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Entreprendre en milieu défavorisé - 33-

La Maison de l’Entrepreneur: les outils financiers

Catherine CHAZE

04 / 1993

Le projet de Maison de l’entrepreneur (ME) conduit par le CIDR (Centre international de développement et de recherche) a débuté en 1988 en Guinée forestière. Une prospection menée en 1987 avait révélé que, malgré l’existence de marchés porteurs (menuiserie, habillement…) les freins au développement des petits entreprises étaient nombreux : niveau de formation technique très bas, difficultés d’approvisionnement, manque d’organisation entre professionnels… Des structures d’appui aux entreprises existaient, mais ne proposaient pas d’appui accessible à de petits entrepreneurs ou à des artisans du milieu rural.

La Maison de l’entrepreneur est conçue comme une entreprise privée de services qui offre des prestations de formation, de conseil et de suivi à ses clients promoteurs d’activités économiques. Mais, très vite, les petits entrepreneurs qui s’adressaient à elle se sont montrés également motivés par la recherche de financements. Aussi, en l’absence de circuits financiers adaptés aux besoins souvent modestes de ces artisans et petits entrepreneurs locaux, le projet a-t-il créé lui-même, en parallèle, des outils financiers accessibles et adaptés. Formation et financement y sont donc ainsi très directement liés.

Trois possibilités s’offrent à l’artisan ou au petit entrepreneur qui se présente à la Maison de l’entrepreneur.

1. Des entrepreneurs individuels ou en groupe suivent tout le parcours de formation-accompagnement qui aboutit dans la majorité des cas au montage d’un dossier de financement. Celui-ci est alors présenté aux partenaires financiers institutionnels de la Maison de l’entrepreneur. Aucune banque n’y figure : en effet, la BICIGUI - seule banque présente en Guinée forestière- a refusé d’accorder tout crédit, même avec un fonds de garantie, étant donné les mauvais taux de recouvrement enregistrés auparavant dans le reste du pays. Les autres partenaires sont actuellement le FAIB (Fonds d’appui aux initiatives de base du PNUD) et l’ODI-PME (projet de promotion de PME rattaché au ministère de l’Industrie). Mais, ces derniers offrent des subventions ou des crédits d’un montant trop élevé pour la majorité des clients de la Maison de l’entrepreneur. Ainsi, en quatre ans, seuls deux entrepreneurs ont pu bénéficier de crédits de la part de l’ODI-PME (taux d’intérêt : 8 % l’an).

2. Les autres artisans et entrepreneurs à la recherche d’un fonds d’investissement plus modeste bénéficient alors de crédits gérés et suivis par le projet lui-même.

3. Enfin, certains sont simplement à la recherche de fonds de roulement, notamment les nombreux réfugiés présents en Guinée forestière depuis 1990 et qui souhaitent mener des activités micro-économiques afin de s’insérer dans l’économie locale. Ces micro-activités ne nécessitent pas de formation particulière et sont en général menées par des personnes peu alphabétisées. Le parcours formation-accompagnement de la Maison de l’entrepreneur ne leur est donc pas adapté puisqu’il s’agit seulement de mettre au point un système sain de distribution-récupération des crédits.

Des comités souples de gestion des fonds ont donc été créés à N’Zérékoré et des comités ou clubs financiers à Macenta, les deux antennes du projet. Ils sont constitués sur des bases de proximité géographique limitée au quartier. La Maison de l’entrepreneur appuie le groupe dans sa structuration, la gestion de ses fonds de crédit et le suivi des initiatives financées jusqu’à ce qu’il puisse s’autonomiser à partir du capital qu’il constitue progressivement avant de rembourser le fonds de démarrage octroyé par le projet.

Outre l’assemblée générale et le bureau, trois commissions ont été créées (commissions des adhésions, du crédit, du suivi-contrôle). Les principes retenus sont :

- la signature d’un contrat,

- des crédits court terme (un à six mois),

- des montants individuels inférieurs à 400 000 FGN (= 2 500 FF),

- un octroi rotatif : par vague de quinze membres au maximum, le comité restant ouvert jusqu’à trente membres au maximum,

- un taux d’intérêt de 3 % par mois,

- une garantie solidaire du groupe + une garantie personnelle exigible suivant le cas.

En 1992, la Maison de l’entrepreneur (Macenta + N’Zérékoré) a appuyé 845 bénéficiaires, accordé ou fait accorder un montant total de crédits de 83 400 000 Francs guinéens (1 FGN = 0,687 FF), créé ou développé vingt entreprises de plus de 500 000 FGN de capital et généré environ quatre cents emplois ou auto-emplois à travers de petits crédits (inférieurs à 500 000 FGN) en fonds de roulement.

Mots-clés

caution mutuelle, création d’entreprise, financement, crédit, caution solidaire, structure d’appui, méthodologie


, Guinée, Guinée forestière

dossier

Microfinances pour le développement : diversité et enjeux des crédits alternatifs

Commentaire

Si un crédit sans formation offre peu de garanties de succès au projet initié à partir du crédit, une formation sans crédit n’est guère attirante dans un milieu où la principale préoccupation est l’accès rapide à des financements. Tel semble être le premier enseignement de cette expérience.

Mais, si formation et crédit sont étroitement liés, l’articulation mise en place par le projet, sous la contrainte de son environnement, n’est peut-être pas la plus adaptée. Le même organisme peut difficilement gérer à la fois la formation et le crédit sans perdre sa crédibilité dans l’un des deux rôles. Même en ayant séparé volontairement « Maison de l’Entrepreneur » et « Projet CIDR », il y a risque de confusion pour les bénéficiaires.

La formation des comités de crédit semble, quant à elle, être une bonne formule à condition que la base géographique (quartier) constitue une base réelle de solidarité et de cohésion sociale.

Source

Document de travail

CIDR (Centre International de Développement et de Recherche) - 17 rue de l’Hermitage 60350 AUTRECHES - France - Tél. 33(0)3 44 42 71 40 - France - www.cidr.org - groupecidr (@) groupecidr.org

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