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Quand les paludiers de Guérande coopèrent avec leurs confrères béninois

Sophie NICK

02 / 1996

Pierre Mollo est formateur au CEMPAMA de Beg Meil (Bretagne), un centre de formation en aquaculture. Il suit également plusieurs projets de coopération maritime et est membre du conseil d’administration de l’association pour le développement des activités maritimes (CEASM).

"Alain Courtel, paludier à Guérande, voulant découvrir l’Afrique, se rend au Bénin, une copine ethnologue lui ayant dit qu’il pourrait y rencontrer des paludiers qui fabriquent du sel en chauffant la saumure dans des jarres. Là, on lui dit : "on a un problème, le gouvernement vient d’interdire de couper la mangrove qui nous servait à faire du sel". Il faut sauver la lagune car les poissons disparaissent peu à peu mais des villages entiers vivent du sel au Bénin. Alain leur a dit : "vous avez du sel, vous avez du vent, voilà comment on fait du sel à Guérande depuis 2000 ans". Il leur montre des photos et des cartes postales. Il y une quinzaine d’années, un projet de sel solaire s’est avéré un échec. C’était dans le cadre d’une coopération bilatérale entre la France et le Bénin. Les spécialistes français envoyés sur place ont creusé des salines de 10 hectares (comme les celles du sud de la France)dans un pays où les gens ne travaillent même pas avec des brouettes. C’était disproportionné, des milliards de francs ont été engloutis bêtement. A Guérande, ils font du sel dans des petits cristallisoirs de 5m². De retour en France, Alain téléphone à tous ses copains paludiers, il veut repartir. On lui dit : "Nous sommes derrière toi mais fais attention parce que s’il n’y a pas un petit peu d’argent, tu ne vas pas t’en remettre, tu seras efficace au Bénin, si tu es toujours paludier à Guérande..." En 1988, avec Geneviève Delbos, la copine ethnologue, Alain et trois autres paludiers nous partons au Bénin pour filmer cette aventure. Le film a des retombées importantes et nous permet d’obtenir des fonds. Alain n’a pas plus d’argent que le nécessaire, il en demande de moins en moins d’année en année. C’est souvent l’inverse mais il dit : "ça marche bien alors nous avons besoin de moins en moins d’argent. Nous n’avons pas d’argent à nous faire sur le dos de ces personnes".

Cette expérience a eu beaucoup d’impact sur Guérande. Une association a été créée, Univers-sel. Les Français ont commencé à s’intéresser à ce marais de Guérande qui exportait sa technologie. D’un seul coup, la France était exportatrice de technologie ancestrale. Ca ne s’était jamais vu. D’habitude, on exporte Ariane ou le TGV. Les paludiers de Guérande ont eu le grand prix de "la coopération au service de l’environnement" lors de l’Exposition Universelle. C’était une reconnaissance très importante. A mon avis, le Bénin a sauvé Guérande. Alain en était très soucieux : "qu’est-ce que je leur apporte, qu’est-ce qu’ils m’apportent ? Il faut que l’intérêt soit réciproque, sinon c’est douteux. Alain avait des comptes à rendre à ceux qui disaient : "c’est bien beau d’aller au Bénin, mais nous, qu’est-ce que ça nous apporte ?" Tout le monde fonctionne de façon bénévole mais chacun y voit son intérêt. Pour moi, au niveau audio-visuel, ça a été une chance extraordinaire. Ca m’a donné les moyens de m’exprimer dans un pays difficile et j’ai appris énormément. Je ne filme plus comme avant.

La coopération, pour moi, c’est pas une histoire d’argent. C’est d’abord une histoire d’amitié ou d’amour. On peut donner un coup de main mais, rapidement, il faut que ce soit une coopération Sud-Sud et non Nord-Sud. Les paludiers béninois sont actuellement au Niger pour apprendre aux paludiers de ce pays à faire du sel solaire. Trois Béninois vont venir à Beg Meil pour apprendre l’aquaculture.

Cette coopération a réussi parce que, pour une fois, ce ne sont pas des ingénieurs agronomes qui sont allés en Afrique, c’était un paludier qui n’avait aucune notion de la coopération internationale mais qui connaissait bien son métier. Quand il en a eu besoin, il n’a pas hésité à faire venir ses collègues plus spécialistes que lui. Quand ils sont arrivés là-bas, ils ont parlé avec leurs mains, avec leurs yeux et leurs mots. "Le sel, c’est le fils du soleil et du vent", c’est pas une phrase africaine mais les Béninois ont compris ce langage très imagé. Ils avaient le vocabulaire adapté à la nature. Je crois que la communication était très forte entre eux."

Mots-clés

coopération décentralisée, mer, dialogue interculturel


, Bénin, France

Commentaire

Alain Courtel a su, à chaque fois créer une équipe où chacun avait son rôle. Cette expérience de coopération décentralisée est une réussite parce qu’elle a généré une relation équilibrée où tous les partenaires y trouvaient un intérêt.

Notes

Entretien réalisé par Sophie Nick au CEMPAMA, à Beg Meil (Bretagne)dans le cadre du CEASM.

Adresse du CEMPAMA: Beg Meil, 29510 Fouesnant, France.

Entretien avec MOLLO, Pierre

Source

Entretien

CEASM (Association pour le Développement des Activités Maritimes) - Le CEASM a arrêté ses activités en 2001. - France

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