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Histoire de Monsieur Zhang, responsable du tracteur de la commune populaire

Sylvie DIDERON

03 / 1993

"J’ai 37 ans. Du temps des communes populaires, j’étais mécanicien. C’est-à-dire que j’étais chargé d’entretenir le tracteur de la brigade et de le conduire. C’est comme ça que j’ai appris. Après la distribution de la terre aux paysans en 1982, j’ai eu l’idée d’acheter un tracteur d’occasion. A l’époque, il y avait peu de moyens de transport. Les routes principales n’étaient pas goudronnées, les véhicules à moteur étaient très rares. Chez nous, à Yongzhuang, qui sommes à 4 ou 5 kilomètres de la route, il n’y avait que des chemins de terre étroits et non empierrés. Seules quelques familles dans le village avaient des bicyclettes. Les tombereaux à bras restaient également des nouveautés. Quelques-uns en avaient qui louaient leurs services à la brigade pendant la collectivisation. Il y avait donc moyen de gagner de l’argent en faisant du transport avec un tracteur. Mais il me fallait trouver 6000 yuans (1 yuan= 0,2 US$)pour racheter un petit tracteur de 12 CV à la commune. Quand j’ai eu réuni un petit pécule en empruntant à ma famille et à mes relations, j’ai demandé un prêt à la banque agricole. C’était en 1984. Alors, j’étais jeune et en plus avais été mécanicien. Grâce à mon expérience, ils m’ont prêté plus de 2000 yuans à un taux de 1,5% par mois. J’ai beaucoup travaillé à transporter toutes sortes de matériaux. Ma femme s’occupait de la terre et des enfants. Je l’aidais pour les gros travaux. En moins d’un an, nos emprunts étaient remboursés. C’était vraiment le bon moment. Ces dernières années, le tracteur ne sert plus guère qu’au battage du blé. Les gens me paient 10 yuans par heure. Cela va beaucoup plus vite qu’avec le rouleau à dépiquer tiré par un boeuf. Je ne vais plus en ville avec le tracteur maintenant car il faut un permis pour pouvoir emprunter la route goudronnée. Mon ami Zhou a eu une amende de 30 yuans pour avoir été pris sans permis. Je suis en pourparlers pour vendre mon tracteur et pense en tirer 3500 yuans avec la remorque. Je ne gagne plus d’argent avec.

Nous avons pu construire une grande maison, un séchoir à tabac. Nous avons un boeuf et tous les instruments de trait, charrue, herse, semoir. Nous pouvons élever chaque année 1 ou 2 porcs. Nos cultures sont bien fertilisées, j’achète les engrais et les semences les meilleures que je puisse trouver. Nous avons beaucoup de travail, ma femme et moi, sur l’exploitation. Nous cultivons à nous deux 1 hectare soit les terres de 4 personnes. C’est juste comme main-d’oeuvre au moment des récoltes. Heureusement, nos fils nous aident. Ils ont 14 et 10 ans et vont tous les deux à l’école. L’aîné est le seul dans le village à avoir réussi l’examen d’entrée au collège cette année. Ils ne sont que trois dans le village (200 habitants)à aller au collège. Nous sommes heureux car ma femme et moi ne sommes allés à l’école que quelques années. Nous espérons surtout pouvoir continuer à payer les frais de scolarité car l’école n’est plus gratuite comme pendant la collectivisation! Un semestre au collège coûte 60 yuans, soit un sac de 50 kg d’urée. Sans compter les cahiers et autres fournitures. Heureusement, nous avons une bicyclette parce que le collège est situé au centre administratif de la commune à 3 km d’ici et notre fils doit rentrer déjeuner.

Pour nous, ça va. Nos rendements en blé, maïs, soja, sésame et patates douces sont élevés. Nous mangeons bien. En plus, nous avons quelques cultures de vente que nous soignons: tabac, plantes médicinales. Nous avons également une parcelle plantée de paulownias. Ces arbres à bois poussent vite et feront de bonnes poutres pour construire les maisons de nos fils au moment de leurs mariages."

Mots-clés

agriculture, équipement agricole, paysan, système de production, éducation, enseignement, histoire du développement, différenciation sociale, transport, milieu rural


, Asie, Chine, Anhui

Commentaire

Avec la libéralisation économique et la décollectivisation, le niveau de vie des paysans a globalement augmenté très rapidement dans toute la Chine. Pourtant, d’importants contrastes de développement économique entre régions et familles subsistent voire s’accentuent. Ainsi, si les familles comme les Zhang sont rares dans la district de Bozhou, elles sont les plus nombreuses et loin d’être les plus riches dans les régions côtières de l’est et du sud. Mais soulignons que, si elles ont tendance à s’accentuer ces dernières années, les disparités économiques et sociales en Chine sont loin d’être du même ordre que dans d’autres parties du monde.

Notes

Ma thèse (Institut National Agronomique Paris-Grignon; en cours)résulte d’un travail de recherche de terrain, d’observations et d’enquêtes menées auprès des acteurs de l’agriculture locaux: paysans, cadres,...dans plusieurs districts chinois.

Source

Thèse et mémoire

DIDERON, Sylvie, INSTITUT NATIONAL AGRONOMIQUE PARIS-GRIGNON, 1993/00/00 (Suisse)

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