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’Tu es un arbre, je suis un arbre, nous sommes une forêt’

En Argentine, une organisation non-gouvernementale se bat pour la protection de la forêt

Juliette LABRE, Claire GOLSE

12 / 2001

Alejandro Nebbia a quitté son poste de garde forestier au sein d’un parc naturel argentin. Sa perception de la forêt n’était plus en adéquation avec les agissements des responsables. Actuellement, il fait parti de l’organisation non-gouvernementale Proyecto Lemu, qui défend le droit des forêts à exister en tant qu’entités naturelles. L’organisation fonde ses actions sur les principes de la philosophie Gondwana, née en 1994. Cette philosophie existe sur plusieurs continents aux forêts primitives identiques. Selon elle, à l’origine, ces forêts n’en formaient qu’une sur le supercontinent appelé la Pangée. Après la dérive des continents se sont créés deux continents distincts : Eurasia et Gondwana. Le nom de ce dernier a été choisi pour symboliser la philosophie prônée par Proyecto Lemu. On retrouve aujourd’hui encore ces forêts dans quatre pays situés au sud du 40e parallèle : la Nouvelle-Zélande, l’Australie, le Chili et l’Argentine. Pour les défendre et garantir leur biodiversité, Proyecto Lemu a créé un sanctuaire de la forêt intercontinentale au sud du 40e parallèle. Le principe de ce sanctuaire est de protéger une zone fragile comme le fait actuellement le sanctuaire des baleines en Antarctique. A ce jour, Proyecto Lemu a identifié trois dangers majeurs pouvant atteindre la forêt dans son intégrité. Tout d’abord, les incendies d’origine naturelle ou causés par l’homme pour fertiliser les terrains destinés à l’agriculture (technique du brûlis). Ensuite, la déforestation par une exploitation trop intensive par les filières bois. Ces deux dangers engendrent le troisième : une perte avérée de la biodiversité. En Argentine, ces principes concernent la forêt de la Cordillère des Andes. Il convient de la protéger car elle n’occupe qu’une petite partie du territoire pour une population relativement nombreuse. D’abord, les autochtones, qui doivent pouvoir conserver leur droit d’accès à la forêt tout en apprenant à la préserver. Puis les touristes, qui sont autorisés dans cette zone mais doivent, eux aussi, respecter la nature. Ainsi, Proyecto Lemu dénonce le tourisme de masse au profit d’un tourisme alternatif.

Pour éviter le monopole de l’utilisation de la forêt et pour que ce potentiel reste accessible et profitable à tous, un zonage décomposé en quatre secteurs a été mis en place :

- une zone très protégée laissant la forêt à son état le plus naturel,

- une zone accessible à l’homme sous contrôle,

- une zone réglementée pour l’exploitation agricole biologique exempte de polluants et pour l’exploitation du bois,

- une zone réservée à la régénération de la forêt dans laquelle les espèces indigènes sont replantées.

Pour transmettre ses idées, Proyecto Lemu diffuse des brochures d’information, des publications, des articles dans la presse, des cassettes pour enfants, et met en place des journées d’expression pour permettre à tous les publics de prendre conscience de l’importance de la forêt. En effet, selon Alejandro Nebbia : "Prendre soin de sa forêt, c’est prendre soin de ses racines." L’éducation de la population se fait aussi par l’intermédiaire de chantiers nature au cours desquels des arbres d’espèces indigènes sont réintroduits dans leur milieu d’origine. Mais l’information n’est pas le seul moyen d’action de l’organisation, qui dénonce aussi des projets d’exploitation de la forêt par des recours en justice. Des projets tels que Prima Klima ont ainsi avorté. Il s’agissait d’entreprendre une coupe sur 7 000 hectares pour l’exploitation du bois. Cette coupe était destinée à mettre en place une plantation d’épineux, plus rentables, mais ayant des effets négatifs sur les sols et la biodiversité. Proyecto Lemu reste aujourd’hui vigilante quant aux futurs projets d’Etat et continue à sensibiliser les populations au respect des richesses de leur patrimoine. Les générations futures doivent pouvoir profiter de la forêt dans son état originel et de ses bienfaits, pour les transmettre à leur tour à leurs enfants.

Mots-clés

protection des forêts, déforestation, mouvement écologiste, protection de la diversité biologique, éducation à l’environnement, droits des générations futures


, Argentine

Commentaire

A partir de la philosophie Gondwana, des enjeux concrets ont pu être identifiés et utilisés pour permettre une protection du milieu naturel. Il apparaît important d’intégrer la forêt dans les processus de développement actuels pour qu’elle connaisse un développement durable.

Notes

Contact : Nebbia Alejandro, Epuyen, CP 9211, Chubut, Argentine - Lemu@elbolson.com

Fiche rédigée lors de l’Assemblée Mondiale des Citoyens de Lille, décembre 2001.

Entretien avec NEBBIA, Alejandro

Source

Entretien

IUP ENVAR (Institut professionnel pour l’aménagement et l’environnement) - France

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