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Le rôle de la religion par rapport au statut de la femme : une mauvaise interprétation du Coran (Niger)

Mais ceux qui l’interprètent sont uniquement des hommes, dit une responsable nigérienne

Alima TCHAOUSS, Benoît LECOMTE

2002

Mme Alima Tchaouss, membre du comité directeur de l’AREN (Association pour la Redynamisation de l’Elevage au Niger), dit ceci : " Ici au Niger, la femme est toujours sous la domination de l’homme, l’homme étant chef du foyer, c’est lui qui décide de tout dans la maison. C’est ce qui fait que la femme est reléguée au second plan lorsqu’il s’agit de décider, c’est l’homme qui décide à la place de la femme. Les préjugés disent que de toutes les manières, la femme est le sexe faible et que quand il faut décider, il faut toujours quelqu’un de plus fort pour décider à sa place. Il y a aussi un peu la place de la religion. On dit que très souvent c’est la religion qui empêche la femme de sortir et de s’adonner aux activités. Alors que ce n’est pas religieux.

C’est la méconnaissance des textes de l’Islam qui fait en sorte que la femme accepte cette condition. Pour elle, c’est normal, c’est comme ça, c’est la religion et il n’y a pas à discuter. Réellement, la religion ne dit pas cela. Si on se réfère à la Sourate 4 du Coran, on sait que Dieu a donné vraiment beaucoup de droits à la femme. Et s’il faut se référer un peu à l’histoire de la religion, on se rend compte que la femme du Prophète a été une commerçante. Elle avait même une entreprise. Et le Prophète a fait partie de son personnel ! Donc, il n’y a pas de raison de dire que la femme ne doit pas mener des activités génératrices de revenus ou de travail hors de sa maison. Ce sont des choses qui méritent une grande motivation de la part des femmes et qui méritent vraiment que les femmes consultent un peu le Coran pour savoir ce qu’il y a dedans.

Les hommes se cachent souvent derrière le Coran pour dire des choses qui ne sont pas vérifiées. Des choses que la religion n’a jamais dites. Parce que la religion a donné beaucoup de droits à la femme. Si vraiment les hommes appliquent ce que le Coran a dit, nous, les femmes nigériennes, n’avons pas besoin d’aller chercher d’autres droits ailleurs !

Au Niger, il y a des femmes qui viennent à la radio et à la télévision pour sensibiliser. On les appelle des marabouts, comme les hommes. Et elles sont respectées comme eux en tant que marabout ; elles donnent leur point de vue et cela passe bien.

Il m’arrive très souvent de consulter un marabout femme et de demander des choses sur telle ou telle question pour savoir un peu plus ce qui se trouve dans le Coran. Parce que dans un pays à 98 pour cent musulman, on ne peut pas travailler et faire fi de la religion. Très souvent, il faut s’y référer pour savoir ce que dirait le Coran. Quand on pose des questions, on se rend compte que pour beaucoup de choses, c’est à cause de la méconnaissance des textes que nous, les femmes, avons des problèmes. Parce que sur certaines choses, le Coran a donné des avantages aux femmes.

Pour donner un exemple : l’accès de la femme à la terre. Chez nous, au Niger, on dit que la femme n’a pas droit à la terre. Alors que le Coran dit que pour faire l’héritage l’homme a droit à 2/3 et la femme à un tiers. Quelque soit le bien que les parents ont laissé, normalement, quand on donne 2/3 à un homme, on doit donner un tiers à la femme. Ici au Niger, on se rend compte que dans certaines régions même ce tiers-là n’est pas donné à la femme. On dit que lorsqu’elle se marie, elle quitte sa famille pour aller rejoindre son mari, donc s’il a des terres, normalement c’est pour elle. Chez nous, la répudiation existe. L’homme, après 30 ans de mariage, peut répudier sa femme. Lorsqu’elle revient chez elle, elle n’a rien, car les frères ont tout pris. Non seulement elle a perdu ce qu’elle avait chez son mari mais aussi dans sa famille, elle revient en étrangère, sans rien.

Les marabouts sont très discrets par rapport au statut de la femme parce que la religion chez nous, c’est quelque chose de très sensible. Les marabouts n’aiment pas qu’on en parle.

Mais ce sont quand même les marabouts qui font la sensibilisation. Parce qu’ils ont reçu une formation sur le SIDA et ils en profitent pour sensibiliser la population à la télé sur le danger du SIDA, ils attirent l’attention pour rester fidèle, comme l’a recommandé le Coran, de suivre vraiment ce que dit le Coran. Je sais qu’il y a eu récemment une formation à Tilabéri de leaders sur les questions de SIDA et il y a des Marabouts qui ont participé à cette formation. Mais je précise que ces Marabouts sont des hommes. Parce qu’un Marabout, on sait qu’il va venir en parler à la télé et à la radio nationale et quand c’est une femme, c’est très mal vu. La question de la religion est très sensible chez nous. N’importe quelle personne n’ose pas aborder le sujet et c’est la raison pour laquelle les gens doivent chercher à savoir ce qu’il y a dans le Coran. Très souvent, ce sont les hommes qui le savent et les droits donnés à la femme, ils ne les disent pas. Donc, c’est aux femmes de chercher.

Dans certaines cultures les femmes sont tenues à la maison, comme dans la région de Maradi où l’enfermement est fréquent et les femmes ne sortent jamais de la maison. Même quand il y a un décès dans leur famille, souvent c’est la nuit qu’elles sortent pour aller présenter les condoléances et revenir chez elles.

La polygamie aussi existe bel et bien au Niger, il y a beaucoup de familles polygames. Je crois que le problème ne se situe pas au niveau de la polygamie pour laquelle il y a des règles à suivre. Très souvent, quand l’homme arrive à suivre ces règles, il y a moins de problèmes dans le ménage. Mais quand il faut prendre une femme pour en remplacer une autre, la répudier avec des enfants, c’est là que ce n’est pas bien. En tant que musulman, l’homme décide de devenir polygame. Comme la religion lui donne ce droit, s’il suit bien les règles de l’islam, ça marche. Il y a beaucoup de foyers polygamiques où ça marche bien.

Chez nous, l’honneur d’une femme, c’est le mariage. Tant que tu n’es pas mariée, tu n’es pas considérée. Ici au Niger, on dit que le mari, c’est le premier travail. Quel que soit ton degré de culture, quel que soit ton niveau intellectuel, quelle que soit la fonction que tu occupes, quand tu n’es pas mariée, tu es mal vue, dans toutes les cultures du Niger.

On trouve très peu de femmes de 40 à 50 ans qui ne sont pas mariées. Elles ne sont pas arrivées à trouver de mari, elles ont déjà connu un premier mariage et elles ont été répudiées, ou elles sont veuves. En tout cas, à quarante ans, presque toutes les nigériennes sont mariées ou ont déjà connu un premier mariage. "

Mots-clés

femme, islam, gestion du foncier


, Niger, Niamey

Commentaire

Une opinion claire et exigeante sur le statut de la femme au Niger et sur l’utilisation de la religion à leur détriment.

Notes

Voir les fiches extraites du même interview en 2001 mené par Benoît Lecomte.

Entretien avec TCHAOUSS Alima, réalisé à Niamey en 2001.

Source

Entretien

LECOMTE Benoît ; LUCAIN Mathilde

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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