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Mer nourricière

Une émission sur TV5-Europe

Odile ALBERT

02 / 1994

La pêche reste une grande activité naturelle de l’homme, une ressource principale de son alimentation. Mais le développement intensif de cette activité, le "labourage" des mers et océans ne sont-ils pas en train d’épuiser cette richesse ? Comme tous les autres secteurs économiques, la pêche n’échappe pas à l’industrialisation. Cette nouvelle donnée ne menace-t-elle pas l’activité des pêcheurs-artisans ?

Voilà les questions posées par le présentateur de l’émission, Bernard Langlois, avant que ne commence le court métrage, Rivages amers, réalisé par Jérome Bouyer et co-produit par Plein Champ, Thalassa, FR3 et l’INA. Ce film présente la situation des pêcheurs aux Philippines et l’impact de l’industrialisation sur la pêche traditionnelle.

A la suite de cette projection, quatre invités vont débattre du problème à partir de leurs propres expériences : Alain Le Sann, du groupe pêche de Solagral (association française spécialisée sur les questions de l’agriculture, de l’alimentation et de la pêche), Dao Gaye, secrétaire général du CNPS (Collectif national des pêcheurs-artisans du Sénégal, représentant 8 000 artisans-pêcheurs sur les 35 000 du Sénégal), Hugo Verlomme, écologiste défenseur de la mer (du réseau "C’est-assez", qui lutte en particulier pour la protection des dauphins)et Michel Dion, président de l’Union des armateurs-thoniers-congélateurs de France.

Ce débat va aborder quelques aspects du dossier de la pêche.

Au Sénégal, la zone laissée aux artisans est de 6 milles, soit environ 10 km, ce qui est peu. Les autres pays africains réservent en général une zone de 12 milles. L’influence exercée par les importants groupes de pêche, russes, japonais, grecs... installés au Sénégal et le manque d’organisation jusqu’à un temps récent de la profession des artisans-pêcheurs, n’ont pas incité le gouvernement sénégalais à revoir sa réglementation. La zone réservée est trop petite pour l’activité des artisans-pêcheurs et en outre, elle est souvent exploitée par les chalutiers qui transgressent les réglementations et causent, ainsi, accidents et dégats matériels aux pêcheurs côtiers.

Les techniques de pêche sont trop prédatrices. La proportion des rejets de la pêche industrielle atteint souvent les deux-tiers des prises. On peut en particulier citer la pêche crevetière en Inde qui rejette jusqu’à 90 %. La situation est suffisamment alarmante pour que des pressions s’exercent sur le gouvernement indien afin d’établir l’interdiction de la pêche industrielle à la crevette. Mais la pêche artisanale provoque également d’importantes destructions, surtout depuis que la pêche industrielle exerce une dure concurrence et engendre ainsi des pratiques de pêche telles que la dynamite, le cyanure et des captures avec des filets aux mailles trop petites. Ces méthodes sont également incriminées et les ressources halieutiques s’épuisent inutilement.

Une autre technique destructrice est également utilisée, celle des filets dérivants. Certains de ces filets peuvent atteindre 100 km. Mais les filets dérivants les plus usuels mesurent entre 3 et 5 km et menacent beaucoup les poissons. Au Sri-Lanka, les pêcheurs pratiquent cette technique depuis 1950 et font de grands ravages.

La pêche minotière (qui représente le quart des prises annuelles)provoque également un grand gâchis : il faut 5 kg de poissons pour faire 1 kg de farine destinée à l’alimentation du bétail ou à l’aquaculture. Même si, le plus souvent les poissons utilisés pour cette transformation ne sont pas demandés par le consommateur des pays industrialisés, ils convenaient bien souvent à l’alimentation de la population locale. Si la pêche minotière peut se justifier pour quelques espèces de poissons, elle doit cependant être très sélective.

Le consommateur participe également à cette surexploitation des ressources en poissons. Si la quantité consommée a considérablement augmenté au cours de ce siècle (5 millions de tonnes en 1900, 15 millions de tonnes en 1950 et 100 millions de tonnes en 1990), les goûts ont beaucoup évolué et la notion de poissons "nobles" est apparue, entraînant de trop fortes prises sur certaines espèces et le rejet de poissons moins bien rémunérés sur le marché.

Un autre élément important du dossier est également évoqué, c’est celui de l’emploi : la pêche industrielle fournit peu d’emplois, tandis que la pêche artisanale continue à demander beaucoup de main d’oeuvre. Au Sénégal, il est mentionné que la pêche industrielle emploie 10 000 personnes tandis que la pêche côtière emploie 150 000 personnes.

Les pêches artisanale et industrielle devraient pouvoir se cotoyer et cohabiter car, théoriquement, elles ne prennent pas le même poisson. Mais les réglementations devraient être mieux respectées et les pratiques qui entraînent de si lourdes pertes devraient être abandonnées. Il serait souhaitable également qu’une large information soit faite sur ces problèmes et qu’un travail de pression s’exerce auprès des autorités (CEE et gouvernements concernés)gérant les accords de pêche.

Mots-clés

accord économique, pêche industrielle, pêche artisanale, pêche, industrialisation, tradition et modernité, consommation, technologie appropriée, information, protection de l’environnement, risque technologique, emploi, accord international, mer, réglementation


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Commentaire

Cette émission présente bien certains des enjeux de la pêche : épuisement des ressources halieutiques, conflit entre pêcheurs industriels et pêcheurs artisanaux, techniques aberrantes dans la capture du poisson, utilisation non rationnelle des pêches, effets pervers des accords économiques, crise de l’emploi et perte d’un savoir-faire par le manque de protection de la pêche artisanale, mondialisation et interdépendance de tous les facteurs. On peut toutefois regretter que rien n’ait été mentionné au sujet de la filière du poisson une fois qu’il est hors de l’eau : stockage, commercialisation, prix.

Notes

Emission d’une heure, dont 26 minutes de court métrage. Débat dirigé par P. Langlois.

Source

Document vidéo

1993/01/28 (France)

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