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Une filière agricole garantie sans pesticides, mission impossible ?

Nolwenn WEILER

03 / 2009

76% des Français s’inquiètent des résidus de pesticides dans leur alimentation, selon une enquête de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA) (1). Et pour cause : les tests scientifiques mis au point révèlent un désastre sanitaire potentiel. En effet, même à petite dose, ces produits chimiques sont toxiques. On les retrouve dans bien des fruits et légumes, comme le montre une étude effectuée sur des grappes de raisin.

« Les pesticides sont sans danger », assure l’Union de l’industrie de protection des plantes, qui regroupe les industries phytosanitaires (UIPP) à coup de campagnes de publicité et de communiqués de presse… Pourtant, les études et rapports prouvant la dangerosité des produits phytosanitaires pour la santé humaine se multiplient. Plusieurs substances actives sont notamment soupçonnées d’être cancérigènes et toxiques pour la reproduction. En décembre 2006, l’INRA (institut scientifique de recherche agronomique)a même conseillé le lancement d’une vaste étude épidémiologique, tellement « les risques pour la santé humaine apparaissent plausibles » !

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Estimées à 900 en Europe, les substances actives sont homologuées suite à une évaluation dénoncée comme insuffisante par de nombreux citoyens et associations. Cette évaluation a également été remise en cause en 2001 par la Commission européenne. « Le système de test est incomplet, explique François Veillerette, du Mouvement pour les droits des générations futures. Les substances sont testées une par une, jamais en combinaison. On évalue la molécule active, et non le produit commercial. Or, c’est lui qui se retrouve au contact des êtres vivants. Et son pouvoir de pénétration dans la cellule est souvent supérieur à celui de la substance active. » « C’est ce que l’on observe pour le glyphosate et le Round up », précise Robert Bellé, professeur en biologie, de l’unité de recherche Mer & Santé (CNRS-UPMC) de la station biologique de Roscoff. « Nous avons prouvé, dès 2002, que c’était le produit commercial Round Up et non la substance active glyphosate, à partir de laquelle cet herbicide est fabriqué, qui était cancérigène. » D’autres chercheurs, français ou américains, ont démontré la toxicité de ce produit.

Pas de financement pour la recherche

Fort de ces premiers résultats, Robert Bellé a poursuivi ses recherches. Il projette la mise en place d’un test pour évaluer le potentiel cancérigène de milliers de substances chimiques et combinaisons de substances. Il ne parvient malheureusement pas à obtenir de fonds pour financer cette étude. « Cela permettrait pourtant de déterminer quels sont les produits à risque bien avant que les pathologies n’apparaissent, dit Robert Bellé, et ce quelle que soit la dose du produit testé. Pour le moment, cela n’existe pas. » « Nous sommes très bien documentés en matière de toxicité aiguë, mais sur les effets d’une exposition chronique à des doses plus restreintes, ce n’est pas le cas », confirme François Veillerette.

C’est précisément l’évaluation des effets chroniques des pesticides qui permettrait de connaître leur véritable impact sur la santé humaine. « Il est donc regrettable qu’il soit si difficile d’obtenir des financements sur cette thématique, s’indigne Robert Bellé. D’autant que le potentiel cancérigène des produits phytosanitaires, s’il était avéré, est infiniment supérieur à celui de l’amiante, pour la simple raison que l’ensemble de la population y est exposé et que les doses diffusées dans l’environnement depuis 50 ans sont très élevées. »

99% des grappes de raisins contiennent des résidus de pesticides

Des ONG européennes ont enquêté sur les teneurs en pesticides du raisin issu de l’agriculture conventionnelle dans seize chaînes de grande distribution en Allemagne, France (2), Hollande, Hongrie et Italie . Elles ont découvert jusqu’à 64 pesticides différents sur les grappes vendues dans les supermarchés ! 99% des échantillons contenaient des résidus de pesticides, et 20% d’entre eux contenaient au moins les traces de dix pesticides différents, dont des produits interdits depuis plusieurs années. Côté français, une mention spéciale doit être accordé aux magasins Auchan et Intermarché, dont les échantillons contenaient en moyenne neuf pesticides différents ! Ceci dit, leurs collègues ne valent pas beaucoup mieux : la moyenne, en France, c’est 8,5 résidus de pesticides par échantillon de raisin. Il va sans dire que certains des pesticides retrouvés sur les grappes étudiées sont cancérigènes, neuro-toxiques et/ou perturbateurs endocriniens, qui interfèrent sur le système hormonal.

« Ces multiples expositions de toxiques sont particulièrement inquiétantes car elles exposent le consommateur à des cocktails de substances qui peuvent agir en synergie », alerte le Mouvement pour les droits des générations futures, qui a participé à l’enquête. D’autant que les cocktails de pesticides contenus par les raisins ne sont pas les seuls disponibles sur le marché. Tous les fruits et légumes non bio en contiennent, l’air que nous respirons aussi, ainsi que l’eau que nous buvons. Associés aux autres molécules de synthèse inventées et lâchées dans l’environnement par l’industrie chimique moderne depuis 60 ans (85 000 au total), ces pesticides donnent des cocktails encore plus détonants !

Face à cette situation, que font les élus ? L’objectif général du Grenelle, de réduire de 50% les pesticides en 10 ans n’a pas été remis en cause. Les députés se sont par ailleurs prononcés en faveur de la mise en place d’une évaluation toxicologique indépendante relative aux effets sur les abeilles de l’ensemble des substances chimiques. Les modalités de financement de ladite évaluation n’ont pas été précisées, mais reconnaissons que cela va dans le bon sens.

La proposition d’augmenter le crédit d’impôt en faveur de l’agriculture biologique dès 2009 a également été validée par les députés. Ensuite, cela se gâte. Un amendement précise en effet que ne seront retirées du marché que les substances pesticides les plus préoccupantes « en tenant compte des substances actives autorisées au niveau européen ». « La mesure de retrait des pesticides les plus préoccupants… n’aura aucun effet spécifique en France puisqu’on ne pourrait pas interdire au niveau français une substance autorisée au niveau européen ! » proteste le MDRGF. Il y a aussi cette perle qui prône « l’interdiction de l’épandage aérien de produits phyto-pharmaceutiques sauf dérogations. » Les députés ont, par ailleurs, supprimé l’article prévoyant d’augmenter la redevance sur les pesticides. Face à cette absence de protection, ajoutée à la menace de contamination des OGM, un nouveau label « Agriculture biologique » développé par des paysans et des associations de consommateurs devrait voir le jour en 2010.

(1) Risk Issues Executive Summary on Food Safety Fieldwork September - October 2005. Publication February 2006 – Sondage réalisé à la demande de la direction générale de la santé et de la protection des consommateurs et par l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire)
(2) En France : Aldi, Auchan, Carrefour, Intermarché, Lidl.

Mots-clés

traitement phytosanitaire, santé et environnement, agriculture et santé, financement de la recherche, agriculture biologique


, France

dossier

Filières durables : l’agriculture

Notes

Publié initialement par Basta! : www.bastamag.net/article494.html

En savoir plus :

A lire : Pesticides, révélations sur un scandale français, ouvrage de Fabrice Nicolino et François Veillerette, Fayard, 2007.

Source

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