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Les paysans toxicomanes du Sahel

11 / 1993

Au Mali, l’utilisation des psychotropes par les ruraux a commencé à la suite de la grande sêcheresse des années l973-1974. Depuis cette époque, chaque fois que l’année est mauvaise, un mouvement de migration vers les villes se produit à la contre-saison, le retour s’effectuant au moment des premières pluies. C’est ainsi que les paysans ont découvert les "médicaments" sur les marchés urbains.Ils les ont utilisé au village, à leur retour, pour "soigner" les maladies et se sont aperçus que les amphétamines, comme on le leur avait dit, les empêchaient d’abord de ressentir la fatigue. On les appelle en bambara "den kélé démé ba", c’est à dire "le soutien du fils unique". La pression démographique et la baisse relative des prix des produits agricoles, a obligé les agriculteurs à produire toujours plus, précisément au moment où les vendeurs de médicaments faisaient leur apparition sur les marchés des villages les plus reculés. C’est ainsi que de nombreux hommes, âgés de 18 à 50 ans, sont devenus dépendants des amphétamines et que l’on constate, chez 20% d’entre eux, un processus de vieillissement, au bout de deux ou trois campagnes seulement. Bien que ce phénomène soit observable dans tout le pays, il est particulièrement marqué dans la zone comprise entre les fleuves Bani et Niger.

Ce phénomène se retrouve dans tous les pays du Sahel. Au Niger, selon des médecins, "les quantités consommées dans les campagnes dépassent largement celles des villes." Les grands exploitants qui emploient de la main d’oeuvre agricole mélangent, à l’insu de leurs ouvriers, des amphétamines écrasées à leurs aliments. Dans les villages du Burkina Faso, on trouve des colporteurs qui vendent des amphétamines présentées comme des médicaments universels et surtout qui donnent de la force. Les paysans, qui ne disposent pas d’animaux de traît, en consomment des quantités importantes au moment des travaux agricoles de la saison des pluies, de mai à novembre. L’effet stimulant des amphétamines diminuant progressivement, les paysans en prennent des quantités de plus en plus importante, jusqu’au moment où ils sont victimes de troubles graves. Ces derniers ne sont pas nécessairement attribués à la consommation de ces produits. Lors de certaines fêtes, comme les baptêmes et les mariages, les femmes en écrasent pour les mélanger aux boissons et au thé. On a pu observer que c’est dans les régions fortement islamisées comme Bobo Dioulasso, que l’on consomme le plus d’amphétamines. Dans les régions où l’on boit du dolo (bière de sorgho), elles sont au contraire quasiment inconnu.

Mots-clés

drogue, système de production, agriculture paysanne, consommation de drogue, campagne d’information


, Mali, Burkina Faso, Niger, Sahel

Commentaire

Les cas de toxicomanie rurale provenant de la consommation de produits industrialisés sont si rares dans le monde, pour ainsi dire quasi inexistants, qu’ils méritent d’être analysés. De vastes campagnes d’explication et de prévention, en langues locales, devraient être mis en place dans les pays du Sahel.

Notes

Nature = Enquête

Source

Autre

LABROUSSE, Alain, OGD=OBSERVATOIRE GEOPOLITIQUE DES DROGUES

OGD (Observatoire Géopolitique des Drogues) - France

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