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Changement climatique et agriculture en Inde : pistes d’adaptation

Centre for Education and Documentation

08 / 2010

En Inde on estime à 28% les émissions de gaz à effet de serre (GES) provenant de l’agriculture avec 78% du méthane et des émission d’oxyde nitrique provenant du secteur agricole.

Oxyde nitrique

L’oxyde nitrique, ou monoxyde d’azote, est émis principalement par le secteur des engrais. Chaque quintal d’azote utilisé dans l’agriculture émet 1,25 kg d’oxyde nitrique et environ la moitié de l’azote utilisé est perdu dans l’environnement. Le secteur des engrais consomme 1,2 % de l’énergie mondiale et est responsable d’environ 1,2 % du total des émissions de GES du monde. En Inde, l’industrie des engrais utilise 25% de gaz naturel, 18% de naptha et 14% de pétrole.

Méthane

Le méthane est un autre GES important qui est émis en grande quantité lors de la culture du riz. En Inde, 99,5 millions d’hectares sont sous culture de céréales et 42,3 millions d’hectares sous culture de riz. Il est cultivé de manière inondée et la préparation du sol pour les semences implique de créer des flaques d’eau ou bien de labourer quand le sol est humide pour détruire les agrégats et réduire le taux d’infiltration de l’eau. De telles conditions anaérobies entraînent l’émission de méthane, évaluée pour le riz en Inde à entre 2,4 et 6 Teragrammes, comparés aux 16 à 34 Tg au niveau mondial de culture du riz et 25,4 à 42 Tg d’émissions totales de méthane.

Incinération des résidus des cultures

L’incinération des résidus des cultures contribue grandement à l’émission de GES. Au Penjab, les résidus de culture de blé de 5.500 km² et de riz de 12.685 km² sont brûlés chaque année. Quatre tonnes de riz ou de blé produisent environ 6 tonnes de paille et chaque tonne de paille brûlée dégage 3 kg de particules de matière, 60 kg de CO, 1.460 kg de C02, 199 kg de cendres et 2 kg de SO2. Entre 32 et 76% du poids de la paille et entre 27 et 73 % d’azote sont perdus pendant l’incinération.

Irrigation

L’énergie utilisée pour les projets d’irrigation contribue aussi aux émissions de GES. En Andhra Pradesh, par exemple, des projets d’irrigation sont encouragés. D’ici 2012, 4,7 millions d’hectares de cet Etat devraient passer sous irrigation. Des moteurs de 7,5 CV seront utilisés pour 10 acres et 500.000 moteurs de ce type doivent être installés dans les 4 prochaines années. Cela demandera 2.775 mégawatt d’électricité. Les grands programmes d’irrigation ont besoin de 6.407 mégawatt. Afin de produire 1 mégawatt, il faut 40 millions de roupies pour créer les infrastructures produisant l’électricité et 45 millions de roupies pour la transmission et la distribution.

Bétail

Le secteur du bétail est un autre contributeur important à la production de GES. Mais cela est peu pertinent en Inde car les exploitations y sont de bien plus petites tailles que dans les pays occidentaux où les systèmes d’élevage du bétail ont une empreinte carbone très forte. En Inde, l’élevage est plus une activité créatrice de revenus pour les petits agriculteurs, en particulier dans les zones arides où ils possèdent entre 8 et 10 chèvres ou moutons et une ou deux vaches qui fournissent du fumier pour les petites exploitations.

Vers la diminution des émissions

Le Dr Malla Reddy de Accion Fraterna, une ONG travaillant dans le district d’Anantapur en Andhra Pradesh, affirme que le mode actuel d’agriculture qui contribue au changement climatique est un réel problème, en raison de l’usage intensif d’engrais chimiques, de pesticides chimiques et de machines. Ces dernières contribuent fortement au changement climatique car l’usage du tracteur implique non seulement d’utiliser du carburant pour le faire fonctionner mais aussi de grandes quantités d’énergie pour le construire.

