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La souveraineté alimentaire, un paradigme alternatif

Le mouvement Via Campesina pour le droit des peuples à définir leur politique agricole et alimentaire

Sarah DINDO

01 / 2008

Issu du mouvement international paysan Via Campesina, le concept de souveraineté alimentaire implique le droit pour les populations de définir leur propre politique en matière d’agriculture et d’alimentation, sur la base de trois principes :

1. Un objectif de sécurité alimentaire : la priorité est donnée à une production visant à nourrir la population ;

 2. Changer les règles des échanges internationaux : chaque Etat ou Union est en droit de protéger la production et le commerce agricole sur son territoire afin de réaliser ses objectifs de développement durable et protéger ses paysans du dumping sur son marché ;

3. Privilégier l’agriculture paysanne de proximité : elle doit permettre à plus de ruraux de vivre de l’exploitation de la terre, maintenir une activité dans les campagnes, favoriser un entretien des espaces et une protection de l’environnement.

En novembre 1996, plus d’un an après la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le mouvement paysan international Via Campesina propose pour la première fois le concept de « souveraineté alimentaire » à l’occasion du sommet mondial de l’alimentation (1). Il s’agit d’opposer une alternative aux politiques agricoles néolibérales, essentiellement pour mieux lutter contre la faim qui affecte plus de 850 millions de personnes dans le monde, dont les trois-quarts « vivent en milieu rural et tirent de l’agriculture leurs moyens d’existence » (2). Depuis, le concept est « devenu un thème majeur du débat agricole international, y compris dans les instances des Nations Unies » (3). L’idée est débattue au sein d’instances telles que la FAO et plusieurs gouvernements des pays du Sud la revendiquent, mais les Etats du Nord et les organisations économiques internationales y demeurent largement hermétiques.

Ils disent non au Dumping !

La Via Campesina, qui regroupe des organisations paysannes du Nord et du Sud, définit la souveraineté alimentaire comme « le droit des populations, de leurs Etats ou Unions à définir leur politique agricole et alimentaire, sans dumping vis-à-vis des pays tiers » (4) (à savoir sans écoulement des excédents sur les marchés d’autres pays à des prix inférieurs au coût de production). Via Campesina s’attache ainsi à « défendre le droit des pays à se protéger contre les importations à bas prix » qui détruisent l’économie agricole locale. Ainsi en va-t-il du lait européen importé en Inde, du porc américain dans les Caraïbes, de la viande et des céréales européennes en Afrique… « Ces produits sont exportés à bas prix grâce à des pratiques de dumping », essentiellement au moyen de subventions que les Etats les plus riches accordent à leurs paysans pour l’exportation. Une nouvelle variante consiste à remplacer « les aides à l’exportation par une forte baisse des prix agricoles, associée à des paiements directs payés par l’Etat ». Pour Via Campesina, il serait possible d’atteindre des prix agricoles liés aux coûts de production, à condition que les Etats ou Unions « aient le droit de taxer les importations à trop bas prix, s’engagent pour une production paysanne durable et maîtrisent la production sur le marché intérieur pour éviter des excédents structurels » (5).

