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La promotion de petites entreprises au Sahel -6-

L’agence de crédit aux entreprises privées de Kaolack, Sénégal_

Catherine CHAZE

02 / 1993

Au Sénégal, les petites entreprises n’ont pas grand chose à attendre des banques. La marge autorisée par la Banque Centrale sur ce type de prêts ne permet pas à ces dernières de couvrir leur coût de mise en oeuvre. En outre, les banques estiment le taux d’impayés entre 18 et 45 % . Devant le manque de liquidités, les fonds disponibles servent en priorité à octroyer des crédits commerciaux aux grandes entreprises.

En 1985, l’USAID, après une étude menée auprès de 300 entreprises dans la région de Kaolack, décide la mise en place d’un programme dont les objectifs sont:

- promouvoir la croissance et la rentabilité des petites entreprises existantes (traditionnelles),

- gérer le programme de façon à couvrir les coûts de fonctionnement et les pertes afin de créer une institution financière autonome et viable.

L’ACEP prête aux entreprises de tous types de la teinture à domicile aux activités à forte intensité en capital comme le transport par camion. Elle finance tous les secteurs y compris le commerce et l’agriculture et ne base sa politique que sur l’évaluation du risque encouru. Elle n’accorde plus de prêts pour la pêche mais continue à financer le commerce de poissons.

L’ACEP dispose d’un siège modeste géré par un expatrié assisté de 5 cadres locaux et de 6 responsables terrain, un dans chaque ville de la région qui a un grand marché.

L’ACEP exige que ses clients soient déjà dans les affaires afin qu’ils aient l’expérience nécessaire et un capital déjà investi dans leur activité. Elle finance peu de démarrage d’entreprises.

Elle n’exige pas que ses clients soient alphabétisés, ni qu’ils tiennent une comptabilité. La formation et l’accompagnement sont réduits au minimum. Seule la préparation du dossier associe l’entrepreneur et le représentant de l’ACEP.

Le dossier est examiné par une comission d’attribution des prêts qui se réunit tous les mois. Il est examiné sous l’angle de la viabilité de l’activité engagée et des risques qu’elle présente.

Avant l’approbation définitive, les termes du prêt et le nantissement doivent être enregistrés officiellement.

- Le volume du prêt et les échéances de remboursement sont calculés en fonction des revenus dégagés par le projet financé. Le taux d’intérêt de 24 % est fixé par la Banque Centrale. Il est calculé tous les mois sur le solde du montant à rembourser. Le projet ne facture aucun autre frais.

- L’ACEP réclame des garanties importantes pour être certaine que ses clients prennent leurs obligations au serieux. Les garanties ne sont acceptées que si leur valeur est négociable (aval d’une tierce personne, titres fonciers, nantissement d’équipement...). Elles ont une valeur supérieure à celle du prêt.

La seule banque de la région offrant des services de faible qualité, l’ACEP n’ouvre pas de compte bancaire à ses clients. Elle gère toutes les opérations sur son propre compte et assure les besoins de trésorerie.

Les remboursements sont suivis de très près.: visite d’un conseil juridique après 10 jours de retard, procédure de saisie lancée après 60 jours.

Les agents de terrain sont motivés par un système de bonus/pénalités selon le taux de remboursement des prêts dont ils sont responsables.

De Septembre 86 à Octobre 89, 483 prêts ont été effectués. Les impayés sont évalués à 10 % durant cette période. Sur 110 entreprises ayant totalement remboursé leur emprunt, 79 % d’entre elles ont réinvesti une partie ou la totalité de leurs profits, 42 ont créé des emplois (41 permanents, 135 temporaires).

Mots-clés

entrepreneur, entreprise, crédit


, Sénégal, Kaolack

Commentaire

L’ACEP privilégie l’entreprise plutôt que l’activité génératrice de revenus, ce qui exclue les plus démunis mais on peut penser que les retombées de ces entreprises sont aussi une forme de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. De plus, il est intéressant de voir comment un programme de crédit aux petites entreprises a pu parvenir à l’autonomie et à une certaine rentabilité: taux d’intérêts élevés, position très ferme sur les remboursements, absence de prestations de service en conseil-formation... Toutefois, l’absence de conseil-formation interroge sur la viabilité à long terme d’activités promues par des personnes n’ayant aucune notion de gestion et de comptabilité, et au delà de ces activités de la viabilité du système qui les finance. Enfin, dans sa recherche d’autonomie et de rentabilité, l’ACEP n’a pas trouvé sa place dans l’économie locale. Peut-être un volet épargne permettrait-il cet investissement des entrepreneurs locaux?

Source

Rapport

MAC KENZIE, John, OCDE, 1992

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