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Méthodologie d’intervention sur les espaces collectifs des Courées

Projet d’amélioration de l’habitat grâce à une participation active des habitants à Lille

François LEGRIS

05 / 2005

Le contexte

Les courées (cours, cités, rangées…) représentent un patrimoine privé ancien important sur la métropole Lilloise (1482 courées représentant 12194 logements). Il tend à jouer un rôle de parc social de fait soit en tant qu’habitat de relégation soit en tant que parc de transit en accueillant des populations modestes voire précarisées. Cet habitat individuel a été construit à la fin du XIXème siècle, en général pour loger une main d’œuvre ouvrière à proximité des activités industrielles, notamment textiles. Les évolutions de cet habitat sont hétérogènes, on observe trois types de courées :

  • Des courées ghettos engagées dans un processus de dégradations sociales et de dégradations du bâti avec des conflits de classe sociale, de génération, de nationalité…

  • Des courées caractérisées par une situation très hétérogène comportant des logements plus ou moins entretenus et pouvant être le lieu d’une solidarité sociale de proximité.

  • Des courées réhabilitées par les propriétaires privés ou plus rarement publics.

Les enjeux d’intervention sur les courées sont multiples : non seulement liés à des enjeux patrimoniaux, ils relèvent également d’enjeux urbains et sociaux et du fonctionnement d’un sous marché du logement avec des pratiques de marchands de sommeil.

Une politique de résorption des courées s’est développée à partir de 1970 avec la loi Vivien sur l’éradication de l’habitat insalubre. L’organisation pour la suppression des courées dans la Métropole Nord (OORSUCOMN) a été créée à cet effet. Après sa dissolution en 1979, la Communauté Urbaine de Lille poursuivra les actions de Résorption d’Habitat Insalubre (RHI). Une prise de conscience progressive sur le rôle social de l’habitat en courée, conjuguée à l’échec des relogements dans les grands ensembles, a conduit la Communauté Urbaine de Lille à développer une politique de réhabilitation des courées à partir de 1992.

Cette politique s’est mise en œuvre sous la forme du « Programme maintien des courées » et d’une Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat (OPAH) thématique sur les courées depuis 1994.

A ce jour, 368 courées (soit 3696 logements) ont fait l’objet d’une requalification pour un coût d’investissement de 16 millions d’euros financé par la Communauté Urbaine de Lille, avec l’aide de l’Etat et de la Région. Les réalisations sont principalement concentrées sur Lille et Roubaix, où sont localisées les 2/3 des courées. Les PACT de Lille, Roubaix, Tourcoing sont les opérateurs de cette politique d’intervention. Ils y développent une maîtrise d’œuvre technique et sociale spécifique. Le PACT de Lille et plus particulièrement l’Antenne Est a développé une méthodologie d’intervention fondée sur une démarche de projet.

Méthodologie d’intervention sur les espaces collectifs des courées

Cette méthodologie est une démarche de projet, un processus de participation active des habitants concernés par la requalification de leur lieu d’habitat. Le programme « maintien des courées » apporte le cadre et les moyens opérationnels à une pratique de développement social urbain. Le premier moment est une phase de connaissance de la population propre à chaque courée, de ses réseaux, son fonctionnement, ses leaders, ses difficultés et ses potentialités. Un diagnostic des forces et des faiblesses de la courée est établit.

Vient ensuite une phase de mobilisation des habitants pour un projet d’aménagement. L’absence de réseaux relationnels fortement établis et d’organisations structurées constitue un obstacle majeur à la prise en charge par les habitants d’un projet collectif. L’assainissement et l’amélioration du cadre de vie représentent une préoccupation commune primordiale permettant de mobiliser les habitants.

Toutefois, le déclenchement d’un processus de mobilisation suppose de la part des populations une rupture avec les pratiques d’assistance. La mobilisation peut être engagée par une « provocation » lancée par l’opérateur sur l’affirmation que la collectivité n’a aucun devoir d’intervention sur les courées et que s’ils souhaitent du changement il leur faut s’organiser, communiquer entre habitants et formuler un projet. La collectivité pourra alors les aider par un accompagnement à la réalisation des projets et par un soutien financier aux investissements.

Il faut ensuite organiser régulièrement des rencontres individuelles et collectives avec les habitants pour leur permettre d’exprimer leurs souhaits et leurs inquiétudes sur le coût des travaux, sur les modes de réalisation, les délais etc. Les techniciens peuvent alors exposer les contraintes techniques et proposer les solutions possibles en formulant des réponses dans un langage accessible aux familles. Des visites de réalisations similaires avec rencontres de représentants de courées sont proposées.

L’expression des populations, la formulation et l’écoute de leurs projets, leur prise en compte dans les perspectives de réalisation, débouchent sur le développement du rôle de « l’acteur habitant ». Cette reconnaissance comme groupe social favorise le développement d’une conscience collective et l’établissement d’un lien social solide. L’intervention peut être conflictuelle, mais la confrontation entre opérateurs et acteurs habitants n’est ni négative, ni destructive dès lors qu’elle débouche sur la négociation et la construction de réponses reprenant les intérêts de chacun.

Finalement lorsque l’expression collective et le passage à l’action s’avèrent possibles, une dynamique de mobilisation peut s’engager. Elle s’appuie sur des actes concrets du type démolition d’ancien WC, curetage d’un espace encombré de baraques, et requiert la participation du maximum d’habitants. La participation peut prendre diverses formes en fonction de l’aptitude des habitants.

L’action collective concrétise la mise en œuvre d’une pédagogie de la réussite et du changement. Elle favorise l’émergence et l’utilisation de compétences jusqu’ici non reconnues et les échanges de savoir-faire. Elle contribue à la reconnaissance des groupes d’habitants marginalisés et permet de montrer qu’il est possible de gagner sur soi-même et sur les autres. Enfin c’est une bonne occasion pour faire la fête. La crédibilité des opérateurs se joue sur leur capacité à s’engager dans la réalisation de ces temps forts. Sur le quartier de Fives la création d’un atelier d’autoréhabilitation a permis en plus d’apporter l’outillage nécessaire à ces actions de requalification.

Les résultats attendus sont : la structuration et le renforcement d’une conscience collective, l’expression du choix et la participation effective des habitants devenus acteurs, l’implication dans la gestion quotidienne des équipements réalisés et enfin la transférabilité des acquis en terme de participation à d’autres domaines de la vie sociale.

Dans tout le déroulement de cette méthode d’intervention il est primordial de prendre en compte les notions de temps et de rythmes propres à la population. Il faut laisser mûrir un projet, savoir le stopper pour y revenir lorsque les conditions de son développement seront réunies. Cette démarche peut être contradictoire avec des impératifs économiques liés à des obligations de résultats techniques en terme de « traitement de courées ».

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