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La Cucina del’Arte, une expérience mi-figue mi-raisin de création d’entreprise individuelle

Valérie BERTRAND

1993

Marisa VISCIGLIO, d’origine italienne, a créé en septembre 1992 une entreprise individuelle, implantée à Provins. Elle s’est spécialisée dans la vente de plats italiens à emporter et a également monté un petit service de restauration sur place dans les mêmes locaux.

Mme VISCIGLIO habite depuis 10 ans en France et a suivi une formation en Italie équivalente au baccalauréat. Avant de créer son entreprise, elle avait exercé divers petits travaux (elle avait été pendant trois ans femme de ménage et gardienne d’enfants dans une famille)et était depuis deux ans au chômage. Ses indemnités de chômage avaient commencé à véritablement chuter un an et demi après le début de sa période de chômage. Ceci a certainement contribué à la naissance de son projet.

L’ANPE (Agence Nationale pour l’Emploi)lui avait proposé divers emplois, mais aucun ne lui convenait. Peu de temps avant la création de son commerce, elle devait suivre un stage dans une école de cuisine à Créteil. Ce stage devait lui fournir un diplôme et lui aurait certainement permis de trouver un emploi. Mais elle a préféré créer sa propre entreprise, par souci d’indépendance vis-à-vis d’un supérieur hiérarchique.

Par des relations amicales, elle avait entendu parler de RACINES (Réseau d’Accompagnement de Création et Initiatives-femmes avec une Nouvelle Epargne de Solidarité). Au départ, elle s’est adressée à cet organisme, plus par nécessité financière que pour bénéficier de conseils. RACINES l’a aidée à élaborer son projet et à monter des dossiers pour les banques, ce qui ne lui a cependant pas permis d’obtenir un apport financier. Toutes les banques ne lui ont pas fermé leurs portes, mais souvent les taux d’inté- rêt et garanties demandés étaient trop élevés, les démarches laborieuses et les banques n’étaient pas intéressées par un emprunt de 80.000 FF. C’était une somme trop modique.

RACINES, par l’intermédiaire des CLEFE (Club Local d’Epargne pour les Femmes qui Entreprennent)lui a prêté 30.000 FF, qu’elle commencera à rembourser sans taux d’intérêt un an après la création de son entreprise. RACINES s’est aussi porté garant auprès de l’ADIE (Association pour le Droit à l’Initiative Economique)qui a prêté rapidement 20.000 FF. Le remboursement de ce prêt devait se faire dès la création de l’entreprise, avec un taux d’intérêt de 9 % Mme VISCOGLIO n’a eu que très peu de contact avec l’ADIE, RACINES ayant joué le rôle d’intermédiaire.

Depuis, elle a suivi un stage de deux jours organisé par l’ANPE sur la création d’entreprise, mais en a retiré peu de/bénéfice. En effet, d’une part, elle fait peu confiance à l’ANPE ; d’autre part, ce stage portait trop sur des questions d’ordre économique et n’abordait pas les problèmes pratiques.

RACINES lui a donné quelques conseils en comptabilité, ce qui lui permet de s’en occuper elle-même. Mais, pour sa déclaration d’impôts et sa TVA, elle s’adresse à un comptable.

Six mois après le lancement de son activité, Mme VISCIGLIO note qu’elle a dû faire face à de nombreuses difficultés. Les plus importantes sont d’ordre financier. En effet, n’étant plus indemnisée par l’ASSEDIC (Association pour l’Emploi dans l’Industrie et le Commerce), elle n’a pu bénéficier de l’ACCRE (Aide aux Chômeurs Créateurs et Repreneurs d’Entreprises). Mais elle a reçu de la Direction Départementale du Travail et de l’Emploi une aide du FDIJ (Fonds Départemental pour l’Initiative des Jeunes), d’un montant de 20.000 FF, qu’elle a touchée deux mois après avoir déposé son dossier. Avec le FDIJ (contrairement à l’ACCRE), elle n’a pu bénéficier d’une exonération des charges sociales qui, dès le lancement de son activité, se sont ajoutées à la location des locaux et au paiement des fournisseurs. Cependant, grâce à la compréhension de certains fournisseurs, elle obtient parfois des délais de paiement relativement importants (supérieurs à 60 jours).

Comparée aux prévisions faites pour le projet, la réalité s’avère différente. En effet, les rentrées d’argent sont supérieures. Malheureusement, il en est de même pour les sorties et dans des proportions plus importantes.

Un apport personnel de 80.000 FF lui a permis de lancer l’entreprise. Cet apport représentait les seules économies dont elle disposait avec son mari. Actuellement, le couple vit sur le passif du magasin. En effet, étant donné le travail considérable que réclame le commerce, son mari, qui était entrepreneur, a démissionné et l’aide. De plus, pour Mme VISCIGLIO, l’agrandissement du coin restaurant est maintenant nécessaire à la survie de son commerce.

Mots-clés

financement, création d’entreprise, projet de développement, banque, association, structure d’appui, institution financière, subvention


, France

Commentaire

Lors de mon entrevue avec Mme VISCIGLIO, son mari était également présent et a parfois complété les réponses de sa femme. J’ai l’impression que Mme VISCIGLIO s’est lancée dans cette entreprise sur un coup de tête, sans en avoir véritablement étudié les implications. Parce qu’elle désirait débuter rapidement son activité et pensant que seule la pratique importait, elle n’a pas suffisamment élaboré son étude de marché. Elle se retrouve maintenant face à une situation qu’elle n’envisageait pas. Cette entreprise devait être une source de revenu, mais surtout devait davantage lui procurer une occupation qu’une activité à temps complet. Il s’avère qu’elle travaille maintenant plus de 12 h/jour. J’ai pu noter, lors de mon entretien avec Mme VISCIGLIO, une lassitude et un certain regret face à l’orientation prise par son activité. Etant donné les efforts et l’argent investi dans son commerce, une seule possibilité s’ouvre à elle : continuer.

Notes

Entretien avec Mme VISCIGLIO, le 6 avril 1993, Provins.

Source

Entretien

BERTRAND, Valérie, CEDAL FRANCE=CENTRE D'ETUDE DU DEVELOPPEMENT EN AMERIQUE LATINE

CEDAL FRANCE (Centre d’Etude du Développement en Amérique Latine) - France - cedal (@) globenet.org

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