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Des ressources aquatiques menacées

Nicolas SILHE

03 / 1994

La biodiversité aquatique, moins explorée que celle des espèces terrestres, pourrait bien s’avérer tout aussi importante. Les eaux tropicales sont les plus riches, qu’il s’agisse des océans ou des eaux intérieures. La récolte aquatique consiste pour sa plus grande part en espèces sauvages.

La pêche, la transformation et le commerce du poisson sont d’importantes sources de nourriture, d’emploi et de revenu pour les communautés côtières et celles vivant en bordure des eaux intérieures. Le poisson est un apport substantiel en protéines animales, soit directement, soit par son utilisation pour l’alimentation du bétail. Presque le tiers des captures sont transformées en farine et en huile.

Divers facteurs contribuent à l’intensification actuelle de la pêche : la prise de conscience de la valeur diététique du poisson dans les pays développés, la croissance démographique et le besoin de devises dans les pays en développement. D’ici la fin du siècle, la demande de poisson risque de dépasser de 20 % la capacité de production (estimée à 100 millions de tonnes)que représentent les stocks actuellement exploités par les pêches de capture.

Une réponse à l’augmentation de la demande consiste dans le développement de l’aquaculture. Celle-ci toutefois pourrait menacer la biodiversité aquatique. En effet, les espèces concernées sont en très petit nombre et leur base génétique dans les élevages est étroite ; lorsque des poissons s’échappent ou sont libérés (pour l’élevage extensif)en grand nombre, la composition génétique des ressources sauvages en sort semble-t-il influencée.

Les principales menaces à la biodiversité aquatique résident dans la surexploitation, la dégradation de l’environnement et l’introduction d’espèces exotiques.

L’idée répandue selon laquelle les mers sont inépuisables et une réglementation insuffisante de la pêche, auxquelles s’ajoutent les pressions économiques, ont causé des dommages importants aux stocks de poisson. Les méthodes modernes de pêche commerciale (systèmes perfectionnés de détection, grands filets dérivants pouvant atteindre 50 km de longueur, mécanisation des opérations, ...)non sélectives (c’est-à-dire donnant lieu à des captures accessoires non désirées)ont aussi contribué à la surexploitation des ressources. Malgré la prise de conscience croissante des menaces liées à la surpêche, le taux d’exploitation des stocks reste trop élevé pour leur permettre de se reconstituer. La capture mondiale de poisson a plus que quadruplé au cours des quarante dernières années. Les espèces démersales (vivant en eaux profondes), telles la morue, l’églefin et le lieu, sont soit pleinement exploitées, soit surexploitées, soit épuisées. Les grandes espèces pélagiques (vivant dans les eaux de surface), telles le hareng, les sardines et les anchois, dont les stocks peuvent accuser des fluctuations importantes d’une année à l’autre, ont grand besoin d’être ménagées.

La surexploitation des pêcheries produit les effets les plus sensibles sans doute dans les pays en développement : du fait de la concurrence de la pêche commerciale, les artisans pêcheurs voient leurs taux de capture diminuer, les prix locaux augmentent et le poisson devient trop cher pour un nombre croissant de consommateurs pauvres.

A la surexploitation des ressources s’ajoute la dégradation de l’environnement. Un grand nombre d’activités humaines (notamment urbaines et industrielles)installées en bordure de littoral ou le long de cours d’eau polluent les écosystèmes aquatiques. Le développement de l’aquaculture extensive a aussi, dans certains cas, causé des dommages aux écosystèmes côtiers et aux ressources en eaux. En outre, il a parfois suscité des conflits relativement à l’utilisation des terres et des ressources ou encore a porté localement préjudice à l’emploi et à l’approvisionnement alimentaire. Ainsi, dans certaines parties d’Asie la culture du paddy a été remplacée sur des milliers d’hectares par l’élevage de crevettes de haute valeur marchande. Les entreprises d’aquaculture peuvent provoquer une hausse de la salinité des eaux locales, faisant baisser les rendements des rizières environnantes. Dans l’Indo-Pacifique, l’habitat de mangrove, crucial en termes d’équilibre biologique et de biodiversité, est converti massivement en étangs d’aquaculture.

Finalement, l’introduction d’espèces exotiques peut avoir des conséquences néfastes. Ainsi, l’introduction de la perche du Nil, particulièrement vorace, dans le lac Victoria, en Afrique, a causé l’extinction de beaucoup d’espèces plus petites, importantes dans la consommation locale. La pêche de la perche est extrêmement productive, mais est surtout destinée à l’exportation.

Face à ces problèmes, le concept de "pêche responsable" est avancé, à savoir une utilisation des ressources halieutiques ne portant pas préjudice aux écosystèmes, permettant le renouvellement des ressources (par des méthodes de capture et d’aquaculture appropriées)et le maintien de la qualité des produits alimentaires. En mai 1992, une Conférence internationale s’est réunie sur ce thème à Cancún (Mexique)et a invité la FAO à élaborer, avec d’autres organisations internationales, un Code international de conduite pour une pêche responsable.

Mots-clés

biodiversité, dégradation de l’environnement, ressources naturelles, exportation, mer, pêche, écologie, agriculture vivrière, responsabilité citoyenne


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dossier

Biodiversité : le vivant en mouvement

Notes

Source : Chapitre intitulé "Poissons et vie aquatique", extrait de la brochure "Valorisons la diversité de la nature" publiée par la FAO à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation.

Source

Livre

FAO, DIVISION DE L'INFORMATION DE LA FAO, 1993/10

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