Pourtant, peu a été fait pour trouver des alternatives à des pratiques qui entraînent de fortes émissions. La consommation et la production d’engrais en Inde augmente fortement. En 2006-07 elle a atteint 21 millions de tonnes de nutriments, soit 9 fois la quantité de 1970, tandis que la facture des subventions s’élève à 1.197 milliards de roupies cette même année, triplant par rapport à l’année précédente.

Les subventions et la pratique de l’agriculture chimique sont justifiées par le fait qu’il faut nourrir la population. Ainsi s’exprimait Shyam Saran, le principal négociateur de l’Inde sur le changement climatique lors d’un atelier national organisé par le Centre pour l’Agriculture Durable sur le changement climatique et l’agriculture ; « Concernant notre approche de l’agriculture durable, nous devons garder en tête la quantité d’aliments dont la population croissante de notre pays a besoin. Nous avons vu que la révolution verte a permis au pays d’atteindre l’auto-suffisance dans la production de céréales alimentaires. Le test sera de voir si le modèle proposé et discuté dans cet atelier peut faire aussi bien. »

En réponse à cela, Madame Neth Dano du Réseau du Tiers Monde a affirmé que le bilan de 293 études dans le monde, menées par des chercheurs de l’Université du Michigan et publiées dans le Journal of Renewable Agriculture and Food Systems en 2008, montre que l’agriculture biologique a une production 1,3 fois supérieure à l’agriculture conventionnelle pour les principales cultures comparées.

L’agriculture durable à l’ère du changement climatique

Les pratiques durables telles que l’agriculture biologique ou l’agriculture naturelle peuvent aider les paysans à s’adapter à un climat en évolution. Des systèmes d’agriculture intégrés fondés sur des ressources disponibles localement (arbres, bétail, eau) aident à atténuer les effets du changement climatique et améliorent la qualité de vie des paysans.

D’après l’organisation mondiale de l’alimentation (FAO) les fermes biologiques utilisent en moyenne 33 à 56% d’énergie en moins par hectare que l’agriculture conventionnelle. Elles réduisent la dépendance aux carburants fossiles.

La rotation des cultures et l’utilisation d’engrais biologiques (compost organique) peuvent augmenter la teneur en carbone des sols et aider à la séquestration du carbone. Les arbres intégrés aux exploitations aident à alimenter le bétail, à améliorer le contenu organique des sols et à diminuer le ruissellement des eaux de pluie. Le bétail, en particulier les espèces locales, améliorent le contenu organique des sols par le fumier, ils peuvent être nourris avec le foin (résidu des cultures), évitant ainsi de le brûler. Les résidus de culture utilisés comme biomasse recyclable deviennent du carbone organique. En mettant en place des projets de conservation des sols, en passant de la monoculture à la pluriculture en incluant les légumineuses, la rotation des cultures, la plantation d’arbres et le recueil des eaux de puies, nous pouvons réduire l’empreinte carbone de l’agriculture dans une large mesure.

Un mode de vie viable pour les agriculteurs

L’autre argument mis en avant par l’« establishment » est que les exploitations doivent être agrandies en termes de technologies et de taille pour être viables économiquement. Ce n’est qu’ainsi que l’agriculteur pourra gagner plus de son activité. En fait, toutes les subventions pour les intrants agricoles (semences, engrais, pesticide, électricité, irrigation) ont été justifiées sur la base de la sécurité alimentaire.

Il faut cependant préciser quel type d’agriculteurs l’on cherche à aider. En dehors des zones de Révolution verte comme le Penjab et l’Haryana, l’économie de l’agriculture est multidimensionnelle et si l’on ne prend pas cela en compte, on ne pourra jamais accepter que l’agriculture de subsistance ou réellement durable est une option. L’économie conventionnelle regarde les moyens de subsistance de manière unidimensionnelle où chaque foyer devrait avoir une activité économique qui suffirait à tous ses besoins. Or la réalité de l’agriculture paysanne est à l’opposé.

