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Produire localement : un levier pour contrebalancer quelques effets dévastateurs de la mondialisation de l’économie

Les Associations pour la Sauvegarde des Sites en Allemagne réunissent des élus communaux, des agriculteurs et des représentants associatifs pour créer des circuits économiques régionaux

Ina RANSON

05 / 2000

Ces dernières années ont vu, en Allemagne, un essor impressionnant d’initiatives régionales en vue d’établir une économie soutenable et d’inviter la population à s’identifier avec sa région. Le terme de région reste en général flou et peut être défini selon les opportunités.

La régionalisation - un contrepoids à la globalisation ?

Les projets de ces initiatives régionales sont le plus souvent élaborés par de nombreux partenaires : les associations pour la protection de l’environnement, les municipalités, les agriculteurs et les forestiers, les commerçants, les consommateurs, les agences de tourisme...

Pour ces différents acteurs, il s’agit de trouver des leviers qui permettent de contrebalancer certains effets dévastateurs de la mondialisation. Leur intérêt commun est de donner des impulsions économiques sans attendre les investisseurs extérieurs, de mieux protéger les ressources naturelles et culturelles, de favoriser, à l’échelon de territoires pertinents, des synergies entre les politiques agraire, économique, sociale et culturelle.

En Allemagne, ce sont souvent les associations pour la préservation des paysages et pour la sauvegarde des sites qui coordonnent les initiatives cherchant à développer l’économie régionale.

Coopération et tierce parité : une pratique qui a fait ses preuves

L’idée de créer des Associations pour la Sauve-garde des Sites est née en 1986. Elle s’est répandue partout en Allemagne, et aujourd’hui il en existe plus de 100 associations, fédérées dans le "Deutscher Verband für Landschaftspflege" (DVL). Cette association de tête représente les intérêts des membres, organise des colloques, publie de nombreux documents utiles et coordonne des projets modèles.

L’ambition commune des associations est de :

  • donner des impulsions pour un développement économique orienté vers l’écologie et pour une exploitation du sol conciliante avec l’environnement, tout en faisant ressortir la spécialité de chaque région et tout en réveillant les énergies propres à chaque région.

  • construire un réseau couvrant la surface des espaces vitaux naturels pour sauvegarder, dans tous les sites cultivés allemands, une base vitale intacte,

  • permettre à l’agriculture, en s’occupant de la protection de la nature, d’avoir un revenu supplémentaire sur lequel elle peut compter et de l’aider dans la commercialisation des produits typiquement régionaux en évitant ainsi la mise en jachère de grandes étendues dans des zones agricoles défavorisées.

Le DVL souligne qu’il partage ces objectifs avec d’autres associations, mais qu’il a choisi d’avancer sur une voie nouvelle : la coopération équilibrée grâce à la "tiers parité". Cela signifie que les comités de direction des associations réunissent des représentants associatifs, des agriculteurs et des élus à part égale. Ce principe a fait ses preuves. Il engendre confiance et encourage beaucoup la réussite pratique du travail. Le comité directeur peut placer le dialogue sur une base compétente et qualifiée puisqu’il est aidé par un comité consultatif spécialisé. Actuellement, le DVL s’efforce de créer un grand réseau de toutes les initiatives régionales en Allemagne, ensemble avec l’Office fédéral pour la protection de l’environnement (Umweltbundesamt) et la Fédération pour la protection de la nature (NABU).

Les Associations pour la Sauvegarde des Sites en tant qu’associations indépendantes n’ont aucun pouvoir administratif. Elles n’agissent que si un propriétaire de terrain le désire, que ce soit une commune, une personne privée ou une association. Il s’est avéré que le volontariat ouvre plus de portes et plus vite qu’en procédant par autorité d’Etat.

En 1999, le DVL publia 250 projets régionaux, en sélectionnant des exemples remplissant plus d’un des critères suivants : création de relations de proximité entre producteurs et consommateurs, marketing régional et en même temps protection de l’environnement et du paysage, respect des normes exigeantes de production écologique, coopération avec de nombreux partenaires dans le cadre d’un développement régional durable.

Les éditeurs de la publication constatent que beaucoup de petits projets sont devenus de plus en plus importants en s’associant à d’autres initiatives (par exemple à l’exploitation du bois régional, au soutien des énergies renouvelables...) et en trouvant de nouveaux partenaires (des initiatives de consommateurs, les églises, des entreprises, les associations pour la protection de la nature..).

Des exemples de création de circuits régionaux

Dans les environs de Berlin, l’association économique de la Mark (Märkischer Wirtschaftsverbund) veut "créer un pont entre la ville et la campagne". Des agriculteurs, des épiciers, des grossistes, des représentants des consommateurs et des associations pour l’agriculture biologique y coopèrent régulièrement et lancent des campagnes d’information.

