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Changer la méthode d’aide pour servir le développement durable (Tchad)

Le partenariat ce n’est pas ’l’argent seulement’

Zakaria MOUSSA, Baba OUEDRAOGO

01 / 2002

M. Zakaria MOUSSA, coordinateur de l’ONG NAFIR ("Entraide dans nos contrées africaines") nous dit : " Dans la manière de voir le développement, nous avons déjà rencontré des incompréhensions avec nos partenaires. Le développement c’est un engagement qui suppose une conviction. Si on est convaincu de ce qu’on fait, on commence à le réaliser, on constate les échecs, les succès et l’ensemble va un jour déboucher sur un résultat. Ce résultat, s’il est capitalisé et systématisé graduellement, va se transmettre. Tout le travail sera positif malgré les échecs, malgré les contraintes, malgré les difficultés. Avec les bailleurs de fonds et autres partenaires en développement, nous avons intérêt à évoluer tous ensemble autour d’une table. Et cette table doit être fabriquée par un menuisier local et non pas amenée par "messieurs les bailleurs."

Le mot "partenariat" est assez vaste. Les groupes de base sont déjà partenaires depuis des siècles entre eux, mais c’est nous les "intellectuels" qui n’avions pas encore eu l’opportunité de réintégrer le système et d’être comme eux. Que ce soit nous les techniciens ou celui qui donne de l’argent, on a du chemin à faire ensemble pour réintégrer le savoir local et partir du local pour construire le régional, le national, l’international et le monde. "

A une question concernant l’aide extérieure, M. Moussa répond ceci : " Si c’est une aide qui n’a pas pour objectif d’apprendre à se passer de l’aide, ce n’est pas une aide. L’aide extérieure, je l’appelle un complément aux efforts de développement du monde. Pourquoi je dis cela ? Parce que l’interdépendance est une obligation de celui qui n’a pas et de celui qui a. Il s’agit ici de l’argent. Comment l’argent est né ? Comment l’argent est acquis ? Comment l’argent est allé dans la poche d’un tel ou untel ? Si moi j’ai des idées ; si je ne peux pas les mettre en oeuvre, je demande à une personne qui a les moyens de sortir le matériel nécessaire. Et tant que ceux qui ont l’argent et ceux qui ont les idées ne comprendront pas qu’il s’agit d’une interdépendance, il n’y aura jamais de développement. Malheureusement, on est encore dans le système : "la main qui donne est au-dessus de celle qui reçoit." On subit des influences négatives quant à la perception de l’argent.

La nature a voulu que l’homme qui se trouve au Nord ait beaucoup d’argent. Mais est-ce qu’un pays de froid peut produire des mangues ? Est-ce qu’un pays de froid peut produire les bananes ? Est-ce qu’au pays du Sud on peut fabriquer le Boeing pour nous permettre de quitter N’Djaména ou Niamey et être facilement à Ouagadougou ? Le jour où celui qui donne n’arrive plus à donner, ne va-t-il pas se tourner vers l’autre qui recevait ? Et le jour où l’autre n’arrive pas à bien gérer ce qu’il reçoit, est-ce que l’autre ne sera pas fatigué de lui donner ? Voilà des interrogations.

On voit toujours le partenariat sous l’angle de l’argent mais pas comme élément de consensus, de solidarité, d’entraide ou autre. Mais " l’argent seulement ", ce n’est pas du tout le partenariat. Ceux qui ont les moyens matériels et financiers raisonnent en projets, en programmes, en plans.

Ceux qui ont l’argent exigent aussi que leurs sommes soient destinées à telle action parce que telle action pourrait permettre de rebondir sur telle autre, etc. Cette analyse linéaire n’a pas de sens parce que de par mon expérience du développement, il ne faut pas que seulement une des facettes du mot développement puisse guider l’ensemble. Le développement est un engagement immatériel, il s’agit de quelque chose qui se passe dans la tête des gens, ce n’est pas le puits creusé là qui est le développement, ce n’est pas le magasin de banques de céréales creusé là qui est le développement, ça c’est juste des mesures d’accompagnement au développement. Le développement c’est d’abord des rêves très forts qui amènent à vouloir dépasser les questions de survie. "

A la question : "Comment se passe l’aide entre amis, entre voisins, entre parents ?", M. Moussa répond :

" On dit chez nous que la fraternité se maintient par la salutation, par les cadeaux. Par exemple, Baba était l’un de ceux qui durant plus d’une semaine était à mon chevet quand j’étais malade. Il ne m’a pas donné de l’argent mais du réconfort moral, ça m’a marqué. Comment aider quelqu’un ? A celui qui te donne de l’argent tu ne peux pas répondre, par de l’argent, le matériel ça ne peut pas payer, par contre l’amour humain à travers les contacts graduellement dans le temps, ça peut se rembourser. Pas forcément à l’individu Baba, mais peut-être à un des siens qui se retrouverait dans ma contrée. Et c’est à ce moment là que commence à être remboursée cette "dette morale". Voilà comment je vois l’aide au niveau local. "

Mots-clés

financement du développement, bailleur de fonds, organisation paysanne, partenariat


, Tchad, Moundou

Commentaire

Une fiche qui fait réfléchir au sens du développement, de l’aide aussi. La nature a voulu que l’homme au Nord soit plus riche que l’homme au Sud. Mais l’argent n’est pas la seule valeur qui existe. Afrique et Occident ont autre chose à s’apporter l’un l’autre que l’argent et des choses matérielles. Dans une période de remise en question du système d’aide, il est important de tirer les leçons des échecs passés, et de travailler de concert avec les idées de chacun, en interdépendance.

Notes

M. Zakaria MOUSSA bénéficie d’une longue expérience dans le développement rural, milieu dans lequel il travaille depuis 1983, au sein de diverses organisations dont l’ONDR (Office National du Développement Rural), SECADEV (Secours Catholique et Développement) puis NAFIR ("Entraide dans nos contrées africaines") en 1994. Voir fiches GRAD extraites du même interview.

Entretien avec MOUSSA, Zakaria réalisé le 21 mai 1998 à Ouahigouy

Source

Entretien

OUEDRAOGO, Baba

GRAD (Groupe de Réalisations et d’Animations pour le Développement) - 228 rue du Manet, 74130 Bonneville, FRANCE - Tel 33(0)4 50 97 08 85 - Fax 33(0) 450 25 69 81 - France - www.grad-france.org - grad.fr (@) grad-france.org

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