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Comment éviter que les groupements pensent d’abord à l’aide extérieure et non à leurs ressources propres ?

Le débat d’une fédération avec ses groupements membres (FENOP - Burkina Faso)

Ousseiny OUEDRAOGO, Christophe VADON

07 / 1998

Ousseiny Ouedraogo, permanent de la FENOP (Fédération Nationale des Organisations Paysannes), exprime ceci :

"Si tu es membre de la FENOP, tu dois accepter qu’à tout moment la FENOP peut désigner des paysans qui vont venir voir si les appuis que vous avez eus au cours de l’année ont été utilisés, pour quelle activité, avec quelle gestion. On veut voir si vous rentrez vraiment dans l’optique de la FENOP. On cherche toujours la philosophie qui est derrière le projet ou le programme.

Une association paysanne, si elle a l’occasion (lors d’une rencontre au niveau provincial, dans sa région ou bien au niveau national) de rencontrer un représentant d’une structure de financement dont l’un des techniciens dit : "Envoyez seulement, je vais financer", alors toute la réflexion que la FENOP anime avec ses membres tombe à l’eau. Et ils viennent nous dire : "Pourquoi tant de questions ? Pourquoi tant de discussions ? Pourquoi vous nous "barrez" (nous empêcher de négocier) ? Un tel nous a dit d’envoyer le projet et qu’il va financer".

Inversement, il y a des cas où les membres des OP repartent de la FENOP convaincus que cela ne vaut pas le coup, à l’étape où ils sont actuellement, de faire des demandes d’aide extérieure. Ils disent alors ceci : "On a les ressources et les moyens à notre niveau pour réaliser ce qu’on veut faire à cette étape-là. Il y a une structure à côté qui peut nous épauler, des paysans peut-être qui peuvent nous épauler pour faire ça et ça, débrouillons-nous sur place sans chercher d’aide financière".

C’est le cas d’un groupement, dans l’Oubritenga, un groupement maraîcher, qui avait monté un projet pour soutenir la structuration et les intrants. Ils demandaient même le financement d’un véhicule pour amener la production à Ouagadougou. Nous avons discuté : "C’est quoi exactement ? Est-ce que le transport de vos produits constitue le goulot d’étranglement ? Le problème qui handicape tous vos efforts, est-ce que c’est cela ? La semence, dans votre projet, elle coûte tant de Francs, est-ce que c’est cela ? Ce n’est pas cela : vous avez des gens parmi vous qui ont pris l’initiative de multiplier la semence. Ceux qui achètent la semence à 5.000/6.000 CFA (50 ou 60FF) le kilo, au lieu d’utiliser vos propres semences, vous les connaissez, avez-vous discuté avec eux pour savoir si c’est ça qui fait que ces gens s’en sortent mieux que vous ?"

Des membres du groupement acceptent alors de prendre du temps pour aller discuter dans un village. Ils se sont rendus compte effectivement que certains des paysans qui achètent la semence à 5.000/6.000 s’en sortent, mais d’autres ne s’en sortent pas. Puis, ils ont découvert que la semence qu’on leur propose à 5.000/6.000 est achetée par le vendeur chez des paysans qui multiplient, comme eux le font. De réflexion en réflexion, les gens se sont rendu compte qu’avoir un véhicule, ce n’est pas cela leur problème. Finalement, tout ce qu’ils ont demandé dans leur projet, c’est de les aider à aller en visite à d’autres paysans dans le Bam.

Mais il y a aussi des groupements qui, après la discussion avec nous, repartent et essayent de trouver l’aide ailleurs ! Ils voient que par la fédération, cela ne va pas réussir ou ils écoutent quelqu’un qui leur a dit : "Moi, j’ai fait comme ça et un tel m’a financé". En ce moment, ils ne se donnent pas le temps de regarder si ce financement a produit des résultats chez l’autre".

Mots-clés

organisation paysanne, bailleur de fonds, développement rural, dépendance économique, structure d’appui


, Burkina Faso, Ouagadougou

Commentaire

Quand une fédération nationale essaie de faire réfléchir les responsables des groupements membres, elle n’est pas toujours bien accueillie ; en particulier quand il s’agit de mettre en évidence la perte d’autonomie que risque d’entraîner la relation d’un groupement avec un bailleur de fonds qui lui a promis son aide. Pourtant, c’est bien juste avant le moment de signer le contrat de projet qu’il convient de peser le pour et le contre et ceci se réalise mieux en présence d’un tiers expérimenté comme l’est normalement l’agent permanent d’une fédération paysanne.

Notes

Entretien réalisé par Christophe Vadon auprès Ousseiny OUEDRAOGO, à Ouagadougou en janvier 1998.

Les fiches DPH préparées par l’équipe du GRAD à partir d’interviews auprès de responsables d’organisations paysannes en zone sahélienne, sans cesse renouvelées depuis 1995, sont un instrument commode pour suivre la progression du monde rural de cette région.

Entretien avec OUEDRAOGO, Ousseiny réalisé à Ouagadougou en janvier 1998.

Source

Entretien

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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