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ITALFASHION, consortium d’entreprises coopératives et privées,pour la production de vêtements, en zone économiquement sous-développée dans l’Italie du Sud -Calabre-

Expérience d’entreprises créées sur la base d’une motivation extra-économique

Alessandro GUIGLIA

08 / 1993

Gioiosa Jonica, Grotteria, Siderno, Cinquefonti sont des petites municipalités sur le flanc Est de l’Aspromomte dans la province de Reggio Calabria; c’est le profond Sud d’Italie. Terre de banditisme dans le passé, aujourdhui fortement dominée par la mafia (’ndrangheta). La faible et arcaïque structure économique s’écroule après les années ’60 à la suite du boom économique italien; elle devient terre d’émigration vers le Nord.

Dans les années ’70 un homme du Nord (Varese)arrive à Gioiosa Ionica, de retour d’une longue permanence au Tiers Monde, en tant que missionaire. Son projet est de collaborer à la renaissance des populations de cette terre. Etant prêtre il dénonce la collusion du clergé locale avec la mafia; résultat son expulsion de l’Eglise. Il continue son engagement pour le développement en se proposant les objectifs suivants: faire démarrer des entreprises économiques, promouvoir l’émancipation des femmes et créer des alternatives à l’économie de la mafia.

En 1980 démarre la première coopérative COJMA (Cooperativa Jonica Manifattura Abbigliamento)qui assemble et coud des vestes pour une grande entreprise du nord d’Italie. Ils réalisent un travail à la chaîne, mais avec une tour de rôle géré par les travailleuses; les membres de la coopérative sont, par choix, à très grande majoritè des femmes. Le système de payement est très simple et transparent:à la fin de chaque mois les travailleuses se partagent l’argent encaissé par l’entreprise, sur la base des heures de travail effectuées par chacune. Aujourd’hui, après 12 ans de vie, il y a 40 associés (38 femmes et 2 hommes)et une experte de production à contract.

L’expérience a permis la naissance de trois autres coopératives: la Happy Day à Marina di Gioisa (R.C.)avec 12 associés, la CONFAB à Badolato (Cz)avec 9 associés mais qui n’a pas survécu et la Coop. MARA à Gerace (Rc)avec 9 associés. Il faut signaler, en outre, le cas d’associées de la COJMA qui se sont retirées de la coopérative pour des raisons familiales, mais qui continuent de produire chez elles.

L’aspect, peut être le plus intéressant, est la naissance de petites entreprises privées dans ce même secteur (8 entreprises pour un total de 111 travailleuses). Plein succès donc que l’on peut mésurer par la naissance d’un pôle que Natale Bianchi, l’initiateur, a voulu consolider en proposant la constitution d’un Consortium entre les coopératives et les petites entreprises, nè en 1992. Le consortium a comme but principal d’éviter la concurrence déloyale,de renforcer les entreprises aussi bien envers le marché qu’envers la mafia locale,de fournir des services centralisés (comme la promotion des ventes, l’organisation des transports, la maintenance des machines, la centralisation de certaines phases de travail).

Les problèmes qu’ils dénoncent: le manque de continuité des commande par le entreprises du Nord qui dernièrement se retournent à l’Est ex socialiste; la faiblesse de leur organisation administrative et surtout commerciale qui leur empêche de produire directement pour le marché; la très reduite marge de profit et le coût de l’argent très élevé (presque le double qu’en Italie du Nord)qui rendent difficile des investissements à moyen terme.

Les perspectives pour le futur: maintenir une base de travail sur commandes des grandes compagnies mais, après avoir renforcé la structure administrative et organisationnelle du Consortium, tenter la formule de joint venture avec des entreprises du secteur pour des productions de bonne qualité, pour une marché plus spécialisé (habits pour cérémonie)et local.

Mots-clés

économie sociale, autogestion, développement économique, coopérative, femme, commercialisation


, Italie, Pays méditerranéens, Europe du Sud, Calabria

Commentaire

Il y a dans cette expérience des idées-force très intéressantes: 1)pour lutter contre les différentes formes de mafia qui détiennent une force basée sur le contrôle socio-économique du territoire à travers un système économique illégal (trafic de drogue, concussions, malversations, kidnapping), il faut relancer la possibilité et le désir d’un "travail propre". 2)l’évaluation de la viabilité économique dans des situations de sous développement ne doit pas se baser sur des paramètres exclusivement économiques, surtout quand les travailleurs sont associés à la propriété. 3)la reconstitution et le développement d’un marché local peut produire une contre tendance à la mondialisation de léconomie et donc à laconcentration et garantir une viabilité à des petites unités productives locales. 4)il est possible de bâtir une entreprise économique viable partant de motivations à caractère social qui proposent un différent modèle de développement social.

Notes

Notes collectées par Sandro GUIGLIA au moment de la visite à la coopérative COJMA le 25.05.93 dans le cadre de l’enquête IRED Nord, pour identifier les expériences de lutte contre l’exclusion par l’économique, dans le Sud de l’Europe

Source

Enquête

GUIGLIA, Alessandro, IRED NORD

IRED NORD (Innovations et Réseaux pour le Développement) - Via Tacito 10. 00193 ROMA. ITALIA. Tel (19)39 6 320 78 49. Fax (19)39 6 320 81 55. E-mail irednord@geo2.poptel.org.uk - www.ired.org

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