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La pédagogie de l’honneur

Michel SAUQUET

01 / 1993

Secrétaire d’Etat à vingt quatre ans, réfugié politique en France, "tiers-mondiste" de profession et de conviction, à nouveau secrétaire d’Etat à l’Education dans l’Etat du Tocantins, au Brésil, Ruy da Silva n’a pas eu un parcours banal. Cet amoureux des femmes l’est avant tout de la vie, de ses interrogations, de ses bonheurs. Ouvert au monde de par son exil forcé - qui nous vaut une sarcastique microsociologie des "réfugiés" à Paris - et de par son travail de pédagogue, Ruy croit au développement des hommes comme à celui des peuples. Mais ce développement n’est pas donné, il se conquiert; il ne résulte pas d’une situation d’assisté, il se nourrit de l’inlassable travail sur soi et sur son environnement. Ruy da Silva n’est pas orthodoxe en la matière, il pense que l’éducation pour tous est un leurre, qu’il faut moins "former" mais former mieux. Sa "Pédagogie de l’honneur" n’est pas un guide d’apprentissage, c’est une éthique pour vivre ensemble.

La Fondation pour le progrès de l’homme a beaucoup cheminé avec Ruy da Silva, notamment au moment où il travaillait à la Cimade. Ce premier titre de la collection "passeurs de frontières" est le résultat d’un long travail de capitalisation, auquel Olivier Colombani a prêté sa plume dans sa phase finale. Personnellement, j’ai été très touché par le chapitre 4, qui est celui du début de l’exil. On y voit très clairement ce que provoque la rupture de l’exil dans la psychologie d’un homme habitué jusqu’alors au succès. D’un coup s’effondrent toutes les certitudes, sinon les valeurs. L’exil coupe les jambes d’un homme, et il faut parfois être un surhomme pour ne pas s’effondrer en renonçant à ses idéaux. C’est cet aspect de la vie de Ruy da Silva qui est le plus étonnant. Cet homme ne pense qu’à l’avenir. "En 1992, dit Olivier Colombani dans son avant-propos, il est difficile d’arrêter la nouvelle course de Ruy da Silva, ne serait-ce que pour une petite heure quotidienne devant un micro.(...)Ce Cadet Rousselle du développemement ne conserve pas la moindre follicule d’archives dans les trois pied-à-terre où il a passé sa vie(...). Après avoir parcouru l’Afrique en tous sens, parlé, négocié, échafaudé, évalué, Ruy da Silva laisse transparaître un profond sentiment d’échec, mais pour le transformer aussitôt en bagage (...)et l’empoigner avant de s’embarquer vers de nouvelles actions.

Mots-clés

autonomie, éthique, culture populaire, échec, décloisonnement des disciplines, politique de l’éducation, pédagogie, enseignement, éducation et changement social, immigration, personne exilée, interdépendance culturelle, Etat, ONG


, Brésil, Guinée-Bissau, France

Commentaire

La collaboration entre l’homme d’action Ruy da Silva et l’homme de plume Olivier Colombani a produit un texte d’une excellente facilité de lecture, écrit au "je" dans un style à la fois oral et littéraire. Le point le plus polémique du livre concerne certainement l’accès à l’éducation dans un pays en crise et les stratégies de sélection. On peut ou non être d’accord sur les thèses de Ruy da Silva sur ce point, mais on ne peut dénier l’enracinement de ses conviction dans une réalité qu’il connaît bien, et dans une infatigable action quotidienne.

Notes

Collection "Passeurs de Frontières". Consultable à la FPH.

Source

Livre

DA SILVA, Ruy, COLOMBANI, Olivier, LIEU COMMUN, 1992/11 (France)

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