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Les échanges de jeunes scolaires de Genève (Suisse) et d’Abomey (Bénin)

Circonstances, motivation, résultats individuels, appuis des adultes

Appolinaire AHANZO, Christophe VADON

11 / 2001

M. Appolinaire AHANZO, explique ceci :

"1/ Le premier voyage [1991] :

Les cinq premiers béninois qui sont partis en Suisse ont été choisis par leurs correspondants suisses respectifs. Leur correspondance avait duré 2 ans de 89 à 91.

Au retour de la 1ère délégation j’ai créé un comité de correspondance. Ainsi si quelqu’un ne trouve pas réponse à sa lettre, le comité de correspondance peut écrire. Toutes les lettres que nous recevons ici sont pour les jeunes. Pour répartir les premières lettres que nous avons reçues entre les élèves du collège on a tenu compte la discipline et du résultat du travail de chacun. A un moment également le président du comité peut convoquer une assemblée des élèves en correspondance pour faire le point de nos activités. Nous recensons également les voeux des correspondants pour nuancer, pour ne pas envoyer n’importe quoi. Nous demandons également à nos jeunes d’éviter de demander ceci ou cela. Il y a parfois des parents de correspondants qui envoient de l’argent car, dans les lettres, les jeunes parlent de leur condition de vie (famille, école etc..).

Pour les jeunes Africains il faut des adultes pour expliquer ce qu’il y a à gagner lorsqu’on libère ses idées et qu’on reçoit les idées des autres. Il s’agit de demander à l’Européen à partir des informations qui lui ont été données sur notre pays : " qu’est ce qui t’intéresse, qu’est ce que je peux t’envoyer ". Notre fille aînée (qui était en 6e au lycée) avait une correspondante au Canada. La fille lui a envoyé une petite cordelette sous forme de bracelet pour le bras. Quand elle a ouvert l’enveloppe, elle a été très contente. Tout cela est de la motivation. Donc il y a une question d’encadrement et une question de sensibilisation. On cherche à montrer aux Européens que ceux qui sont pauvres ici matériellement vivent heureux. Il faut aussi montrer à ceux qui sont ici qu’en Europe la communauté a mis beaucoup de matériel à la disposition des enfants. Mais ce n’est pas cela qui fait leur bonheur et qu’il leur manque quelque chose. Par exemple lorsque les parents ont un emploi très loin de la maison, les enfants quand ils rentrent ne trouvent parfois pas leurs parents. Il faut expliquer pour que les gens comprennent que quelque part, des 2 côtés quelque chose manque. Nous les adultes, nous devons faire des études sur cela pour voir ce qui manque et faire des orientations. En répondant aux questions posées, les jeunes, arrivent à se découvrir, à découvrir les 2 mondes pour en faire l’équilibre que nous recherchons.

2/ Le deuxième voyage [1995]

Pour la délégation que j’ai eu à conduire en 1995, nous avons défini des critères. Premièrement, il faut être un acteur car nous partons pour présenter notre peau noire mais aussi de l’art qui peut sortir de cette peau noire. Tout de suite des ateliers sont nés à savoir théâtre, peinture, danse et autres. Au moment venu, nous avons fait sortir le critère d’âge qu’on a situé entre 14 et 16. Finalement, je suis parti avec 5 élèves du collège.

Au retour, pour la restitution, ces 5-là ont organisé des conférences pour faire le compte rendu du voyage. Quand ils avaient également du temps libre, ils circulaient dans les classes pour donner des informations sur le voyage. Ils étaient partis avec beaucoup de lettres et ont ramené aussi beaucoup de lettres plus des cadeaux.

