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La radio régionale de Kayes, un outil de communication au service des citadins et des ruraux de la première région du Mali

Anne FONTENEAU

10 / 1994

Ouverte le 22 septembre 1992, en même temps que celle de Mopti, la radio régionale de Kayes qui émet en FM, répond au souhait de l’ORTM (Office de Radiodiffusion et Télévision du Mali) de couvrir l’ensemble du territoire national. L’accord de coopération bilatérale entre la Chine et le Mali qui a permis cette première prévoit également de renouveler l’expérience à Sikasso, Ségou, Kidal et Gao. Employant sept personnes rémunérées par l’Etat, la radio régionale de Kayes émet de 6h45 à 10h, de 12h à 12h30, de 15h30 à 18h et de 20h3O à 23h. Outre la diffusion des informations nationales en français et des programmes musicaux, la station se caractérise par trois émissions en langues locales spécifiquement consacrées aux auditeurs de la pemière région, citadins de Kayes mais aussi ruraux des villages de brousse. Adama Coulibaly anime deux d’entre elles. La première s’intitule « Ce soir à l’ombre » et est diffusée le lundi et le jeudi de 16h30 à 18h. Adama s’est fixé pour objectif de lutter contre le chômage des jeunes en leur faisant découvrir le quotidien d’un artisan. Il s’est par exemple intéressé au cordonnier, en prouvant, par des enquêtes et des entretiens diffusés sur les ondes, que cette activité n’était plus réservée à une catégorie sociale bien particulière, que le travail du cuir s’apparentait à un art et qu’il pouvait permettre de gagner sa vie. Le deuxième programme dont est responsable Adama a pour titre « Baro » soit causerie en bambara. Là encore, Adama part avec son magnétophone sur le terrain, principalement à Kayes, rencontrer les jeunes réunis le soir, pour discuter entre eux. Adama leur offre la possibilité d’exprimer leurs aspirations, leurs problèmes et les aide à envisager des solutions possibles. Adama veut faire de ses animations radiophoniques un outil pour le développement socio-économique de la zone. Enfin, « Diekafo » ou « Parlons ensemble » est la troisième production propre à la radio régionale pour laquelle Cheick Omar Diawara, le collègue d’Adama a choisi une formule différente : convoquer tous les mercredis, le même groupe de personnes et les faire débattre sur un problème social (couple, famille…). Par ailleurs, la radio régionale est préoccupée de créer un lien privilégié avec son public. Ainsi des sorties en brousse ont lieu lorsque les moyens le permettent. Elles sont l’occasion de jeux de connaissance, dotés de prix, sur la santé et l’hygiène par exemple auxquels les villageois sont invités à prendre part. En studio, certains débats peuvent être organisés de façon à ce que les auditeurs interviennent par téléphone. Enfin, ceux-ci écrivent à la radio pour donner leur avis, exprimer des souhaits d’émissions ou viennent tout simplement visiter les locaux. D’autre part, la radio régionale de Kayes propose un service de communication en diffusant, moyennant paiement les avis de décès et les messages personnels (15OO et 1000 FCFA le passage à l’antenne soit 15 et 10 FF). Si les frais de fonctionnement de la station sont assumés par l’Etat, Adama Coulibaly déplore que la radio régionale n’ait pour budget propre que ces rentrées d’argent assez limitées. Des tentatives sont lancées en direction des commerçants afin de leur montrer comment faire de la publicité sur les ondes. Aux difficultés financières s’ajoute également le fait que la radio n’atteint pas tous les arrondissements (Kita, Diéma ne sont pas couverts). C’était pourtant là l’un de ses objectifs initiaux.

Mots-clés

chômage, communication, coopération internationale, milieu rural, participation populaire, radio, Etat et société civile, milieu urbain


, Mali

dossier

« On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt » : organisations sociales au Mali, un atout pour la décentralisation

Commentaire

Il apparaît évident que la radio régionale de Kayes répond à une réelle demande. Mais celle-ci est également satisfaite par la radio rurale de Kayes (RRK) lancée en 1988 grâce à la coopération italienne. Aujourd’hui gérée par un regroupement de teize associations de développement, la RRK est elle aussi confrontée à des problèmes d’argent qui limitent d’autant son action de communication en direction des paysans. Si la radio semble en Afrique un outil intéressant pour promouvoir le développement socio-économique, il est regrettable qu’une concurrence - que personne n’est en mesure d’assumer - soit préférée à une démarche favorisant une certaine rationalisation dans le déploiement des moyens et une synergie des actions. La radio régionale de Kayes jouit ainsi d’un équipement en locaux et matériel qu’elle est condamnée à sous utiliser par manque de possibilités financières.

Source

Entretien

FONTENEAU, Anne, COULIBALY, Adama

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