
à contributions
Dossiers en cours
2007 / 2008
Gouvernance de l’eau : l’urgence de changer de regard et de pratiques
Atteindre la durabilité par les filières : de la production à la consommation
12 / 1993
Une première recherche liée à l’action de promotion du crédit solidaire en milieu rural en Guinée et visant à acquérir une connaissance du sociétariat d’un réseau de caisses locales de crédit rural avait permis de constater que le crédit servait essentiellement les familles les plus pauvres exclues des circuits de financement institutionnel.
L’évaluation des effets économiques du crédit rural avait ensuite été entreprise sur deux caisses locales, l’une urbaine (Coyah) avec un sociétariat composé à 75 % de femmes, l’autre rurale (Télimélé) avec 58 % de femmes, ces deux caisses étant caractérisées par une utilisation marquée du crédit sur des activités de commerce, mais aussi sur l’artisanat et l’agriculture. Le crédit étant d’une durée de douze mois, plusieurs rotations du crédit étaient possibles sur des objets diversifiés, selon les opportunités économiques du calendrier civil.
Les observations faites (recherches sur trois mois en 1993) montrent que le commerce représente 52 % des activités financées à Coyah et 47 % à Télimélé (produits manufacturés importés, et commerce du riz). Le fonds de roulement investi dans cette activité varie de 100 000 à 400 000 francs guinéens (170 FG = 1 FF en mai 1993). Le ratio de rentabilité (valeur ajoutée/ensemble des charges) varie de 11 à 23 %. L’activité de commerce porte aussi sur les produits locaux (riz, huile de palme, sel, charbon, petits animaux) dont la rentabilité est meilleure puisque le même ratio peut aller jusqu’à 125 %. Les activités artisanales représentent 13 % du crédit, et le ratio de rentabilité varie de 18 % (fabrication de savon, galettes et gâteaux, gargotes) à 90 % (extraction du sel) ; le crédit sert d’abord la constitution d’un stock de matières premières (51,4 % des cas).
Le crédit permet d’augmenter le fonds de roulement de 142 % en moyenne, de s’affranchir du crédit fournisseur coûteux (taux pouvant atteindre 540 % l’an) alors que le crédit solidaire est d’un taux annuel de 36 % (l’inflation vient de se réduire de 22 à 12 % l’an). Le crédit a permis d’accéder au commerce de gros (riz, et produits alimentaires importés), de réaliser un stockage spécultif avec un bénéfice accru (100 à 150 %). L’augmentation de l’activité sert aussi à l’emploi puisque le bénéficiaire du crédit peut confier une partie de son fonds de roulement à une tierce personne ou, pour l’artisanat, recourir à un salarié. Le crédit permet de stabiliser les prix des produits du commerce sur l’année (augmentation de l’approvisionnement et stockage, réduction des marges commerciales pour écouler plus vite et faire face au remboursement du crédit, accroissement de la concurrence).
Dans l’agriculture, les activités de maraîchage constituent une importante activité féminine (besoins alimentaires et besoins monétaires des femmes) dont le taux de rentabilité atteint 356 % ; le crédit sert à l’achat d’engrais (61 % du montant) et au paiement de la main d’oeuvre (39 %). Les surfaces plantées en riz se sont accrues (doublement et même triplement des surfaces par le recours à la main d’oeuvre salariée) pour 95 % des bénéficiaires du crédit agricole solidaire, entraînant l’abandon de cultures dont la valeur commerciale est plus faible (fonio, arachide, patate douce, manioc). Les revenus générés par le crédit utilisé dans les activités commerciales permettent le recours à la main d’oeuvre salariée pour les travaux agricoles et l’augmentation des surfaces cultivées (100 à 200 %), pour 5,5 % des clients à Coyah et 20 % à Télimélé.
L’effet du crédit sur les budgets familiaux permet d’observer une orientation des dépenses d’investissement vers la construction (23,9 % des clients, dont 15,2 % avaient commencé avant le crédit), l’aménagement ou la réparation de l’habitat (6,9 %), la constitution d’une épargne, plus faible à Coyah (26,9 % disposent d’une épargne moyenne de 81 000 FG), plus forte à Télimélé (85 % disposent d’une épargne moyenne de 118 000 FG), une épargne souvent investie dans les animaux ou les bijoux.
Le crédit est généralement utilisé de manière conforme aux recommandations du projet, c’est-à-dire investi dans des activités économiques rentables. On note que seulement 7,3 % des clients l’ont utilisé en partie pour des objets non conformes, soit 2,96 % du volume total des crédits mis en place depuis le démarrage de l’action (conservation d’une partie du crédit pour remboursement, construction, consommation).
Microfinances pour le développement : diversité et enjeux des crédits alternatifs
L’impact économique d’un petit crédit montre bien les dynamiques qu’il suscite auprès des populations rurales les plus pauvres exclues des circuits institutionnels du crédit. La faible part des utilisations du crédit à des fins non productives montre la capacité des bénéficiaires à s’inscrire dans une logique économique d’accroissement des revenus et de capitalisation.
Rapport
SIANI, Laure, IRAM=INSTITUT DE RECHERCHE ET D’APPLICATIONS DES METHODES DE DEVELOPPEMENT, IRAM, 1993/10/00 (France)
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