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Le nouveau New Deal pour un monde renouvelé

Sunita NARAIN

12 / 2008

Après des mois de spirale descendante, le mot en « r » si redouté doit désormais être prononcé : les pays les plus puissants du monde sont entrés en récession : leur économie régresse, recule. La réponse des dirigeants a tout également d’une reculade. Ils ont travaillé très dur pour privatiser et déréguler et maintenant, ils se précipitent sur une idée keynésienne qui a été appliquée pour la première fois après la grande dépression de 1929 aux États-Unis, idée selon laquelle les États doivent verser des sommes considérables d’argent public pour permettre à l’économie de s’en sortir.

C’est ce que tous les gouvernements, une fois de plus, espèrent faire aujourd’hui en cette période où le capital privé va de pair avec une santé florissante pour certains chefs d’entreprise individuels mais aussi avec une extrême pauvreté et une vie de souffrances et de misère pour beaucoup.

La question de savoir si ce vieux « New Deal » peut être réinventé se pose aujourd’hui alors que désormais nous apparaissent clairement les imperfections du système économique. Il est très clair pour certains d’entre nous (mais pas encore opportun pour les dirigeants financiers de nos économies) que le meilleur moyen de se sortir du pétrin actuel est de modifier la nature profonde de nos économies. Nos économies reposent sur le principe de la consommation. L’assertion est simple : la croissance permettra aux habitants de s’enrichir et en conséquence, ils achèteront ce dont ils ont envie. Plus ils achèteront et plus le bonheur général sera grand.

Au fil des années, cette simple logique consistant à permettre aux habitants de consommer sans se poser de questions s’est perdue dans tout un ensemble d’outils économiques et financiers ayant pour objectif de subventionner et de promouvoir le crédit afin surtout que l’incitation à consommer perdure. Ainsi, du fait de l’augmentation des coûts de production dans le premier monde (les États-Unis et leurs alliés) en lien avec la hausse des coûts du travail et de la protection de l’environnement, la production industrielle s’est délocalisée vers le deuxième monde (l’Union Soviétique et ses alliés), puis vers le troisième (pays non-alignés et pays neutres) et même vers le quatrième monde (les pays les moins développés de l’Afrique sub-saharienne) à la recherche de coûts toujours moins élevés. Ceci a contribué également à ce que le monde entier se lance dans cette folie qui consiste à acheter bon marché, à acheter jetable. Ce modèle a permis aux banques d’aller sur la lune, jusqu’à sa face cachée. Du fait de l’avancée du changement climatique, c’est la Terre elle-même qui observe ce qui va se passer.

Ce que nous avons oublié, c’est le principe même de la distribution des revenus : le prix doit être abordable pour le consommateur, il nous faut abandonner la surconsommation et revenir à une pratique du juste prix. Sans cela, nos dirigeants peuvent bien aider banques et industries mais les bases resteront fragiles, sans cohérence. La prochaine catastrophe nous attendra au tournant.

Mais la crise est aussi une occasion pour réinventer. Des milliards de dollars d’argent public peuvent être utilisés pour faire les choses différemment. Cette fois-ci, l’argent public versé doit certes avoir pour finalité de stimuler l’économie en soi mais pas seulement : il doit aussi aider à mettre sur pied une économie qui devienne acceptable. En d’autres termes, nous avons besoin d’un budget bien construit qui crée des économies équitables et durables. Afin d’éviter le mot en « r », voici ce qui doit être fait.

Premièrement : nous devons repenser tous nos systèmes énergétiques, effectuer d’importants investissements dans de nouvelles technologies renouvelables ainsi que dans des systèmes de distribution qui réduisent les coûts de transfert, les pertes et renforcent la résilience des sociétés. L’objectif est de faire en sorte que chaque foyer bénéficie de l’énergie, de s’assurer que chaque foyer est en mesure d’en bénéficier. Aujourd’hui, la concentration en gaz à effet de serre produite par les sociétés riches en énergie menace notre planète. Ces pays ont fait porter leurs coûts environnementaux sur l’ensemble de la planète et ils ont surexploité le capital nature de l’atmosphère commune. Ce nouveau New Deal est une occasion de réparer ce dommage et de mettre sur pied pour l’avenir une option énergétique qui combine pour tous efficacité et énergie renouvelable.