A Brême, une association analogue veille en même temps sur les emballages écologiques et sur le transport rationnel des fruits et des légumes saisonniers, en provenance des environs de la ville et vendus dans des "magasins fermiers" qu’on trouve dans de nombreux quartiers. Les publications, les séminaires et surtout les fêtes organisées par la "société coopérative des producteurs et des consommateurs à Brême" ont beaucoup de succès.

Dans le land de Baden-Wurthemberg, les liens entre paysage et économie sont très visibles : la campagne a perdu beaucoup de ses vergers sauvages, éléments caractéristiques du pays. Pour convaincre les paysans de préserver ces vergers, espaces vitaux pour une multitude d’espèces menacés de disparition, de nombreuses associations s’efforcent avec succès de promouvoir la commercialisation des fruits qui y sont cultivés.

A Rechberghausen (près de Göppingen), les propriétaires des vergers vendent leurs fruits pour le double du prix ordinaire ; mais ils se sont engagés à renoncer aux fertilisants chimiques et aux traitements. Les jus fabriqués à partir des fruits sont vendus avec un label de qualité régional.

Les pâturages à sol médiocre, sur les moyennes montagnes en Souabe, seraient en jachère s’ils n’étaient exploités. Pour préserver ces sites, plusieurs associations soutiennent l’élevage extensif de moutons. Ailleurs, par exemple dans le canton de Hohenlohe, elles s’engagent pour l’élevage extensif des races régionales de bovins et de cochons. La crise de la vache folle aidant, les boucheries qui se spécialisent dans la vente de produits régionaux, étroitement contrôlés, se développent bien. Grâce aux efforts des différents partenaires réunis dans les associations, beaucoup de cantines s’y abonnent. Et les restaurants locaux - surtout dans des régions touristiques - font valoir la qualité de la nourriture préparée à partir des produits locaux.

Le défi à relever est de promouvoir toutes les productions spécifiques liées aux particularités d’un paysage, de rendre les formes d’exploitation extensive viables à long terme et de construire des circuits économiques régionaux solides.

Mots-clés

développement local, aménagement rural, agriculture et environnement, commercialisation, marché local, gestion des ressources naturelles, comportement culturel


, Allemagne

dossier

Villes et développement durable : des expériences à échanger

Développement économique local

Commentaire

Les avantages des circuits régionaux sont nombreux. La préservation des sols et des paysages, la diversification des ressources de revenu, l’économie des transports, des énergies..., ce sont les éléments essentiels d’un développement durable. L’exemple de l’Association allemande pour la Sauvegarde des Sites montre qu’il est possible de réussir à une échelle plus importante, grâce à une coopération très vaste.

Rappelons que les vertus des marchés régionaux avaient déjà été soulignées par Keynes : "Je m’associe donc à ceux qui voudraient minimiser au lieu de maximiser l’enchevêtrement économique entre les nations. Les idées, les savoirs, les arts, l’hospitalité, les voyages - ce sont les choses qui par leur essence même devraient être internationales. Mais utilisez les choses faites chez vous tant que cela est raisonnable et opportun, et avant tout, veillez à ce que la finance reste, en premier lieu, nationale."(I sympathize therefore with those who would minimise, rather than with those who would maximise, economic entanglement between nations. Ideas, knowledge, art, hospitality, travel - these are the things which should of their nature be international. But let goods be homespun whenever it is reasonable and conveniently possible, and above all, let finance be primarily national. (cité par M. Baumann et M.Windfuhr dans : Worldwatch Institute Report 2000, edition allemande, p. 31/32)

Notes

Pour présenter les objectifs du DVL, voir le site : www.lpv.de ou www.reginet.de. On trouve d’autres informations intéressantes sur les sites des "journées de la région", grandes manifestations festives qui invitent les gens à comprendre comment leurs achats et leurs façons de consommer ont une influence directe sur les paysages où ils habitent : www.tag-der-regionen.de, www.egge-weser.de/tdr/

Source : Répertoire Deutscher Verband fuer Landschaftspflege, DVL

Titre du document : Verzeichnis der Regionalinitiativen, 1999

Consulter aussi : DVL : Lauffener Seminarbeiträge 3/98 ; Internet : http://www.lpv.de/ et http://www.reginet.de/

Contact : Deutscher Verband fuer Landschaftspflege (DVL), Eyber Strasse 2, D-91522 Ansbach, Allemagne - Tel :  + 49 981 9504247 - Fax : 9504246 - info@lpv.de

Source

Rapport

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