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Les processus de concertation et d’action collective dans les grands ensembles d’habitat social

Permettre aux habitants d’agir pour permettre un développement social urbain

François LEGRIS

05 / 2005

Le contexte

Face à la dégradation sociale des grands ensembles tous les acteurs locaux, publics ou privés, conviennent qu’il y a lieu de construire des réponses permettant d’inverser ces situations. Les interventions sécuritaires (interventions répétées des forces de l’ordre, renforcement physique de la sécurité des collectifs…) ayant montré leurs limites, il convient maintenant d’expérimenter et de développer une nouvelle forme d’action donnant aux habitants, par un processus dynamique de prise en charge collective, la possibilité de devenir acteur social et de retrouver une capacité d’agir.

Processus d’intervention

1) Phase d’écoute, connaissance/reconnaissance La première phase est une démarche d’enquête individualisée et sensibilisatrice auprès des familles. Il s’agit d’aller vers elles pour identifier les problèmes qu’elles ressentent et leur faire prendre conscience qu’il y a des solutions et qu’elles détiennent des éléments de réponse. Elles doivent pouvoir agir comme agents de leur propre développement.

Cette phase permettra également de repérer des personnes ressources, pouvant jouer un rôle de leader. L’enquête est conduite conjointement par un agent du bailleur social concerné et un agent de l’Antenne Est du PACT (Protection Amélioration Conservation Transformation de l’habitat). Les deux intervenants doivent se faire identifier comme « acteurs » et non comme simples observateurs.

Ainsi, l’agent du bailleur représente son organisme et, à ce titre, assure l’interface avec sa société. Cette forme d’action positionne l’agent du bailleur comme « référent » et contribue à changer le regard des locataires sur son bailleur et réciproquement.

L’agent du PACT, quant à lui, se présente comme accompagnateur social à l’écoute des préoccupations des familles mais souhaitant les aider à construire des réponses. Il assure l’interface avec le quartier en apportant les éléments d’informations sur la vie sociale, sur les structures existantes, et en indiquant des pistes de progressions aux questions soulevées.

La crédibilité des opérateurs se joue sur leurs capacités à apporter des réponses concrètes et à s’engager avec les familles pour élaborer des solutions aux problèmes posés.

2) Phase d’analyse L’objectif de la phase d’analyse est de recueillir tous les éléments nécessaires à la compréhension globale de la situation et à l’élaboration de projets d’action. L’analyse de la situation s’articule autour :

  • du repérage des problèmes collectifs susceptibles d’être le moteur d’une dynamisation de la population (notamment : problèmes de délinquance, d’insécurité, de gestion des entrées, de requalification des espaces extérieurs…).

  • du repérage des groupes, des réseaux et des dynamiques « habitants », mais aussi des pratiques liées au contexte local.

  • du repérage des institutions se retrouvant autour d’un même problème, avec des niveaux d’intervention et des intérêts particuliers.

3) Phase de diagnostic/action L’analyse des enjeux permet de définir une stratégie consensuelle s’appuyant sur un processus de participation des habitants. L’intervention auprès des habitants se déroule en trois moments. Le premier moment est celui de la sensibilisation et de l’information. La restitution des préoccupations identifiées par les enquêtes sera le point de départ de la construction d’une identité collective. Animée par le groupe moteur, ces restitutions peuvent prendre la forme de réunions d’entrées. Le choix d’un thème partagé par le plus grand nombre permettra d’engager la mobilisation des habitants.

Dans un deuxième temps, une fois que le groupe aura choisi son objet, il conviendra de l’organiser en lui apprenant avec patience à tenir des réunions, à distribuer la parole, à prendre des décisions, à faire des comptes rendus, et à gérer des conflits interpersonnels. Enfin, cette structuration acquise, le groupe va s’engager comme « acteur social » et tentera de négocier et mettre en Ĺ“uvre des actions permettant de produire un changement durable face aux problèmes rencontrés.

Cette démarche d’intervention s’applique soit par entrée, avec les habitants partageant la même réalité quotidienne et avec lesquels des réponses spécifiques pourront être engagées, soit par groupes d’entrées (choisis en fonction de la configuration physique des entrées et des thèmes abordés). Le travail par groupe d’entrées permet d’aborder des préoccupations communes appelant une réflexion collective pour construire un projet et d’échanger entre entrées des solutions qui « marchent » et qui pourraient être expérimentées ailleurs.

L’intervention doit se faire également avec le groupe des leaders pour déterminer des principes de fonctionnement, élaborer une stratégie d’intervention, prioriser les domaines d’action et évaluer les conditions de faisabilité et les risques d’échec afin de ne pas démobiliser les habitants.

4) Actions envisageables Au niveau des entrées on peut établir un « Contrat d’entrées » définissant les règles d’usage et d’entretien et mener des opérations collectives de réinvestissement du lieu. Au niveau de plusieurs entrées peut se créer un comité d’habitants ou des ateliers de proximité cogérés par des groupes de familles.

Ces ateliers peuvent être utilisés comme points d’appui pour prendre en compte des difficultés sociales, favoriser les relations de voisinage, modifier l’image négative des cités… S’il y lieu de travailler sur l’urbanisme de proximité, il sera opportun de mettre en place un Atelier de Travail Urbain impliquant les habitants en qualité « d’Usagers de la Ville », pour définir, suivre, réajuster et évaluer les projets d’aménagement par une coproduction avec les élus et les techniciens.

Des actions festives permettront de marquer les temps forts de la vie du groupe. Elles sont très valorisantes et permettent aux habitants d’apprendre à se partager les tâches et à prendre des responsabilités, elles contribuent ainsi à la structuration du groupe. Il serait également intéressant de mettre en place des rencontres sur d’autres sites avec d’autres groupes d’habitants ayant des expériences similaires à partager.

5) Résultats attendus Ce processus d’intervention s’appuyant sur les dynamiques habitants doit permettre la structuration et le renforcement d’une identité collective, le développement du rôle d’acteur des habitants, l’implication dans la gestion quotidienne des équipements, l’émergence, la valorisation et l’utilisation de compétences jusqu’ici non reconnues et la transférabilité des acquis en terme de participation à d’autres domaines de la vie sociale. Dans tout le déroulement de cette méthode d’intervention il est primordial de prendre en compte les notions de temps et de rythmes propres à la population. Il faut laisser mûrir un projet, savoir, par exemple, le stopper pour y revenir lorsque les conditions de son développement seront réunies.

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