Une priorité : nourrir la population

Les défenseurs de la souveraineté alimentaire rappellent que l’objectif principal de l’exploitation des terres est de garantir la sécurité alimentaire des habitants. Celle-ci est considérée comme atteinte lorsque toutes les personnes ont « accès à une alimentation suffisante, sûre et nutritive qui satisfait leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires pour leur permettre de mener une vie active et saine » (6). La sécurité alimentaire peut être obtenue par l’importation, alors que la souveraineté alimentaire implique d’accorder la priorité à « la production agricole locale pour nourrir la population » (7). La sécurité alimentaire n’est pas pour autant systématiquement atteinte lorsque les pays augmentent leur production. Ainsi, « l’augmentation de la production agricole ne suffit pas seule à résoudre le problème de la faim si, par exemple, ce qui est produit est destiné entièrement à l’exportation, en espérant des retombées indirectes sur ceux qui ont faim dans le pays ». Les exemples affluent. « En 25 ans, la Thaïlande a multiplié par huit sa production pour l’exportation agricole, mais la pauvreté n’y a pas pour autant diminué. Toute la production de ce pays, même celle supplémentaire, est destinée à l’exportation et n’est pas utilisée pour nourrir l’intégralité de sa population » (8). Le riz thaïlandais est notamment exporté au Burkina Faso, où le riz devient un aliment de base au détriment des autres céréales locales. Sur une moyenne de 20 kg de riz consommés par habitant chaque année, seuls 5 kg proviennent de l’agriculture locale, les 15 autres étant importés. « Des relevés de prix récents ont montré que le riz thaïlandais était vendu au marché à 200 FCFA le kg contre 240 FCFA pour le riz burkinabé. Obligé d’aligner son prix sur celui du riz importé », le paysan local perd « près de 46 000 FCFA par tonne, bien plus qu’un mois de son revenu annuel. Un marché rétréci pour les céréales locales, des prix en baisse pour le riz : l’agriculteur burkinabé est deux fois perdant. C’est ainsi qu’il rejoint la cohorte des pauvres et des sous-alimentés » (9).

Des échanges plus justement encadrés

Les défenseurs de la souveraineté alimentaire s’inscrivent à l’encontre des politiques agricoles définies par l’OMC, qui ont selon eux donné la priorité au commerce international et non à l’alimentation. La campagne Alimenterre affirme ainsi que « le sort des 2,8 milliards de personnes qui vivent de l’agriculture ne peut dépendre de la seule loi du marché et de la libéralisation des échanges ». Pour le Comité français pour la solidarité internationale, l’OMC doit « reconnaître le droit des populations à la souveraineté alimentaire et définir des règles qui en assurent la réalisation » (10). Via Campesina estime même que l’OMC devrait être déchargée des questions d’alimentation et d’agriculture, au bénéfice d’un autre cadre sous l’égide des Nations Unies (11). Loin des objectifs affichés, il s’avère pour beaucoup que l’accord agricole de l’OMC a « manifestement échoué à réguler les échanges internationaux et à améliorer le sort des paysans » (12).

Promotion d’une agriculture familiale et durable

La souveraineté alimentaire s’inscrit dans le cadre d’un projet plus global de développement, à travers la promotion d’une agriculture à taille humaine qui permette aux paysans de tirer un revenu décent de leur travail, de ne pas renoncer à leur implantation en milieu rural, ainsi que de respecter, voire améliorer, les conditions environnementales. Le mouvement prône un accès plus équitable à la terre, à l’eau, aux semences et au crédit, afin que le travail agricole ne soit pas monopolisé par quelques grands producteurs mais puisse être accessible aux petits paysans. La défense des « sans terre », la promotion de la réforme agraire et la sécurisation de l’usage des terres figurent ainsi parmi ses préoccupations majeures.

L’agriculture familiale de petite taille est privilégiée car elle s’avère en général « à la fois productive et respectueuse de l’environnement » (13). Le paysan dont le revenu dépend de l’évolution « du potentiel productif de l’écosystème, tend à se préoccuper davantage de la préservation de l’environnement », tandis que l’agriculteur capitaliste « a toujours la possibilité d’investir son capital ailleurs le jour où les terres sont trop dégradées » (14). Dans le cadre des grandes exploitations à salariés développées en Amérique latine et Afrique australe, l’agriculture représente un investissement comme un autre, qui « ne contribue guère à créer beaucoup d’emplois pour les paysans sans terre, ni à produire de grandes quantités de biens à l’hectare, car il est souvent plus intéressant de maintenir des systèmes de production extensifs et peu exigeants en travail » (15) tels que l’élevage bovin, la monoculture de canne à sucre ou de soja… Les terres s’avèrent « sous-utilisées et la spécialisation excessive des systèmes de production n’est pas sans poser de graves déséquilibres écologiques », comme la perte de biodiversité culturale, l’érosion des sols, la pollution due à un usage abusif de fongicides…

