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Chauffe-eau solaires en Tunisie (1)

Etat du marché, marché potentiel et contraintes de développement du programme PROSOL

Rafik MISSAOUI

04 / 2007

L’état du marché des chauffe-eau solaires

L’expérience tunisienne de diffusion des chauffe-eau solaires (CES) a démarré au début des années 80, avec une fabrication nationale par la société publique Serept Énergie Nouvelle (SEN). Cette fabrication était relayée par une commercialisation basée sur un système de crédit au consommateur d’une durée de 7 ans (crédit à la production). La Société Tunisienne d’Électricité et de Gaz (STEG) assurait la collecte des remboursements à travers la facture d’électricité.

Pour des raisons de maîtrise technologique, le marché a connu de sérieuses difficultés : il est passé d’environ 5 000 m2 par an à la fin des années 80 à quelques centaines de m2 au milieu des années 90.

Pour tenter de redynamiser le marché, le gouvernement tunisien a lancé en 1995, grâce à un financement du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), un programme ambitieux visant la diffusion de 50 000 m2 jusqu’en 2003.

L’approche du programme était basée sur une subvention à l’achat à hauteur de 35 % ainsi que sur la mise en place de procédures de contrôle de qualité afin de rétablir la confiance du consommateur.

Ce projet a permis de relancer le marché, de rétablir l’image de la technologie solaire et de créer un véritable tissu d’opérateurs locaux. Toutefois, il s’est arrêté en fin 2001 avec l’épuisement du fonds prévu pour la subvention (6,6 millions $US). Depuis, la diffusion du CES a largement baissé, d’environ 18 000 m2 en 2001 à moins de 8 000 m2 en 2004.

Figure 1 : Evolution du marché du CES en Tunisie 1985-2004

Evolution du marché du CES en Tunisie 1985-2004

Le marché potentiel et les contraintes à son développement

La Tunisie dispose d’un potentiel technique (qui ne prend pas en compte les contraintes économiques, financières et organisationnelles de la filière) de chauffe-eau solaires important qui dépasse 1,5 million de m2 à l’horizon 2010 et 2,5 millions de m2 en 2020. Compte tenu du prix actuel des énergies conventionnelles pour l’usager en Tunisie, le chauffe-eau solaire n’est en effet pas compétitif par rapport au chauffe-eau à GPL, à gaz naturel et même au chauffe-eau électrique. Le coût initial d’acquisition du chauffe-eau solaire, nettement plus élevé que les chauffe-eau conventionnels, constitue également un frein pour sa diffusion à grande échelle. Pourtant, la diffusion du chauffe-eau solaire reste rentable pour la collectivité, compte tenu des cours mondiaux des combustibles conventionnels et des perspectives de leur évolution.

Dans les circonstances actuelles, le marché du CES en Tunisie ne peut donc se développer massivement sans soutien extérieur. Ces mesures de soutien devraient avoir pour objectif, d’une part, la levée de l’obstacle lié à l’investissement initial et, d’autre part, l’amélioration de la rentabilité relative du CES pour le consommateur final.

La figure 2, issue de l’étude stratégique réalisée dernièrement par l’Agence Nationale pour la maîtrise de l’énergie (ANME), présente le développement du marché selon le scénario laisser-faire et selon un scénario volontariste basé sur de tels mécanismes de soutien (subvention d’investissement + crédit au consommateur).

L’étude montre que malgré l’effort financier public, ce scénario reste largement rentable pour la collectivité.

Le gisement d’économie d’énergie et de réduction des émissions de gaz à effet de serre

La figure 3 présente l’énergie primaire économisée et les émissions évitées annuellement selon les deux scénarios laisser-faire et volontariste.

Dans le premier scénario, les économies annuelles d’énergie primaire seraient de 28 ktep en 2010, 82 ktep en 2020 et 175 ktep en 2030. Dans le scénario volontariste, les émissions évitées sont estimées à 65 kTECO2 en 2010, 190 kTECO2 en 2020 et 410 kTECO2 en 2030.

En termes de cumul, les économies d’énergies escomptées seraient de 160 ktep sur la période 2000-2010, 700 ktep sur la période 2000-2020 et 2000 ktep sur la période 2000-2030. Sur les mêmes périodes, les émissions évitées (1) seraient respectivement de 360 kTECO2, 5 MTECO2 et 40 MTECO2.

Figure 2 : Parc installé de chauffe-eau solaires dans les secteurs résidentiel et tertiaire selon les scénarios laisser-faire et volontariste

Parc installé de chauffe-eau solaires dans les secteurs résidentiel et tertiaire selon les scénarios laisser-faire et volontariste

Source : Étude stratégique sur le développement des ENRs en Tunisie, ANME, 2003

Figure 3A : Économies annuelles d’énergie primaire dans les secteurs résidentiel et tertiaire selon les scénarios laisser-faire et volontariste

Économies annuelles d’énergie primaire dans les secteurs résidentiel et tertiaire selon les scénarios laisser-faire et volontariste

Figure 3B : Émissions annuelles évitées dans le secteur résidentiel selon les scénarios laisser-faire et volontariste

Émissions annuelles évitées dans le secteur résidentiel selon les scénarios laisser-faire et volontariste

Lire la suite de cette fiche : L’ingénierie financière du projet PROSOL

(1) Calculées sur toute la durée de vie des CES.

Mots-clés

économie d’énergie, production d’énergie, financement des énergies renouvelables, énergie solaire


, Tunisie

dossier

Énergies renouvelables, développement et environnement : discours, réalités et perspectives (Les Cahiers de Global Chance n°23, avril 2007 en coédition avec Liaison Énergie-Francophonie)

Notes

Rafik MISSAOUI est ingénieur en Génie industriel, il a été Chef de Service dans une banque de développement en Tunisie, thésard et chargé de mission à l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie en France, puis Responsable Maghreb au bureau d’études Transénergie. En 2000, il a créé son propre bureau d’études et de conseil en Tunisie (ALCOR).

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