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De la difficulté de mettre sur pied un bon projet de création d’entreprise quand on est au chômage

L’expérience de Madame CARVALHO

Claire FAUVINET

1993

Madame Carvalho, 40 ans, d’origine brésilienne et de nationalité française, a travaillé pendant 7 ans comme professeur de français dans une Alliance Française a enseigné aussi le portugais, puis pendant 5 mois a travaillé chez un éditeur, avant de se retrouver au chômage en juin 1992. Actuellement, elle prépare un doctorat de lettres modernes sur la correspondance de Simone de Beauvoir à sa soeur Hélène. Celle-ci a confié les lettres à Madame Carvalho pour son étude et elles ont sympathisé. Ayant eu beaucoup de responsabilités lors de son dernier emploi, elle se sent compétente pour travailler dans l’édition et a décidé de créer sa propre maison en association avec cinq autres personnes: une sous-directrice d’une agence bancaire, un professeur d’université, deux personnes travaillant dans l’édition et Hélène de Beauvoir. Elle a donc cherché à se renseigner. A l’ANPE (Agence Nationale pour l’Emploi), elle a suivi la réunion organisée pour les créateurs d’entreprise, mais elle estime ne pas avoir appris grand chose, ni trouvé beaucoup de réponses à ses problèmes. Elle a ensuite présenté son projet à la Maison de l’Information afin de demander conseil. Elle connaît cet organisme depuis un certain temps puisqu’elle s’est toujours intéressée au dispositif d’aide aux femmes. La Maison de l’Information l’a dirigée vers une Boutique de Gestion pour monter son dossier de demande de l’ACCRE (Aide aux Chômeurs Créateurs ou Repreneurs d’Entreprises). De même, elle est entrée en relation avec RACINES (Réseau d’Accompagnement de Création et Initiatives-femmes avec une Nouvelle Epargne de Solidarité)qui lui a fait deux propositions pour son financement: une par l’intermédiaire de l’ADIE (Association pour le Droit à l’Initiative Economique)qui n’a pas donné suite à cause de la présence d’une sous-directrice d’agence bancaire parmi les associés (l’ADIE considère en effet que Madame Carvalho peut obtenir des facilités de financement et ne répond pas au profil de ses bénéficiaires); et l’autre serait d’adhérer à une caisse de retraite des cadres du Groupe Malakoff qui permet d’obtenir des prêts à un taux de 5 à 6 %. De plus, elle a l’intention de déposer une demande auprès du FGIF (Fonds de Garantie pour la création, la reprise ou le développement d’entreprises à l’Initiative des Femmes). Ce fonds fait l’objet d’une convention signée entre l’Etat et le Secrétariat d’Etat Chargé des Droits des Femmes d’une part, et l’Institut de Développement de l’Economie Sociale (IDES)d’autre part. Son objectif est de faciliter l’obtention d’emprunts par les femmes pour leurs besoins en fonds de roulement ou en investissements dans le cadre de leur projet de création, de reprise ou développement d’entreprise. Le fonds propose, aux banques qui octroient un prêt à une femme, une garantie de 60 % sur un prêt maximum de 150 000 FF. Pour l’instant, Madame Carvalho n’a pas encore déposé sa demande de FGIF. Elle compte démarrer son activité fin Avril. Le budget prévu est de 70 000 FF pour le Fonds de roulement, somme qu’elle veut emprunter à la banque et 50 000 FF comme capital qui servira pour l’achat du matériel. Elle sera spécialisée dans la littérature française et étrangère. Elle désire lancer une collection qui traduira son engagement social pour les femmes et pour les discriminés. Ses clients seront à 95 % des librairies. Cependant, elle doit sous-traiter un diffuseur qui s’occupera des commandes et les transmettra à un distributeur. De même, elle doit trouver un imprimeur-photograveur. Tout cela nécessite un fonds de roulement conséquent. Les difficultés rencontrées dans la préparation à la création de sa maison d’édition sont de plusieurs ordres. Il y a les problèmes soulevés directement par la création: la perte de temps que nécessite la paperasse, la recherche de financement et de conseils... Puis il y a les problèmes de survie. En effet, Madame Carvalho a eu bien des problèmes avec l’ASSEDIC (Association pour l’Emploi Dans l’Industrie et le Commerce). Bien que n’ayant pas touché ses derniers salaires, elle a dû attendre 3 mois avant d’avoir ses indemnités. Elle est donc restée du mois d’août jusqu’au mois de décembre sans revenu. Ce sont ses amis qui l’ont soutenue. En décembre, heureusement, le chef de l’agence de l’ASSEDIC l’a prise en charge. Puis, de nouveau elle a dû attendre le mois de mars pour recevoir ses allocations : elle avait disparu de la liste de l’ordinateur! Elle raconte aussi qu’elle a attendu deux mois avant d’être convoquée à la réunion pour les créateurs d’entreprises à l’ANPE et que les demandes de stage ne sont pas traitées avec grand intérêt. En ce qui concerne l’ACCRE, son dossier avait été accepté pour la somme maximale soit 43 000 FF. Cependant, maintenant il semblerait qu’elle n’ait plus droit qu’à 16.168 FF. Elle pense que l’ASSEDIC devrait considérer la création d’entreprise comme une recherche d’emploi, ce qui inciterait les gens à créer et surtout leur permettrait de vivre pendant la création.

Mots-clés

structure d’appui, institution financière, financement, assistance technique, projet de développement, création d’entreprise, association, banque, chômage, évaluation de projet, femme, création d’activité


, France

Commentaire

Malgré toutes ces difficultés de départ, elle reste enthousiasmée par son projet et pense qu’il va bien démarrer. Elle est consciente néanmoins que les premiers temps seront difficiles: elle commencera avec le SMIC comme salaire et prévoit de faire n’importe quel petit boulot à mi-temps en complément. Cependant, on la sent prête à fournir l’effort nécessaire.

Notes

Entretien avec Mme CARVALHO, le 15 avril 1993, Paris.

Source

Entretien

FAUVINET, Claire, CEDAL FRANCE=CENTRE D'ETUDE DU DEVELOPPEMENT EN AMERIQUE LATINE

CEDAL FRANCE (Centre d’Etude du Développement en Amérique Latine) - France - cedal (@) globenet.org

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