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Une expérience d’éducation à la paix dans les camps de réfugiés en Croatie

Claire MOUCHARAFIEH

10 / 1994

La paix se pense et se construit avant que les armes ne se soient tues : telle devrait être la démarche de toutes les ONG et des agents sociaux, témoins directs de la guerre et de la violence. C’est en tous cas la conviction d’« Enfants Réfugiés du Monde » qui intervient dans ce sens dans les camps de réfugiés de la région de Zagreb : la création de centres d’animation, d’activités de rattrapage et de réinsertion scolaire par le jeu, ou encore l’accompagnement des parents dans la vie quotidienne, n’ont de sens que parce que ces actions s’inscrivent dans une démarche éducative globale en faveur de la paix. Le choix de la Croatie, dont le tiers du territoire est occupé, se justifiait par la présence de quelque 900 000 réfugiés et déplacés croates et bosniaques.

La première difficulté de l’équipe ERM a été de convaincre la population, mais aussi les éducateurs locaux, réticents et sceptiques, de la validité d’une démarche d’éducation à la paix, dans un contexte de violence et d’incertitude extrêmes. Pour contourner la difficulté, les termes de sociabilisation et d’intégration ont souvent été mis en avant. Tout au long de l’année, mais surtout pendant le terrible hiver 93/94, les équipes ERM ont été confrontées à l’agressivité des habitants des camps, parfois même du quartier. Les familles les prenaient à partie, ou déversaient sur elles leur rancoeur. Il a donc fallu consolider d’abord l’équipe en tant que telle, y compris en redéfinissant la fonction d’éducateur, sorte d’agent social, avant de commencer à construire un climat de confiance dans les camps. La première tâche fut d’établir progressivement une « communication positive » avec les familles, pour la plupart victimes ou témoins d’horreurs. En pratique, cela consistait à écouter, comprendre et valoriser les gens.

Pour engager un travail éducatif dans de telles conditions, il était important de maintenir une attitude neutre et accueillante à l’égard de tous. Dans certains cas, les enfants étaient interdits de centre pour ne pas cotoyer « l’ethnie » ennemie. L’équipe d’ERM n’a jamais tenu compte de ces antagonismes, continuant à proposer des activités à tous, jour après jour. Dans un des camps, la peur et l’incompréhension ont freiné ce processus de rapprochement inter-communautaire, provoquant un sentiment accru d’isolement et de rejet.

Pour briser ce cercle vicieux, les mères ont été davantage sollicitées pour prendre en charge certaines activités d’animation. Le but recherché était à la fois social, par l’intégration, et psychologique, par la revalorisation individuelle. Cette implication plus grande des mères a facilité le développement du programme éducatif (activités de socialisation, apprentissages de base et développement de l’enfant). Les activités de rattrapage scolaire, en favorisant l’insertion scolaire et l’estime de soi, se sont traduites par une meilleure collaboration entre l’équipe et les parents.

Dans une situation où les parents font difficilement la démarche de rencontrer des pédagogues saturés de problèmes et réticents à l’intégration de Musulmans dans les écoles croates, le centre d’ERM a joué un rôle de lien entre les établissements scolaires et les familles, en parvenant à intégrer les pédagogues dans le projet. Mais encore beaucoup d’enfants refusent l’école (refus de la culture croate, échec scolaire…)ou abandonnent les études. L’action d’ERM en faveur de l’intégration a donc été en partie réorientée vers l’insertion professionnelle et la prévention à la délinquance. Malgré des progrès incontestables, les difficultés persistent (finances, choix et lieu de la formation)et la confiance acquise reste fragile.

Quelle approche pour les enfants traumatisés par la guerre ?

A l’arrivée de l’équipe ERM au printemps 93, les enfants présentaient différents symptômes traumatiques : absence de repères, manque de concentration, échec scolaire, méfiance, repli, structure familiale déséquilibrée, et, pour certains, régression du développement. La première tâche, assez longue, a été de « s’apprivoiser » mutuellement, d’apprendre à se connaître et à s’écouter. L’écoute a été facilitée par des activités d’expression (conte, récit, dessin, expression théâtrale, expression spontanée)qui ont permis à la confiance et à la parole de se réinstaurer petit à petit.

Dans ce cadre, les activités ludiques occupent une place importante : il faut d’abord laisser jouer l’enfant pour qu’il puisse reprendre pied dans son propre développement, fortement perturbé, et redevienne un enfant. Cela implique de poser des règles de vie collective mais aussi un changement d’attitude chez l’éducateur : ne pas imposer un jouet ni un jeu, apprendre à l’enfant à jouer sans l’adulte, rester disponible à toute errance, à toute sollicitude… Ces comportements bousculaient les modèles d’apprentissage et la conception que se faisait l’équipe locale des éducateurs. Progressivement, les enfants ont pu ainsi exprimer ce qu’était leur vie et ce qu’ils en faisaient, leur vision des adultes…

Le recours aux activités plastiques est aussi importante car il permet la connaissance des enfants moins expansifs ou aux problèmes moins apparents. Les résultats ont permis aux équipes d’orienter leur démarche pédogogique. Les adolescents exprimaient à travers leurs dessins leur opinions et leur amertume de la vie. Toutes ces activités, libres ou spontanées, ont favorisé la communication entre les jeunes eux-mêmes.

Les activités communes entre les enfants des divers camps n’ont été possibles que dans certaines circonstances : lors de visites de délégations étrangères, de « sorties » hors camps ou de fêtes. Ces rencontres permettaient, sinon de vraies relations, au moins une cohabitation et une première mise en contact/connaissance de l’autre. De vraies relations individuelles ont commencé à se tisser, consolidant la vie de groupe : dans ce contexte, les aînés ont repris progressivement leur place (autorité, soutien, conseil, affection fraternelle sur les plus jeunes). En se structurant, le groupe retrouvait des repères et s’appropriait son histoire que les éducateurs apprenaient à gérer. Le groupe se transformait en une « communauté de lieu et d’émotions, et non plus en une identification à une composition ethnique ».

En définitive, ce sont les transformations des enfants (comportements, scolarité)qui ont amené les parents à manifester plus d’intérêt pour leurs enfants et pour le centre ERM. La volonté des enfants d’être écoutés, compris, valorisés et de prouver leur valeur à leurs familles s’est répercutée au sein des foyers. De leur côté, les équipes d’éducateurs ont pris conscience de l’importance de l’expression libre ou spontanée, et du potentiel des enfants ensemble.

Un tel projet n’a aucune chance de voir le jour ni d’évoluer sans un partenariat avec des structures et des groupes locaux fortement impliqués par les actions menées. L’éducateur local ne suffit pas; quant à l’ONG, elle est appelée, à terme, à quitter le pays.

Palavras-chave

educação a paz, vítima de guerra, refugiado, criança, campo de refugiados, traumatismo psíquico, ator social, mediação escolar, ONG


, Croácia

dossiê

Ébauche pour la construction d’un art de la paix : Penser la paix comme stratégie

Gouverner les villes avec leurs habitants

Notas

Fiche rédigée à partir de deux textes de Brigitte MARDIN, formatrice dans le programme Zagreb de l’Association Enfants Réfugiés du Monde(ERM), 34 rue Gaston Lauriau, 93100 Montreuil, Tel. 48 59 60 29.

Contribution au Séminaire sur la reconstruction du Rwanda, Kigali, 22-28 octobre 1994.

Fonte

Documento interno

MARDIN, Brigitte, ERM

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