Deuxièmement : investir massivement dans la conception de modes de transport pour ce monde renouvelé. Ceci veut dire : choisir des modes de transport qui soient efficaces - moins d’énergie pour un meilleur transport – et accessibles au plus grand nombre. En d’autres termes, investir dans les transports ferroviaires et non dans les transports aériens, dans les bus urbains et les métros plutôt que dans des mesures pour s’assurer les bonnes grâces de l’industrie automobile. C’est un choix difficile pour les États qui, trop longtemps, ont soutenu financièrement la mobilité individuelle en raison de la puissance des géants de l’automobile et de l’aviation - qui eux aussi, demandent qu’on les aide à se sortir de leurs difficultés - et ont négligé les transports publics du fait qu’il n’y a pas d’ardent défenseur de ce bien public. Mais n’est-ce pas une option qui donne corps à l’esprit «Nouveau New Deal » ?

Troisièmement : investir dans l’infrastructure de l’environnement urbain, l’eau potable propre, des systèmes d’égouts et de collecte des ordures ménagères, un logement pour tous. C’est sur ces points que les États ont beaucoup à apprendre, ils doivent renouveler leurs connaissances et surtout, ils doivent apprendre à construire des villes qui ne soient pas uniquement le fruit de l’imagination des autres mais au contraire s’accordent avec le porte-monnaie de la population et s’intègrent au cadre environnemental de ces villes. Ceci nécessitera une grande réflexion car nous aurons besoin d’une technologie capable d’intégrer la rationalité du savoir traditionnel et de valoriser l’environnement et les ressources locales.

Quatrièmement : de façon beaucoup plus cruciale pour l’Inde, il nous faut effectuer un examen des activités économiques qui importent le plus - agriculture et sylviculture. La grosse majorité de la population de notre pays vit et plus encore, vivra dans des zones rurales. C’est là qu’une opération de sauvetage pourra vraiment marcher, car, il faut bien comprendre, rien de ce que puissent faire les secteurs urbains et industriels ne peut égaler le potentiel d’emploi et de revenu d’une économie basée sur la terre. Nous devrons repenser complètement cette économie et la valoriser davantage. Si nous agissons ainsi, nous pouvons agir, investir et en assurer la performance en la considérant comme essentielle pour l’avenir.

Néanmoins, le fait de prendre cette direction présuppose que toutes nos connaissances préconçues sur ce qui marche soient réexaminées avec beaucoup de soin. Aujourd’hui, nous considérons que le seul moyen d’améliorer la productivité consiste à intégrer des quantités d’intrants toujours plus grandes dans le sol – pesticides, engrais chimiques ou semences et graines hybrides. Nous avons oublié que, en faisant appel à ces moyens, les coûts de la production agricole augmentent forcément et que, par voie de conséquence, ils rendent la nourriture plus chère. Nous oublions que les petits producteurs, qui n’intéressent pas du tout les économistes néo-conservateurs, ont en fait une productivité beaucoup plus importante. Nous pouvons en effet, pour ceux qui démarrent leur activité, déterminer le rapport existant entre la production réalisée et les investissements effectués.

Certes, la lettre « r » existe dans le mot rural mais elle existe aussi dans le mot avenir. Il nous faut des dirigeants qui n’acceptent pas que la panique et le chantage dirigent le monde. Nous n’avons pas besoin d’un bien-être des grandes entreprises. Nous avons besoin de bien-être pour les habitants et pour la planète.

Mots-clés

crise économique, système économique, développement durable

Notes

Traduction en français : Michèle JAMMET (CRISLA)

Cette fiche est également disponible en anglais : The newer deal for a newer world

Source

CSE, Down To Earth 1-15 décembre 2008

Down To Earth est une revue indienne écologiste et scientifique, publiée par le Centre for Science and Environment (CSE) à New Delhi.

CRISLA (Centre d’Information de Réflexion et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique d’Asie et d’Amérique Latine) - 1 avenue de la Marne, 56100 Lorient, FRANCE - Tel : 08 70 22 89 64 - Tel/Fax : 02 97 64 64 32 - France - www.crisla.org - crisla (@) ritimo.org

CSE (Centre for Science and Environment) - 41, Tughlakabad Institutional Area, New Delhi, 110062 - INDIA - Tel. : (+91) (011) 29955124 - Inde - www.cseindia.org - cse (@) cseindia.org

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