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Les rapports de l’ONG AIFD (Appui aux Initiatives des Femmes pour le Développement) avec ses partenaires (Ségou, Mali)

Chercher l’aide et puis la gérer, deux épreuves !

M. MALET, Christophe VADON

11 / 2001

M. Malet, l’un des membres fondateurs de l’organisme malien appelé Appui aux Initiatives des Femmes pour le Développement (AIFD) explique ceci : "L’Etat a son rôle à jouer mais il ne peut pas être partout. Il y a des activités, des domaines que l’Etat doit laisser. L’Etat doit créer les conditions qui permettent l’existence d’autres acteurs capables de prendre en charge un certain nombre de volets et tâches qu’il réglemente et contrôle. Le problème est le suivant : au Mali, quand un projet est financé par un bailleur de fonds public, le maître d’oeuvre c’est l’Etat malien. L’Etat malien, à travers l’un des départements concerné par le secteur du développement envoie des fonctionnaires l’exécuter sur le terrain. Si l’Etat veut être partout, c’est que les fonctionnaires veulent être partout. Chaque fois qu’il y a un programme financé, tu trouveras des fonctionnaires qui prennent leurs disponibilités pour 1, 2, 3 ans ou même 5 ans, juste la durée du programme et puis qui retournent à leur poste que le projet soit réussi ou non. Par contre toi en tant qu’ONG, c’est ton travail d’aller jusqu’à la réussite. Tu sais que si tu as un programme de 5 ans, tu espères qu’il y aura un deuxième programme pour renforcer les acquis ; tu assures un certain suivi.

Les ONG aujourd’hui c’est un lieu d’emplois et en même temps, c’est une structure d’appui qui canalise l’aide qui vient. Les ONG sont incontournables parce que d’autres expériences ont été tentées pour toucher les populations à la base mais cela n’a pas marché. D’autres formes d’organisation ont fait aussi leurs preuves comme les bureaux d’études, les GIE, toutes ces autres formes d’organisations qui ressemblent aux ONG et sont considérées comme des organisations de la société civile.

C’est à nous d’identifier sur le terrain le détail des activités, de faire un plan d’action avec des activités à exécuter et un budget. Après, pour trouver un partenaire, c’est le parcours du combattant. C’est que tu ne sais pas qui peut financer. Il y a un déficit terrible d’information. Aussi quand tu as une adresse, tu évites de le dire à une autre ONG pour qu’elle n’écrive pas elle aussi au même endroit que toi. Il y a plusieurs centaines d’ONG au Mali, mais celles qui sont réellement opérationnelles ne sont pas plus d’une centaine car les bailleurs se font rares. Plus heureuses sont les ONG nationales créées sur les cendres d’un projet qui était là et qui veut maintenant partir et transférer ses compétences. Ces ONG là ont les chances d’aller loin, de rencontrer un partenaire parce qu’elles en ont déjà un, dès leur naissance. Mais celles qui naissent d’elles-mêmes comme la nôtre, ont tous les problèmes du monde pour se trouver un partenaire. J’ai l’impression que finalement quand tu vas négocier le financement d’un programme, celui que tu rencontres pense que tu le négocies pour toi-même. Il faut passer par untel pour pouvoir entrer, et quand tu entres, on négocie avec toi comme si c’était une aide qu’on te donnait pour toi seulement. Or, en réalité ce sont les communautés qui sont financées. Et aussi certains d’entre eux répondent que cela ne va pas dans leur cadre des domaines d’intervention, alors tu laisses tomber le projet, ou s’il prend le projet, il te laisse traîner un bon moment.

Et puis de grâce qu’il ne te fasse pas retourner tous les jours te faire dépenser ton temps en modifications de projet, en propositions mal présentées, pour te donner finalement un fonds qui te met parfois dans des situations difficiles! Car un petit fonds juste pour financer l’activité sans appui institutionnel pour la structure qui exécute l’activité sur le terrain produit un problème : on trouve toujours un petit fonds de 3 ou 4 millions pour exécuter des activités, mais ce sont des activités ponctuelles et il n’y aura pas de suivi.

Et puis quand tu as de l’argent viennent les modalités qu’on t’impose pour le gérer. Par exemple : pour le projet d’extension du périmètre maraîcher de Sama, on avait un financement global de 6 millions CFA (moins de 10 000 euros). On devait d’abord faire la clôture en grillage, ensuite 4 puits, et il y avait un volet formation (en conservation des semences et en gestion). On voulait acheter des charrettes. Le bailleur de fonds me dit : "Il faut des factures pro forma sur tout". Mais d’abord une facture pro forma pour l’avoir ici sur le marché, il faut négocier ferme parce que des fois les vendeurs ne comprennent pas qu’une facture pro forma n’engage personne : " Moi, j’ai donné mon prix, c’est tout " disent-ils.

Deuxièmement, on m’a demandé une facture pro forma pour quoi ? Pour les ânes ! Et c’est un malien qui me demande une facture pro forma pour l’âne ! il n’y a ici aucun marchand d’ânes avec un cachet, avec un formulaire de factures pro forma ! Donc, ok, moi je peux venir, je viens, je fais une facture pro forma ou je la fais faire par quelqu’un, au lieu de signer, je mets mon empreinte digitale dessus.

Et aussi la structure qui te finance là-bas dépense, des fois même, plus de fonds pour visiter que le fonds qu’ils ont mis comme frais de gestion. C’est vrai que ce n’est pas tout le monde qui vient visiter, mais il y en a qui viennent tellement visiter que tu te dis que si tout cet argent on l’avait mis comme frais de gestion chez toi, peut être que tu allais mieux faire ton travail que tu ne le fais actuellement.

Enfin un partenaire a un petit fonds pour le volet femmes qu’elle met à la disposition des ONG de toutes les régions. Je leur ai dit : "Vous avez d’autres programmes ici et dans d’autres régions. Est-ce qu’il n’est pas possible, étant donné que vous avez une seule personne chargée de tout cela, de voir avec ces structures du niveau local comment collaborer pour mettre en place un suivi des programmes puis et même l’identification de programme que vous prendrez en charge ? Et bien entendu, avec un appui institutionnel pour ces structures-là". Mais cela n’a jamais passé. Je crois que dans le cadre du partenariat ce qui est surtout important c’est la confiance. mais pour qu’il y ait confiance, il faut qu’il y ait collaboration. Il faut faire un peu de chemin ensemble. Une structure peut être sérieuse mais manquer de certaines compétences qu’on peut combler pour continuer ensemble."

Mots-clés

bailleur de fonds, ONG du Sud, financement des ONG, négociation


, Mali, Ségou

Commentaire

Le "parcours du combattant" des ONG locales pour trouver des financements, négocier avec les bailleurs, obtenir des adresses. Et puis, gérer comme le bailleur l’exige avec des factures pro-forma même pour les ânes. Et une fois que le partenaire est trouvé, la difficulté de le faire s’engager sur le long terme.

Notes

M. Malet est psychopédagogue de formation. Il a travaillé pendant 5 ans comme coordinateur régional du volet animation d’un programme hydraulique mené par l’UNICEF. Très actif avec sa femme dans la région de Ségou, il est à l’origine de plusieurs initiatives locales. Voir fiches GRAD extraites du même interview.

Entretien avec M. MALET réalisé à Ségou en mai 1999 par VADON Christophe

Source

Entretien

VADON, Christophe ; GUERIN, Jérémie

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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