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Taïwan cruelle

Pierre GILLET

05 / 1995

La pêche sur les thoniers taïwanais, c’est le bagne !, explique longuement Alberto de Léon, jeune Philippin de 34 ans originaire de l’île de Perez. Comme pour des milliers de jeunes philippins, son rêve était de quitter la pêche du village qui ne rapporte guère et d’embarquer "à l’étranger". Trop nombreux sur les listes d’attente, ils ont dû payer très cher leur embarquement. Sur les navires, ils ont crevé au boulot 12, 19, et parfois 21 heures d’affilées faisant des marées de 2 ans. Un train d’enfer pour un salaire de misère. Il avait été convenu qu’après 6 mois, ils toucheraient 30.000 pesos (US$ 1.000)et un pourcentage de la prise pour les heures supplémentaires. Le contrat semblait "réglo", mais avec Alberto et les autres, l’équipage a mis sac à terre avec seulement 18.000 pesos en poche (US$ 600). Quand ils ont demandé leur dû à l’agent recruteur (qui avait signé le contrat), celui-ci les a assignés en justice sachant très bien que ces garçons de village n’iraient pas plus loin "en justice".

Et ils sont ainsi des milliers à fournir une main-d’oeuvre soumise et bon marché. Les capitaines de Taïwan, de Corée et du Japon peuvent recruter jusqu’à 40% d’étrangers - et ils ne s’en privent pas, c’est diviser pour régner ! Relever les lignes longues à la cadence des enrouleurs est un travail d’équipe qui demande une attention soutenue. Tout ralentissement de cadence, toute erreur de manipulation est punie de coups. Personne, en effet, ne parle la même langue. Les officiers chinois ne peuvent même pas communiquer avec leurs équipages taïwanais qui sont le plus souvent des aborigènes parlant un des 17 dialectes tribaux de l’île. On s’explique donc au poing et à la barre de fer. A plus forte raison avec les Philippins, les Indonésiens et les Mauriciens !

Jean Vacher, de l’île Maurice, ancien marin lui-même, a compilé plus de 240 cas de Philippins blessés, battus ou estropiés par des traitements barbares. "L’ambiance a bord, dit-il, est toujours "tendue" personne ne se comprend, on se suspecte entre groupes ethniques et on se bagarre. "A la mi-janvier 91, une de ces batailles rangées a dégénéré en mutinerie. Le capitaine et 4 Taïwanais ont été tués à bord. Des Philippins aussi sont morts. Les survivants sont en prison à l’île Maurice.

Mung Ho, un marin pêcheur de Taïwan a connu lui aussi l’enfer. Il a perdu un oeil au travail, mais il est resté sans soins et sans compensations (c’était une bagarre ! a affirmé l’assureur !). Aucun recours possible. Le gouvernement de Taïwan n’a jamais signé aucune convention internationale réglementant le travail à bord (convention BIT/ILO, etc.). Hung Ho a donc dû reprendre son travail avec un oeil de verre et il rêve comme tous les hauturiers de pouvoir un jour pêcher avec les côtiers ! Malheureusement pour lui, la surpêche et la pollution ont vidé les zones de pêche et les flottes industrielles s’en vont pirater les mers lointaines du Chili au Sénégal. Ces bateaux sont régulièrement pris en flagrant délit de pêche sans autorisation, ils sont interceptés et saisis. A Kaoshiung, le port principal, ont parle de 3.000 détenus d’outre-mer. Les officiers s’en sortent en payant les cautions nécessaires et ils abandonnent leurs équipages pour rentrer par le premier vol. Des matelots illetrés et ne parlant pas l’anglais pourissent en prison.

A Taïwan même, un centre d’aide aux pêcheurs de l’Eglise Presbytérienne a courageusement dénoncé les causes de ce drame: l’état déplorable de la sécurité à bord et les atteintes répétées aux droits de l’homme. Ils estiment à près de 200 le nombre de bateaux de pêche perdus dans les 10 dernières années et selon eux, cette flotte taïwanaise a connu une moyenne de 24 morts par mois dans les dernières années. Un scandale!

A l’Association des armatteurs de Kaoshiung on fait état d’un "Welfare fund" (pour qui?" et on ne cache pas que les entreprises de pêche font de grands bénéfices. Quant aux violations des droits de l’homme, que peut-on faire ? Ces brutes ne connaissent que le langage des poings".

On croit rêver. En plein 20ème siècle, nous voilà de retour aux galères. Les pays riches s’assurent une main d’oeuvre bon marché se moquant de toute réglementation. L’ICSF fait appel à ses membres et sympathisants pour fournir des témoignages et dénoncer ces abus.

Suite à une rencontre de travail de 3 jours à Manille, des organisations d’appui de Taïwan, de l’île Maurice (Apostolat de la mer)et des Philippines vont coordonner leur action.

ICSF (International Collective in Support of Fishworkers) - 27 College Road, Chennai 600006, INDIA - Tel. (91) 44-2827 5303 - Fax (91) 44-2825 4457 - Índia - www.icsf.net - icsf (@) icsf.net

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