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Apprendre à construire une parole collective au service de la paix

Une expérience d’atelier méthodologique d’échange d’expériences au service de la construction de la paix en Colombie et l’émergence d’un réseau de faiseurs de paix

Vladimir UGARTE

07 / 1999

Sur l’initiative du CINEP (Centro de Investigacion y Educacion Popular) et de l’Ecole de la Paix de Grenoble, 22 personnes venant de zones de guerre en Colombie ont été invitées à participer Bogota à un premier atelier DPH dans le pays. L’objectif de la session était de construire collectivement une méthodologie de sélection et d’échange d’expériences innovantes de construction de la paix où ils sont directement impliqués (à Magdalena Medio, dans les Communautés de paix de Rio Seco et Choco, dans les sections régionales de l’Assemblée Permanente pour la Paix, dans le Mouvement des femmes pour la paix et les réseaux de parajuristes), de lier cet exercice avec la dynamique de l’Assemblée Permanente pour la Paix (en cours depuis 1998), et de jeter les bases de la construction d’un réseau de "faiseurs de paix" associé à Dph dans le pays. Un des objectifs était aussi d’appuyer le travail exemplaire que le CINEP réalise depuis plusieurs années et son effort institutionnel d’articulation de l’ensemble de ces initiatives.

L’atelier recouvrait une importance toute particulière vu le contexte du pays. Parler d’échange d’expériences n’est pas vain dans un pays ravagé par la guerre : 25 000 assassinats par an (partageant avec le Salvador le record du taux d’homicides), à ce jour 1 500 000 personnes déplacées, 2 600 enlèvements par an. Le pays est le scénario de l’affrontement et de la dérive mafieuse des différents protagonistes armés, les paramilitaires (appuyés discrètement par l’armée), les milices des narcotrafiquants, l’armée, les guérillas (les FARC et le ELN qui contrôlent un tiers du pays),... où les desseins idéologiques des uns et des autres ont laissé place à la lutte pour le contrôle des ressources du pays (drogue avant tout mais aussi pétrole, charbon, or, émeraudes, etc. ). Les protagonistes se livrent ainsi à une guerre de mouvement pour s’emparer du territoire des autres, renforcés par les profits de l’argent de la drogue et rassurés par l’offre croissante de main d’oeuvre que constitue l’engagement des jeunes, changeant d’employeur selon le plus offrant. Les populations payent les pots cassés de cette situation devenant les otages d’une organisation ou d’une autre.

Mais on ne peut appliquer en Colombie des schémas simples (à l’instar d’autres pays latino-américains). L’immense majorité refuse cette culture de la guerre, rejette la violence et manifeste sa méfiance envers les différents acteurs : en 1996, 2,7 millions d’enfants ont voté pour le droit à la vie ("el voto de los niños"), en 97 remake chez 10 millions d’adultes contre la guerre et pour la paix - "el mandato"-, en 98 les mouvements sociaux s’organisent au niveau national en une Assemblée Permanente pour la Paix, les premières Communautés de Paix se constituent (en un lieu précis des milliers d’habitants décident de constituer une zone de paix, de s’affranchir de rapports avec les acteurs armés) et le Projet de Développement du Magdalena Medio prend son envol (projet de développement durable se voulant une alternative au développement de l’économie de la drogue) . C’est parmi cette dynamique sociale extraordinaire que le CINEP a choisi les participants, mettant Dph au défi de montrer son utilité dans un contexte d’une telle ampleur.

La méthodologie de travail a été assurée par le CINEP (Rosario Saavedra et Diego Escobar) inspirée de la méthode des ateliers de travail ayant lieu à la Rite de la Côte d’Ivoire et appuyée par Gerardo Alatorre (du GEA Mexique), Richard Petris et moi-même. Elle consistait en une session divisée en 6 grandes étapes : 1/ la présentation de l’événement et de ses enjeux 2/ la présentation individuelle des participants et de l’expérience de laquelle ils participent 3/ un travail en binômes pour la réalisation des interviews et la réalisation des fiches d’expérience 4/ un travail en groupe pour la discussion et l’évaluation de chaque expérience 5/ une évaluation en groupes de la méthode utilisée pour pointer les difficultés, les vertus, les usages concrets possibles, et les défis réels 6/ un travail collectif de prospection du réseau à construire pour définir un cahier de charges : à partir du matériel et des expériences disponibles pouvant servir à la rédaction de nouvelles fiches, des conditions favorables existantes parmi les groupes et des besoins en information des futurs membres du réseau en construction.

