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Les ’taxis-toxico’ de Bamako

10 / 1993

Le cannabis est apparu sur le marché malien dès 1964 et les drogues dures en 1977.La situation géographique du Mali - pont entre les pays côtiers dont il est frontalier (Sénégal, Guinée, Côte d’Ivoire)et l’Afrique du nord (sa frontière avec l’Algérie s’allonge sur plus de l000 km)- le prédisposait à devenir un pays de transit. Cette vocation a été en outre favorisée par l’existence d’une diaspora de commerçants très importante et traditionnelle qui se prolonge aujourd’hui par des colonies d’émigrés en Europe.Vingt deux ans d’une dictature qui s’est achevée dans un bain de sang en 1991 ont également créé les conditions favorables au développement du petit trafic et de la consommation. Mais les conséquences positives de la démocratisation sont contrebalancées aujourd’hui par des difficultés économiques grandissantes. Les indicateurs du développement social -scolarisation, accès à la santé, accès à l’eau salubre, au logement, au statut des femmes, etc - manifestent une dégradation très nette de la situation. La relance du programme d’ajustement structurel (PAS)a engendré, au début de 1993, un fort mécontentement parmi la jeunesse, active dans le renversement du dictateur Moussa Traoré, car 80% des diplômés sont au chômage.

Les consommateurs de drogues se recrutent précisément parmi ceux que l’on appelle à Bamako "la génération perdue" : sans diplôme, de niveau scolaire très bas, ils s’emploient dans le secteur informel: gardiens de parking, revendeurs de billets de spectacles, porteurs ou apprentis chauffeurs, appelés aussi "taximans"ou "Américains". Un arrêt sur la situation de ces derniers permet de mieux appréhender la situation de cette population. Il s’agit de jeunes hommes(25 à 35 ans); titulaires du permis de conduire mais n’ayant pas accès à un véhicule. Ils s’entendent avec le chauffeur d’une voiture que son propriétaire lui permet de garder pendant la nuit. Parfois faute d’un garage, mais le plus souvent parce qu’il s’agit d’un fonctionnaire qui utilise la voiture pour des "affaires" ne concernant pas le service et s’assure ainsi du silence de son chauffeur. Celui-ci sous-loue le véhicule à l’Américain qui travaillera de 20 heures jusqu’à 8 heures du matin. La nécessité de chasser le client durant les longues heures creuses, puis une activité frénétique entre 6 heures et 7 heures 30, l’amènent à prendre des amphétamines pour se stimuler et des tranquillisants ensuite. Ces chauffeurs occasionnels sont à l’origine de nombreux accidents de la circulation. L’apparition des Américains à Bamako date du début des années quatre-vingt, mais le phénomène touche maintenant les capitales provinciales : Ségou, Sikasso, Mopti, Kayes. 30% des Américains ont connu la prison au moins une fois.Les quartiers de Bamako les plus touchés sont Faladié, Djicoroni, Bozola, Sogoniko, Bankoni, N’Glonina et Bagadadji.

Mots-clés

drogue, délinquance, chômage, jeune, secteur informel, consommation de drogue, toxicomanie


, Mali, Bamako

Commentaire

Ce phénomène de la toxicomanie engendré par la nécessité d’être davantage productif est à mettre en relation avec celui de la prise d’amphétamines par les paysans du Mali et des autres pays du Sahel à la saison des labours. Dans des pays comme la Bolivie ou le Pérou, l’utilisation de la feuille de coca répond à la mêmenécessité sans avoir d’effets sanitaires négatifs.

Source

Enquête

MAGASSOUBA, Sidiki, OGD=OBSERVATOIRE GEOPOLITIQUE DES DROGUES

OGD (Observatoire Géopolitique des Drogues) - France

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