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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

La saison sèche en savane: fête, malheur ou atout ?

La grande sécheresse de 1973, les trois fronts de lutte

Etienne TOE, Christophe VADON

11 / 2001

Etienne Toe, ancien cadre de la FUGN (fédération des Unions des Groupements Naam au Burkina Faso) et désormais délégué de l’ONG Eau-Vive au Mali explique ceci : " L’épineux problème dans nos pays c’est d’abord cette saison sèche qui peut durer jusqu’à 8 mois pour 3 mois de saison pluvieuse. C’est déjà tout le gros problème que nous connaissons au Sahel : 2 saisons contrastées et l’autre saison va être le vrai problème. Mais il n’y avait pas de problème avec nos ancêtres avec nos parents : en saison sèche, c’était la fête, le repos, après la saison des pluies. Ils connaissaient la saison des pluies comme étant profondément la saison des travaux champêtres parce que ce sont des peuples agriculteurs. Il y a des éleveurs, je ne nie pas cette réalité, il y a des éleveurs mais l’élevage était difficilement associé à l’agriculture. Il y a les peuples éleveurs et les peuples agriculteurs. Et ceux qui sont les plus nombreux sont les agriculteurs qui vont travailler pendant 3 à 4 mois durant la saison des pluies. Et le reste du temps, ils vont se consacrer aux voyages, aux funérailles, aux baptêmes. Voilà pour eux la saison sèche et ce que cela peut donner comme activités. " Dieu a séparé en deux saisons ; la saison où on travaille beaucoup et une saison où il y a un grand repos ".

C’est parce que les anciens n’étaient pas nombreux en fait que cela marchait et que l’équilibre était là. Mais après, avec la colonisation, avec les progrès de la médecine et de l’hygiène, on sait qu’il y a eu un boom démographique. L’Afrique a accru sa population. Mais les gens ont continué avec les mêmes pratiques, des pratiques traditionnelles, ils n’ont pas changé de mentalité. Le changement ne s’est pas opéré encore dans leurs têtes. Donc, ils sont déjà dans une situation défavorisée. Si tu viens avec un discours d’animation, de sensibilisation, eux parfois n’entendent pas ce discours ; ils ont dans leur tête le manque d’eau, la difficulté pour avoir l’eau, la difficulté pour avoir la nourriture, la difficulté pour avoir accès aux soins et à l’éducation. Et la saison sèche qui n’est pas exploitée va être un problème car elle n’arrive pas à compléter ce qu’ils ont gagné comme maigres ressources dans les champs en hivernage.

Les difficultés d’insuffisance alimentaire vont s’accroître. D’autres phénomènes vont s’ajouter tels que la sécheresse, les sécheresses vont se répéter dans le Sahel et cela va atteindre une sorte de paroxysme, en 1973. Et quand cela atteint ces sommets, voilà la grande famine qui se déclare. Les gens n’ont plus à manger, les animaux n’ont pas à manger, ils n’ont pas à boire suffisamment. Il y a un vrai manque d’eau. On connaît la suite. C’est la grande catastrophe et des morts. Les gens vont fuir les zones défavorisées, les zones asséchées, les zones qui n’ont plus d’eau, ils vont descendre vers le Sud, ils sont obligés de vendre les animaux qu’ils ont, les moyens qu’ils ont pour survivre. Et même jusqu’aux hommes, ils vendent des hommes, les enfants. Voilà la chose qui va alerter l’opinion mondiale. L’opinion mondiale va s’intéresser à ce phénomène et dire : " le Sahel, vraiment, c’est réellement un problème. La désertification est un problème, qu’il faut prendre cela au sérieux. "

En 2000, au Sahel, nous sommes en train de nous battre sur 3 fronts. Le premier front : c’est que des populations connaissent le manque d’eau en quantité et en qualité, le problème de nourriture, (qui renvoie à la production) et les problèmes de santé et d’éducation. Donc, il y a un phénomène qui est là et qui généralise la pauvreté, qui fait qu’ils sont défavorisés. Il faut lutter contre cela.

Et l’autre front c’est qu’il faut à la fois produire. Il faut produire et lutter contre la désertification. Et il faut à la fois produire pour s’autosuffire, pour avoir des excédents et investir pour le développement. Cela veut dire qu’il faut réparer le mal et qu’il faut faire le développement, les deux en même temps. Pour cela des ressources locales existent, les espèces d’herbe locales qu’on peut planter, dont certaines sont même fertilisantes: l’acacia albida, l’angropon, etc. Ce sont des ressources locales. Les cailloux, les moellons sont des ressources locales. La main d’oeuvre humaine est une ressource locale ; c’est abondant et bon marché parfois. Maintenant ce qui manque fondamentalement ce sont les brouettes, les barres à mine, les pioches, les marteaux, des camions pour transporter les pierres qu’il faut chercher à 5, 10, 12 kilomètres. Il faut pouvoir louer des camions, mettre du carburant, et transporter les pierres sur les chantiers de travail. Tout cela demande des moyens financiers. On demande à des bailleurs de fonds, à des bonnes volontés de s’associer à ces combats-là, de donner un peu de sou pour acheter du matériel.

Le troisième front c’est pour nous, nous qui sommes venus des écoles pour aider les compétences locales sur le terrain : aider dans l’animation et dans la formation. Montrer comment faire des courbes de niveau, avec des moyens qui sont simples, qui sont appropriables par les communautés villageoises. Comment faire des diguettes avec des moellons pour favoriser l’infiltration et le dépôt des limons des terres fertiles qui sont enlevés par le ruissellement ? Tous ces éléments fertiles s’en vont parce que les paysans ne connaissaient pas cette technique. Ils connaissaient cependant quelque chose, par exemple, dans les bas-fond, il y a des espèces d’herbes, les cocoxé, qui permet de fixer la terre. Les ancêtres l’utilisaient ou bien ils mettaient des obstacles pour barrer la route à l’eau et à la terre, par des troncs d’arbres, par des espèces qu’ils ont arrachées des bas-fond pour venir planter là. Cela est resté. Et maintenant, pour améliorer cette technique traditionnelle des compétences qui complètent le savoir traditionnel. "

Mots-clés

désertification, agriculture traditionnelle, croissance démographique, pénurie alimentaire


, Mali, Burkina Faso, Sahel

Commentaire

Notre interlocuteur, nous explique comment la colonisation et la croissance démographique ont modifié les conditions de vie au Sahel. La saison sèche est devenue une ressource économique indispensable, au lieu d’être une période de fête. Il faut retenir l’eau et utiliser les ressources naturelles et les savoirs traditionnels propres du Sahel. Une action qui combien les efforts des gens et ceux des agents de développement.

Notes

Voir fiches du même interlocuteur GRAD.

Entretien avec TOE, Etienne réalisé en Mai 2000 à Bamako (Mali) par Christophe Valadon.

Source

Entretien

VADON, Christophe ; GUERIN, Jérémie

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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