Défendre l’agriculture paysanne, c’est donc pour les partisans de la souveraineté alimentaire un moyen de « préserver et réhabiliter les milieux ruraux, les réserves halieutiques, le paysage et les traditions alimentaires reposant sur une gestion durable et respectueuse de l’environnement ». Sont évidemment récusées les technologies et pratiques qui « minent nos capacités futures de production alimentaire, nuisent à l’environnement et mettent en péril notre santé » (16), au premier rang desquelles les cultures transgéniques, mais aussi les différentes pratiques de monocultures, dont celle des agro-carburants.

Un projet « révolutionnaire »

La souveraineté alimentaire est enfin un projet politique de démocratie locale et participative, qui propose de placer les producteurs, distributeurs et consommateurs de nourriture au cœur du système décisionnel en matière d’alimentation et d’agriculture, « en lieu et place des exigences du marché et des transnationales qui réduisent l’alimentation à des simples produits échangeables sur le marché mondial » (17). Dans son programme d’action à Nyéléni, le Forum pour la souveraineté alimentaire précise qu’il s’agit d’ « exiger de nos gouvernements qu’ils promulguent des lois visant à éliminer le contrôle des grandes entreprises » et à « faciliter le contrôle des communautés sur la production et la distribution alimentaire ». En cela, la souveraineté alimentaire est un projet révolutionnaire de reprise du pouvoir de la majorité des « petits » sur une minorité de « puissants ».

Voir document associé : «Les 6 principes de Nyéléni»

(1) FAO, organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, Rome, novembre 1996.
(2) FAO, La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture. Le commerce agricole et la pauvreté. Le commerce peut-il être au service des pauvres ?, rapport 2005.
(3) Via Campesina, Qu’est-ce que la souveraineté alimentaire ?, 2007, document en ligne http://www.nyeleni2007.org/…
(4) Via Campesina, op.cit., 2007.
(5) Via Campesina, op.cit., 2007.
(6) FAO, Déclaration adoptée lors du Sommet mondial de l’alimentation, 1996.
(7) Via Campesina, op.cit., 2007.
(8) Cridev, Frères des Hommes, Pekea, Accorder l’accès à la terre, septembre 2007, 126 p.
(9) Comité français pour la solidarité internationale (CFSI), Alimenterre, tout ou presque sur l’agriculture et l’alimentation, septembre 2005. www.cfsi.asso.fr/upload/4pages2005.pdf
(10) Comité français pour la solidarité internationale (CFSI), op.cit., septembre 2005.
(11) Via Campesina, Campagne internationale pour la reconnaissance du droit à la souveraineté alimentaire, février 2005. www.nyeleni2007.org/IMG/pdf/Campagne_internationale_de_Via_campesina_pour_la_reconnaissance_du_droit_la_souverainet_alimentaire_fvrier_2005-2.pdf
(12) CRID, « La souveraineté alimentaire à l’épreuve de la mondialisation », Les cahiers de la solidarité, juin 2004. www.crid.asso.fr/IMG/pdf/cahier19_souvalim.pdf
(13) Marc Dufumier, « L’agriculture familiale peut-elle nourrir le monde ? », Altermondes, décembre 2007.
(14) Laurent Levard, « Querelle de productivité », Altermondes, décembre 2007.
(15) Marc Dufumier, op.cit., Altermondes, décembre 2007.
(16) Forum international pour la souveraineté alimentaire, Déclaration de Nyéléni, Mali, 23-27 février 2007.
(17) Forum international pour la souveraineté alimentaire, Rapport de synthèse, février 2007. www.nyeleni2007.org/IMG/pdf/31Mar2007NyeleniRapportSynthese-fr.pdf
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