Nous avons une meilleur compréhension de cette situation en interviewant le Dr Sheshagiri Rao, un scientifique agricole et agriculteur en zone semi-aride. Selon lui, la petite et moyenne agriculture est une activité à temps partiel. Seulement 20 à 30 % du revenu de l’agriculteur sont issus de l’agriculture. Une grande partie provient de salaires ou de l’élevage de bétail (ruminants).

CED : Pourriez expliquer la complémentarité des économies ?

Sheshagiri Rao: Quand, jeune chercheur, nous avons choisi d’étudier cette région, nous nous sommes fondés uniquement sur la culture d’arachide, car 95% des terres agricoles sont sous cette culture, la variété TMV2, depuis 40 ans. Avec une telle culture nous pensions que le moyen de subsistance le plus important était l’arachide. Nous voulions faire des recherches sur l’arachide afin d’aider les agriculteurs. Après 8 années de recherches intensives et participatives, nous nous sommes rendus compte qu’ils n’étaient pas vraiment intéressés. Pas même 5% des résultats de nos recherches effectuées avec eux n’étaient adoptés. Car ils savent que la récolte d’arachide n’est pas assurée, elle dépend totalement de la distribution des précipitations. Ils ne se reposeront donc pas sur ça pour les revenus de la famille. L’arachide était comme une loterie pour eux. Nous avons alors élargi notre recherche à l’ensemble des moyens de subsistance et avons découvert deux choses : l’option la plus profitable et qui n’échoue jamais est l’élevage d’ovins. Les éleveurs de moutons et de chèvres n’ont jamais été pauvres. C’est donc la première option qui va avec l’agriculture. En termes de contribution aux revenus, elle génère autant que l’agriculture. Elle ne demande pratiquement aucun investissement car le pâturage est gratuit. Le paysan investit uniquement dans son travail. Les coûts de production étant bas, c’est une activité très profitable. La seconde plus grande source de revenus est les salaires et les revenus des migrants.

En termes d’économie rurale, les arbres représentent la troisième ressource la plus importante : tamariniers, manguiers, arbres fruitiers divers. Les propriétaires de ces arbres ne sont pas très efficaces pour gérer leur production. Donc la plupart des petits agriculteurs les louent à l’année et réalisent une bonne marge.

La quatrième activité est l’artisanat. La région en est riche, notamment parmi les populations tribales telles que les lambadas. Ils transforment les produits de la forêt autres que le bois, le genêt, le calcaire, etc.

Ce cas démontre qu’il est absurde de penser à la rémunération des agriculteurs ou à l’agriculture durable avec les mêmes paradigmes que l’industrie.

Conclusion

Dans l’idéal, les méthodes d’adaptation au changement climatique devraient coïncider avec des mesures d’atténuation des effets du changement climatique. Dans l’agriculture, les activités agricoles intégrées ou diversifiées le permettent. Les pratiques agricoles écologiques permettent de maximiser l’utilisation des ressources locales. Beaucoup de ces pratiques sont fondées sur des connaissances locales et visent à assurer la productivité biologique des sols. La gestion sans pesticide, organique, les banques de semences communautaires, le système d’intensification du riz, la gestion de l’humidité des sols, la localisation des marchés, etc. ont déjà montré leur efficacité et leur utilité en ce sens. Cela doit maintenant être reconnu officiellement et soutenu par le gouvernement.

Mots-clés

changement climatique, agriculture, agriculture biologique, agriculture durable, agriculture et environnement


, Inde

dossier

L’Inde et le changement climatique

Notes

Lire l’article original en anglais : Climate Change and Agriculture in India: Avenues for Mitigation

Traduction : Valérie FERNANDO

Lire également la fiche complémentaire Changement climatique et petits paysans en Inde

et le dossier du CED consacré à l’agriculture paysanne en Inde

Pour aller plus loin :

Source

Texte original

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