propre reconstruction. Le monde rural est donc contraint à se prendre en main. L’ensemble des acteurs, à travers les organisations de pêcheurs, de forestiers, d’agriculteurs, d’éleveurs, ont décidé de se regrouper pour peser d’avantage sur les décisions politiques nationales et tenter de freiner, voire de stopper, l’appauvrissement de leur région. Ainsi, un relais efficace est né entre l’administration étatique et les paysans (ensemble des acteurs ruraux) de deux régions voisines, au Sud, Mayokébbi, et au centre, Chari Baguirni : l’Alliance rurale pour la solidarité internationale et le développement (ARSIDEV). L’ancien secrétaire général du mouvement APM (Agriculture paysanne et modernisation), lui-même ancien paysan, nommé ministre de la Culture, a permis la reconnaissance officielle de cette ONG en février 2001.

L’ARSIDEV agit globalement pour le développement rural en s’appuyant sur différentes commissions, dont les thèmes de réflexion sont : l’agriculture, l’élevage, la santé, l’éducation, l’environnement, les filières de commercialisation, la promotion féminine, la vulgarisation des technologies appropriées, la vulgarisation des notions de droits et de libertés fondamentales. Le fonctionnement est associatif, ce qui veut dire que le conseil d’administration est composé de sept membres, qui représentent chacun une organisation de paysans. La même organisation est reproduite dans chaque région, avec son pôle dirigeant et ses commissions. Cette institution, comme le mentionne Palebele Kolyang, un des membres fondateurs, répond à un réel besoin de la population. Aussi, en dix mois, les membres de l’assemblée générale sont passés de 10 000 à 40 000 et la candidature d’une région voisine est déjà à l’étude. Le nombre permet de contrecarrer certains desseins des dirigeants politiques, la masse d’électeurs mis en jeu étant très importante. L’ARSIDEV possède donc une marge de manouvre qui lui permet de reconstruire là où l’Etat a détruit, en réfléchissant l’ensemble du développement à une échelle pertinente : la région. Le principal problème de cette jeune organisation demeure dans la recherche de fonds. L’Etat, face au poids électoral de ses membres, devrait contribuer aux financements des projets. Mais les autres sources possibles de financement restent floues et incertaines. Cette expérience est réellement novatrice au Tchad. D’une part, il s’agit là de la première organisation entièrement gérée par des représentants de la partie de la population la plus pauvre. D’autre part, l’ARSIDEV propose une approche du développement rural par des plans d’action triennaux et en lien direct avec le terrain.

Mots-clés

passage de la guerre à la paix, intervention de l’Etat dans l’agriculture, Etat et société civile, ONG, reconstruction de l’Etat, développement rural, organisation paysanne, politique de développement


, Tchad

Commentaire

Même si le mode de fonctionnement employé en interne peut paraître critiquable, les dirigeants étant directement désignés par les organisations, la logique de cette action est très intéressante. En effet, cette expérience montre que chacun peut être pris en compte politiquement, et ce même lorsque les personnes concernées sont pauvres et peu considérées. Cette remarque peut paraître banale, mais c’est aussi une leçon pour les occidentaux, qui ont tendance à rester attentistes vis-à-vis de l’Etat. La citoyenneté et le progrès humain sont des combats quotidiens et une loi n’est qu’un texte qu’il faut mettre en relief.

Notes

Entretien avec Kolyang Palebele (Robert), B.P. 5995, N’Djamena Tchad - Tel: (235)841 66 51 - Fax: (235) 52 14 98 - apmtchad@yahoo.fr

Fiche rédigée lors de l’Assemblée Mondiale des Citoyens de Lille, décembre 2001.

Entretien avec KOLYANG PALEBELE, Robert

Source

Entretien

Institut Supérieur de l'Action Sociale - Domaine de Prières, 56190 Billiers, France - France

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