L’atelier a accouché d’un premier plan de travail consistant à :

* échanger les informations existantes (notamment les seize fiches réalisées pendant l’atelier à partir des expériences présentées et celles qui seront effectuées en cette première phase) pour aboutir à une petite publication ; réaliser un diagnostic des possibilités existantes dans chaque région dans l’optique d’un renforcement et d’un accroissement du réseau ; profiter de l’effet calendrier et promouvoir l’initiative dans le 2ème forum national de l’Assemblée pour la Paix qui aura lieu en juillet 99 (promouvoir l’idée de réseau d’Echanges d’Expériences et de réaliser des nouvelles fiches à partir d’entretiens aux participants au Forum)

* désigner trois moteurs du réseau : à Medellin, à Magdalena Medio et au Cinep-Bogota

* réaliser une prochaine rencontre de travail de 20 personnes pendant le vendredi 27 et le samedi 28 août a Manizales

* envoyer le rapport de l’atelier a chaque participant avec l’ensemble des fiches produites

L’organisation de la rencontre a permis de tenir en même temps un atelier permanent pour la saisie des fiches à l’ordinateur, une démonstration des différents softwares de recherche dans la banque et une session de vidéos pour appuyer les expériences produites en fiches.

Mots-clés

construction de la paix, artisan de paix, réseau d’échange d’expériences, méthodologie dph, réflexion collective, drogue et violence, guerre civile


, Colombie

Commentaire

Personnellement, je pense que l’atelier a été une grande réussite : par la forte motivation des participants (malgré les circonstances dramatiques que vit la Colombie), l’ambiance de fraternité et de connaissance mutuelle présente tout le long de l’atelier et par les résultats obtenus : méthodologie commune, cahier de charges, plan de travail, instances de travail, fiches. Ce qui donne un sens concret à la pertinence de DPH comme moyen de renforcer les dynamiques des acteurs, de les renforcer et les rendre plus autonomes. La viabilité de la méthode Dph peut ainsi être montrée dès lors qu’il s’agit de créer des espaces d’écoute, d’échange, de débat stratégique et de formation mutuelle.

Un autre aspect important sur le plan méthodologique est le fait que Dph serve ici comme prétexte à la libération de la parole, sans ce prétexte l’échange entre des personnes engagées dans des processus de violence peut tourner à la simple dénonciation ou à l’idéologie. Recourir constamment à un cadre établi (par les préceptes philosophiques de la fiche) permet de structurer le dialogue, de le positiver.

Le dernier aspect à relever c’est celui de la construction de réseau. A la question comment articuler l’échanges d’expériences avec la construction de réseau ? on pourrait aventurer plusieurs éléments de réponse :

* le "réseau" doit émerger naturellement plutôt que de faire l’objet d’un discours

* il faut que la constitution explicite du réseau soit le résultat d’une pratique

* c’est quand les gens ont éprouvé l’importance de se parler que le réseau peut naître tout seul

* il ne faut pas parler de réseau mais des "conditions de renforcement mutuelles", des "expériences qu’il faudrait écrire", "des processus innovants qu’il faudrait identifier", des "pôles d’animation régionaux à maintenir", des "gens qui vont faire le compte rendu de la réunion" : et de là, naît un cahier de charges de réseau.

Le grand défi reste celui de concrétiser l’élan initial et d’accompagner ce réseau naissant dans sa constitution. La réunion d’Août sera un élément important de ce processus qu’il faudra accompagner de près, tant les enjeux paraissent cruciaux.

Notes

Cette fiche méthodologique s’accompagne d’une série de fiches réalisées par les différents participants à l’atelier. L’atelier fut organisé par le CINEP - Centro de Investigacion y Educacion Popular, Apartado Aereo 25916. Carrera 5a, No. 33A-08. Bogota. Colombie.

Source

Document de travail

FPH (Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme) - 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris, FRANCE - Tél. 33 (0)1 43 14 75 75 - Fax 33 (0)1 43 14 75 99 - France - www.fph.ch - paris (@) fph.fr

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