Ceux qui sont partis réussissent-ils mieux à l’école ? On peut dire que tous ceux qui ont participé sont des gens qui sont arrivés à se prendre en charge. Le chef de la délégation, quand il a échoué à son bac, s’est inscrit pour passer le concours d’infirmier d’Etat qu’il a réussi. Après sa formation, il a ouvert un Centre de Santé dans un village de Bohicon où il n’y en avait pas. Il a loué une maison, et recruté un infirmier. Après nous avons commencé à l’appuyer, mais il a fait lui-même son équipement. Il fait maintenant les vaccinations, les accouchements, soins médicaux et autres car il a approfondi sa formation. Un deuxième garçon poursuit ses études. Quant au troisième garçon, il était déjà un petit ouvrier à l’ONAB (Office National du Bois). Il a reçu après le voyage en Suisse une bourse de la famille de sa correspondante pour apprendre l’opération de saisie. Il a passé les tests d’entrée à la fonction publique et maintenant il est au ministère de la fonction publique, secrétaire informaticien. La plus jeune fille du groupe, Ghislaine, est en train de poursuivre ses études en Maths et Physique à l’université. Quant à la plus grande, nous l’avons nommée directeur de l’atelier informatique que nous avons créé avec l’ONG Education- Libération Suisse.

3/ Autres cas

Quand des européens viennent au Bénin, nous leur expliquons également que des jeunes élèves sont à leur disposition pour le tourisme c’est à dire les promenades, les sorties nocturnes etc. Nous laissons nos jeunes évoluer avec ces jeunes étrangers, car nos jeunes arrivent à leur faire découvrir beaucoup de chose.

Nous n’avons jamais eu de problèmes avec des jeunes difficiles car ceux qui sont arrivés étaient toujours accompagnés par des adultes. Par exemple, les JATUR, tous les soirs, ont une séance de mise au point pour faire le bilan de la journée. Chaque jour, ils font une permanence de cuisine. Les JATUR, ce sont des jeunes qui passent leurs vacances à créer des infrastructures scolaires dans les écoles maternelles et élémentaires. En 1992 ils étaient venus avec une somme d’un million de francs CFA ce qui nous a permis de construire une salle de classe dans l’école primaire publique de Djegoue Pegoudo. Après on a fait le point financier avec les vacanciers de JATUR. Il nous restait 700.000 CFA. C’est ainsi qu’on a décidé de construire une citerne parce que pour ces jeunes vacanciers il fallait résoudre le problème de l’eau pour les élèves et la population. Alors nous avons préparé le devis pour la citerne puis obligés de partir avant le début des travaux, ils m’ont remis les fonds. Mais après le départ des vacanciers les gens voulaient que l’argent soit utilisé autrement. J’ai refusé. Les gens se sont mis en colère contre moi mais nous avons réalisé quand même la citerne. Donc depuis 1992, la population locale utilise l’eau de cette citerne. L’eau est vendue à la population pour couvrir les frais d’entretien de la citerne. "

Mots-clés

jeune, école, échange de savoirs, éducation et changement culturel, dialogue interculturel


, Bénin, Abomey

Commentaire

Pour M. AHANZO, les échanges de jeunes sont importants car ils permettent de découvrir d’autres cultures et ainsi d’épanouir leur esprit. Il a lui-même participé à des opérations les favorisant : la création d’un comité de correspondance qui permet de rester en contact avec des jeunes occidentaux ; l’organisation d’un festival scolaire regroupant des élèves de 3 continents qui s’est déroulé en Suisse en 1995 et deux envois de cinq jeunes béninois pour des séjours en Suisse. Une autre action de M. AHANZO est d’accueillir des jeunes européens au Bénin pour des échanges et des travaux de construction, dont la création d’une citerne dans le village. Il analyse les résultats de ces diverses initiatives.

Notes

M. AHANZO est professeur de lettres, et depuis 1984, en poste de surveillant général chargé de l’ordre et de la discipline au lycée d’Abomey. Il est engagé dans le développement communautaire depuis 1981 et a lancé la coopération scolaire au sein de son lycée dès 1989.

Entretien avec AHANZO, Appolinaire, à Abomey en 2002

Source

Entretien

VADON, Christophe ; GUERIN, Jérémie

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