español   français   english   português

dph participe la coredem
fr.coredem.info

rechercher
...
dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Les messages graphiques que nous créons sont-ils adaptés et donc compris dans d’autres contextes culturels ?

Exemple d’une expérience d’éducation populaire en République Dominicaine et de la réflexion née d’une rencontre avec des indiens en Amérique du Nord

Tom ROBERTS

01 / 1994

1979. Suite au passage du cyclone "David" qui ravagea la République Dominicaine, l’équipe dont je faisais partie s’est implantée dans le village de Sabana Largua afin d’entreprendre, avec la population et en collaboration avec une ONG locale, des actions dites d’urgence. Un dispensaire fut ouvert à la population, des tournées médicales s’organisèrent dans les montagnes aux alentours. Nous nous sommes aussi penchés sur le rétablissement et l’approvisionnement en eau et la réparation des habitations endommagées.

Côté médical, la situation n’était pas vraiment désastreuse. Le médecin de l’équipe s’est rapidement rendu compte que l’essentiel de son travail n’était pas lié aux effets de la catastrophe, mais relevait plutôt d’un état propre aux régions tropicales. Autrement dit, ce n’était pas les effets du cyclone qui posaient problème, mais plutôt le phénomène du sous-développement... néanmoins, les effets du désastre s’y ajoutaient.

Les cas les plus fréquemment rencontrés étaient des dysenteries liées à la mauvaise qualité de l’eau. C’est une des raisons qui nous a poussé à nous intéresser à l’approvisionnement (captage d’une nouvelle source), tout en soignant les cas qui se présentaient et de montrer aux populations comment, à partir de l’eau de riz, il était possible de soigner des diarrhées simples.

Outre la transmission des informations par la parole, avec l’effet démultiplicateur grâce au système traditionnel du "bouche à oreille", il nous parut intéressant de réaliser une série d’affiches illustrant les techniques simples pour soigner des problèmes élémentaires.

Dans la réalisation de ces affiches il était nécessaire d’illustrer le fait que 1°)On se sente mal et 2°)on se sente bien (après traitement). Il parut donc normal de dessiner deux visages : le premier faisait une grimace et le second souriait. Les affiches ainsi réalisées nous paraissaient satisfaisantes.

Je ne m’étais jamais posé la question quant à l’efficacité de ces affiches jusqu’au jour, plusieurs années après, où je suis passé dans une réserve indienne aux Etats Unis. Les contacts que nous avions avec les habitants n’étaient que superficiels dans la mesure où nous étions plutôt perçus comme des "touristes de passage". Mais une chose nous frappa particulièrement : les indiens rencontrés nous paraissaient froids, indifférents... pas un sourire, pas l’ombre d’une expression d’accueil. A priori, dans nos esprits, la relation historique entre les indiens et les "hommes blancs" devait être à la base de cette relation.

Puis un peu plus tard, un ami qui connaissait plus les populations indiennes m’expliqua que ce n’était pas forcément là un signe de mépris ou de rancune : dans certaines tribus, montrer ses sentiments était tout simplement un signe d’impolitesse... Ce n’était pas correct de dévoiler ses états d’âme, sa joie ou son mépris à autrui, surtout lorsque celui-ci venait d’ailleurs.

Bref, le fait d’être "bien" ou "mal" ne pouvait en aucun cas se traduire par l’expression visuelle, le sourire ou la grimace.

En repensant aux affiches réalisées en République Dominicaine, je ne sais toujours pas quel fut leur impact... Mais une chose apparaît certaine : il existe d’autres lieux, d’autres situations, où j’aurais perdu mon temps.

Mots-clés

communication, développement culturel, culture populaire, identité culturelle, interdépendance culturelle, modèle culturel, éducation populaire, dimension culturelle du développement, système de représentation culturelle


, République Dominicaine, Etats-Unis

Commentaire

Tenter de faire passer des messages par l’outil graphique peut se révéler particulièrement intéressant dans bon nombre de cas, surtout lorsque l’on travaille avec une population à tradition orale. Mais le fossé qui sépare les différents contextes culturels peut se traduire par une incompréhension, ou une mauvaise interprétation des messages véhiculés. Cette compréhension doit donc être testée et contrôlée afin d’en déduire l’efficacité. La solution la plus simple reste néanmoins le travail en collaboration avec des graphistes ou artistes locaux.

Il est aussi nécessaire que les lois qui régissent la communication interculturelle ne se limitent pas à la dimension graphique mais régissent l’ensemble des actes de communication et doivent donc être pris en compte dans chaque forme de relation que nous pouvons être amenés à établir.

Source

Littérature grise

ROBERTS, Tom, AUI=Action d'Urgence Internationale

AUI (Action d’Urgence Internationale) - Terrasses Montcalm, 1401 rue Fontcouverte, 34070 Montpelllier, FRANCE - Tél 33 (0) 4 67 27 06 09 - fax 33 (0)4 67 27 03 59 - France - www.aui-ong.org - info (@) aui-ong.org

contact plan du site mentions légales