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La réforme de la vulgarisation agricole au Sénégal à la fin des années 1990

Le PSAOP, Programme des Services Agricoles pour les Organisations de Producteurs, le CAR, Conseil Agricole et Rural, et les CLCOP, Cadre Locaux de Concertation des organisations Paysannes : leur fonds, leur contenu et leur rôle (Sénégal)

Ousmane NDIAYE, Benoît LECOMTE

2002

M. Ousmane Ndiaye, coordinateur de la cellule d’appui Technique au CNCR (Comité national de concertation des Ruraux), dit ceci : " Depuis 1995, avec la Banque mondiale et l’Etat, nous travaillons à la réforme du travail de vulgarisation. Ce que nous avons préconisé pour qu’au niveau de la base le paysan sénégalais arrive à progresser dans sa compréhension des enjeux est en train d’être tester sur 18 mois, au sein du PSAOP. Celui-ci est piloté par la Banque mondiale et nous ne sommes qu’une composante de ce programme. Nous avons choisi la région de Kolda et la région de Tambacounda pour expérimenter. Nous travaillons avec des CLCOP (Cadres Locaux de Concertations des OP). Au sein d’une communauté rurale il peut y avoir beaucoup de CLCOP, cadres d’échange, d’information, d’innovation que les paysans vont mettre en place pour essayer de prendre en compte leurs préoccupations, de passer l’information. Pouvoir tester des choses à ce niveau, c’est une préoccupation majeure. Si cela se faisait au niveau d’une communauté rurale et que l’ensemble des CLCOP ait l’information pour pouvoir vulgariser, cela ferait vite tâche d’huile au niveau de chaque communauté rurale.

Le PSAOP a pour but de renforcer la capacité technique des paysans pour produire, transformer et vendre mais aussi d’orienter les institutions de recherche appliquée et les institutions d’appui vers un meilleur service à la base.

Le pouvoir sur les ressources mises à la disposition du PSAOP (crédit de la Banque Mondiale) et donc sur les ressources publiques est désormais local. Si une OP a des besoins, elle dépose un projet auprès du cadre de concertation de sa communauté rurale. Là, on analyse la pertinence de la demande et si la réponse est positive, l’argent est délégué directement à l’OP. C’est elle qui exécute, qui rapporte et qui justifie. Si besoin, c’est à elle de choisir son prestataire.

Ce qu’il faut comprendre c’est que le PSAOP est un vaste programme. Il s’agit réellement de changer, de renverser le système d’appui aux exploitations familiales. Avant, le système d’appui était fondé sur ce qu’offraient les services publics. Les gens ne se souciaient pas tellement de savoir si cela répondait ou non à la demande des exploitations familiales. Maintenant on renverse le schéma en demandant aux organisations de producteurs ce dont elles ont besoin et en leur donnant des ressources pour choisir et payer elles-mêmes les services qu’elles peuvent acheter à des services publics, aux ONG, ou à d’autres OP.

Il y a vraiment une rupture importante. C’est vraiment cela le "fond" du PSAOP. Pour faire cela vous avez 4 composants essentiels :

- Le ministère. Il y a des choses qu’il faisait et qu’il ne va plus faire. Les moyens dont il dispose, il faut qu’il les rationalise par rapport aux missions précises qu’on lui demande qui sont concevoir les lois et règlements, assurer le contrôle dans le sens large du terme et définir les politiques. Donc le ministère va se réformer, va se restructurer.

- Le Conseil Agricole et Rural (CAR). Jusqu’à présent, pour la vulgarisation agricole, on venait et on disait aux gens : "C’est cela qui est bon, c’est cela qu’il faut faire". Maintenant, je crois qu’on renverse la vapeur : on part de la demande des gens et on leur donne les moyens de pouvoir participer aux financements du CAR. Ils ont donc la possibilité de sanctionner et cela doit aussi se faire au niveau de la base. Il faut que la demande parte de la base et que la base ait vraiment les moyens de sanctionner positivement ou négativement. On commence à partir de la communauté rurale pour aller vers le niveau national. La question est : comment construire le CAR pour qu’il ne soit plus une structure publique mais qu’il soit une "société privée" ?

- La recherche est aussi obligée de changer. Le ministère, la recherche, le CAR, tous doivent répondre à la demande des organisations de producteurs. Mais celles-ci sont-elles capables de bien la formuler, de bien s’organiser pour dire ce dont elles ont besoin? Ont-elles les compétences pour se rendre elles-mêmes certains services ou pour commander d’autres services? Ont-elles la capacité de contrôler? Il y a beaucoup de questions posées quant aux capacités des OP à rentrer dans ce nouveau dispositif.

- Les différentes organisations qui appuient les organisations de producteurs.

Tout ce paquet constitue le PSAOP. Dans cela l’ASPRODEB (Associatrion Sénégalaise pour la Promotion du Développement par la Base) intervient pour ce qui est de la quatrième composante, pour qualifier et pour donner des capacités aux organisations de producteurs. L’important est de donner l’occasion à l’ensemble des OP de discuter ensemble de ce qui va ou qui ne va pas et de préparer ensemble une stratégie de négociation avec les autres partenaires tels que le conseil de la communauté rurale, les services publics ou les organismes privés d’appui au développement. On donne les moyens en ressources humaines et financières pour que les OP se parlent entre elles et définissent des stratégies. On essaye de faire remonter ce dispositif de la base jusqu’au niveau régional car dans une communauté rurale, si toutes les OP sont ensemble, se concertent, il va sans dire que parmi les problèmes auxquels elles sont confrontées, beaucoup dépassent le niveau communal. Il faut aussi que les gens au niveau régional s’organisent autrement. Donc, la composante "organisation de producteurs" confiée à l’ASPRODEB tend à appuyer et à accompagner les OP dans ce renforcement de leurs capacités de négociation et de représentation.

On ne va pas financer n’importe quel projet au niveau des OP. Concrètement, si une OP a une demande, c’est que dans une communauté rurale, dans un premier temps, il y a eu un diagnostic à partir duquel l’ensemble des acteurs, y compris les OP, se sont mis d’accord sur les problèmes, les contraintes, les priorités et indique les directions à viser. Il y a donc eu constitution d’un cadre de concertation que chaque OP est en mesure de solliciter pour tout projet de formation, de renforcement de capacité, d’innovation. Si ce projet contribue à la résolution des contraintes qui ont été identifiées lors du diagnostic, il est acceptable et l’ASPRODEB est en mesure de mettre de l’argent pour que cette OP réalise ce projet. "

Mots-clés

organisation paysanne, vulgarisation agricole, concertation, structure d’appui, banque mondiale


, Sénégal

Commentaire

Une dynamique intéressante menée par le CNCR essaie de changer les comportements et fonctionnements de l’appui au OP et de la vulgarisation. Le but est de partir de la demande des OP et non plus de ce que les services proposent. Le PSAOP est le programme financé par la Banque Mondiale qui tend à améliorer les appuis techniques aux OP. Les CLOP et le CAR sont des outils pour faciliter la concertation et la mobilisation des paysans.

Notes

Sur le même sujet, à la même époque voir les fiches de MM. Samba GUEYE et Malamine SONKHO et les autres fiches de M. Ousmane NDIAYE.

Entretien avec NDIAYE Ousmane, réalisé en 1998 par LECOMTE Benoît

Source

Entretien

LECOMTE Benoît

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