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Renforcer des instances de régulation par le travail en réseau

Les actions du Gret aux instances africaines de régulation des médias

Elisabeth PAQUOT

02 / 2002

Le paysage des médias en Afrique a connu des évolutions très rapides, parallèlement aux processus de démocratisation politique, grâce à différents facteurs tels la pression pour la liberté d’expression, la multiplication de l’offre internationale de sons et d’images, et les nouvelles techniques et technologies qui multiplient l’accessibilité à l’information. La structuration du secteur et son développement rapide constituent des enjeux économiques, politiques et culturels importants.

Dans ce contexte, le besoin de régulation des médias (définition et respect des règles du jeu) s’avérait nécessaire. Aussi, depuis le début des années 90, se sont mises en places des instances de régulation de la communication dans la plupart des pays africains. Elles fonctionnent selon différents modèles (francophones ou anglo-saxons) et ont été amenées à intervenir dans différents domaines tels le contrôle des médias publics, la préparation de textes de loi sur liberté d’expression et d’information, la définition du statut des journalistes, l’attribution des fréquences radio, l’élaboration et le contrôle du respect de cahiers des charges pour les radios et les télévisions, le contrôle du respect de la déontologie professionnelle par les journalistes, etc.... avec des taux de réussite parfois mitigés. Cette diversité de résultats s’explique par la variabilité de leur capacité réelle d’autonomie. Certaines sont de simples appendices des ministères de la communication alors que d’autres ont réussi à s’imposer comme de réelles instances indépendantes, qui ont facilité la libéralisation régulée du secteur des médias. La qualité de leur composition constitue l’autre critère qui explique leur succès différent. La réussite de ces instance nécessite un équilibre entre les représentants des professionnels et des médias privés, et les représentants des groupes politiques au pouvoir. Lorsque les représentants des pouvoirs publics sont trop nombreux, l’instance se paralyse dans un rôle de porte parole de la bonne pensée gouvernementale.

Cependant, l’idée fédératrice d’une "force de régulation construite sur la base d’un équilibre des pouvoirs en présence" est originale mais semée d’embûches. Les instances de régulation sont appelées à jouer des rôles divers : assumer les fonctions de médiation et de communication, définir des règles du jeu, contrôler et arbitrer. De plus, elles doivent bâtir leur légitimité et faire reconnaître leur rôle et leur compétence par les administrations publiques et les médias privés. Ceci, dans le but de faire évoluer le cadre institutionnel des médias.

Le cadre juridique de départ est également important, au cas où celles-ci ont des difficultés à assurer leur rôle dans un contexte où le pouvoir politique et l’Etat ne respectent pas les principes et les règles démocratiques, et où les professionnels sont mal organisés. Egalement importante est la personnalité du président de l’instance afin de garantir l’indépendance des instances.

Les instances africaines de régulation de la communication disposent aujourd’hui encore de peu d’expérience et d’un faible professionnalisme, conditions aussi indispensables que l’autonomie pour assurer la viabilité du système de régulation. Ce sont généralement les outils et les références qui font défaut, d’où l’idée d’une mise en réseau des instances de régulation. Dans ce domaine, le GRET dispose de références importantes et d’une bonne méthodologie en animation de réseau. Il a aidé en 1998, la création d’un réseau doté d’un secrétariat permanent et d’une présidence tournante, qui rassemblaient 17 instances en 2001. Le rôle du GRET s’est avéré multiple : contribuer à la qualité de la régulation, la structuration et l’organisation de la profession; faciliter un partenariat entre les instances du Nord et les instances africaines; faciliter la coopération, l’échange et l’appui technique; organiser le dispositif de mise en réseau pour qu’il réponde aux besoins propres des instances africaines en évitant la mise en place d’un transfert technique inadapté ou d’un paternalisme bien pensant; développer non pas une intervention dans les débats nationaux, mais une activité de lobbying à l’échelle panafricaine afin d’accroître l’indépendance des différentes instances; enfin, favoriser la circulation de l’information et l’échange d’expériences. Dans cette optique, le GRET intervient uniquement en appui à l’animation générale du dispositif, en accompagnant notamment le travail d’information, de documentation et de communication réalisé par le réseau. Il joue aussi un rôle d’interface avec les bailleurs de fonds. Cette logique d’action a plusieurs avantages. Elle situe le GRET dans un rôle de facilitateur, sans risque de se substituer aux acteurs locaux. En effet, toute intervention extérieure pour aider à davantage d’autonomie et d’efficacité pourrait risquer de heurter les principes de souveraineté nationale. D’autres risques peuvent cependant apparaître, notamment celui d’un décalage entre les approches préconisées et les logiques réelles de fonctionnement des instances. Dans ce sens, le travail du réseau sera d’autant plus efficace qu’il développera en son sein des projets concrets autour desquels pourront se nouer des liens entre instances. Une autre condition de l’efficacité de la démarche du GRET est liée à la relation de confiance qu’il doit nouer à la fois avec les instances et les bailleurs de fonds.

Quelques questions restent encore à débattre. La première concerne la place de l’action concrète dans le réseau et l’articulation avec les bailleurs de fonds qu’elle implique. Un réseau a de bonnes chances de fonctionner lorsque tout le monde y est invité sur un pied d’égalité et lorsque l’interface avec les bailleurs de fonds peut être instaurée sans trop de tensions. Les coûts de fonctionnement et le financement du réseau peuvent aussi poser problème car les solutions pour réduire les coûts de manière significative restent limitées et la prise en charge totale du réseau par ses membres sans subvention des bailleurs de fonds s’avère utopique. De plus, une réflexion s’impose sur le rôle des Etats et sur l’avenir des instances dès lors que celles-ci seront devenues plus efficaces et que les professionnels des médias seront mieux organisés.

Mots-clés

communication, médias, réseau de communication, information, réseau d’information


, Afrique

Source

Document interne

ALLOU, Serge, Gret, Direction scientifique, Renforcer des instances de régulation par le travail en réseau , GRET , 1999/07 (France), Document de travail n°7, 13 pages

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