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Construction et mise en route d’un magasin communautaire de stockage du maïs dans un village des Andes équatoriennes

Nadia CHALABI

08 / 1996

Dans le cadre du programme ANDES, qui vise l’amélioration alimentaire des populations rurales équatoriennes (1), a été abordé, en 1993, le problème du stockage du maïs dur du village de San Vicente. Ce maïs est destiné à la vente, après un très court stockage réalisé au niveau de chaque exploitation. Deux difficultés se présentent : les pertes par les prédateurs (charançons...)et la négociation des conditions de vente aux intermédiaires. Ces derniers achètent le maïs à bas prix au moment de la récolte quand les paysans ont besoin d’argent, voire octroient avant récolte des prêts à taux élevés. De nombreuses discussions amenèrent la Communauté à créer un centre de stockage du maïs, associé à une organisation permettant une collecte et une vente collective./La construction du centre/Le magasin est une construction en béton avec une dalle en ciment de 152 m². Sa contenance dépasse 100 t. ensacs ou 350 t. en vrac. Sol et murs permettent une isolation contre l’humidité, et des entrées fermées s’opposent à l’intrusion d’insectes. Une fois le maïs stocké, il est pulvérisé au Gastoxin (phosphore d’aluminium)qui détruit larves et insectes prédateurs. /Un étudiant en thèse du département d’ingénierie populaire de l’UNC (1)a posé un diagnostic, suivi les travaux et apporté les suggestions nécessaires durant la construction. Celle-ci a été effectuée par des mingas, ou travaux collectifs, depuis l’aplanissement du terrain jusqu’à la pose des fenêtres et portes. Cela représente environ 70 mingas d’une journée avec une participation moyenne de 15 agriculteurs et d’animaux de trait à chaque séance. LePrésident de la communauté, bien que contesté par certaines familles, a joué un rôle décisif en organisant chaque fin de semaine des réunions avec l’ensemble du village pour évaluer les actions réalisées et préparer les prochaines mingas. L’ampleur des travaux a entraîné des périodes de découragement parmi la population. Le principal motif d’inquiétude a été le coût des travaux. C’est grâce aux visites régulières et constantes des responsables du projet aux familles, ainsi qu’à l’organisation de fêtes pour obtenir des fonds, et l’obtention d’aides d’autres institutions (l’armée, la paroisse, notamment par le prêt de véhicules), que la population a été remotivée et que cet obstacle a été surmonté./Le système associatif/Il a été mis en place après de nombreuses assemblées générales et l’étude de fonctionnement réalisée par un futur ingénieur de la Faculté des sciences agricoles. Il permet une commercialisation aussi bien collective qu’individuelle, afin de respecter les souhaits des différents producteurs. Il se concrétise au sein du CEPROACOM : Centre artisanal de l’Agroindustrie du Maïs, Approvisionnement et Commercialisation. Regroupant initialement 17 personnes de la communauté, le cadre juridique est tel qu’il favorise l’adhésion de nouveaux membres : "Les aspirants-membres faisant partie de la communauté et ayant participé aux travaux ont les mêmes droits et obligations que les membres fondateurs...[les autres]doivent régler une somme équivalent à cinquantes journées de salaire (cinquantes mingas)..." Le coût des démarches pour obtenir la reconnaissance des statuts par le Ministère de l’Industrie du Commerce, de l’Intégration et de la Pêche, ont été pris en charge par ANDES et la communauté. Le responsable de ANDES pour la région, le représentant du CETAP (2), un assesseur juridique et l’Institut Juan César Garcia (1)sont membres honoraires./Le démarrage de l’activité/Le financement nécessaire au démarrage de l’activité devait être permis par un prêt des Coopératives d’Epargne et de Crédit de la région et de la Banque Nationale de Développement. Mais ces dernières reportaient à octobre la date d’octroi du prêt, alors que c’est vers juin que les petits producteurs commencent à vendre prématurément leur maïs afin d’obtenir des liquidités. L’Institut Juan Garcia a donc accordé un prêt de dix millions de sucres remboursables au bout de six mois. Les activités ont débuté en juillet 1994. Un villageois a été recruté pour travailler à la réception et au stockage des grains. En août, le stock était complet et représentait un capital d’environ 12 millions de sucres (soit 6000 $US). Attendre une époque favorable pour engager la vente est devenu possible....

Mots-clés

alimentation, développement rural, système coopératif, coopérative agricole, création d’entreprise, statut juridique, commercialisation, accès au crédit, coopérative d’épargne et de crédit, banque, financement alternatif, leader, accès au marché, organisation communautaire, stockage agricole, protection des récoltes, maïs, université


, Équateur

Commentaire

Si, dans ce cas, le stockage et la vente collective ont permis aux paysans de s’affranchir des intermédiaires, attention toutefois à ne pas généraliser cette expérience sans une étude préalable du système de commercialisation de la région. On constate en effet que les intermédiaires n’ont pas seulement pour fonction d’assurer la collecte et l’écoulement des produits ; ils interviennent en tant que prêteurs pour des individus ne pouvant être crédités par les banques. Se "passer" des intermédiaires implique alors la mise en place d’un système de crédit alternatif. Ceci suppose souvent la création d’une organisation collective, mais cette dernière ne doit pas être réalisée uniquement à cette intention, car ce n’est pas un motif de cohésion suffisant pour des agriculteurs qui auront à affronter d’autres difficultés (gestion collective, prise en charge de la commercialisation ...). Il convient également de ne pas sous-estimer les coûts de distribution : les grossistes sont équipés pour transporter et vendre en quantité ; les paysans devenus commerçants devront également investir dans ce sens...

Notes

(1)ANDES= Alimentación, Nutrición y Desarrollo (Alimentation, Nutrition et Développement)

Principauxpartenaires du projet :

- Facultés des Sciences médicales et des Sciences agronomiques de l’Université Centrale de Quito (UNC), EQUATEUR

- Instituto Juan César Garcia(spécialisé en sciences sociales et de la santé), Casilla postal 17-11-6292, Quito, EQUATEUR/Tel 593 (2)455 797 Fax 593 (2)464 412 E-mail : admin@ijuga.ecx.ec

- CIE=Centre International de l’Enfance, Château de Longchamp, 75016 Paris, FRANCE/Tel (33)1 44 30 20 00 Fax (33)145 25 73 67

(2)Centre d’Etudes de Technologie Appropriée en Post-Récolte, Faculté des sciences agronomiques, Université de Quito. EQUATEUR.

Source

Articles et dossiers

VASQUEZ, Javier, Alimentation, nutrition, développement en Equateur. des micro-entreprises : du silo familial ... au magasin de stockage, CIE in. L'enfant en milieu tropical, 1995 (france), 200-221

ALTERSYAL (Alternatives Technologiques et Recherche en Systèmes Alimentaires) - Coronado, San José, COSTA RICA c/o CIRAD-SAR, 73 rue J.F.Breton - BP 5035- 34032 Montpellier cedex 1. FRANCE - Tél. 04 67 61 57 01 - Fax 04 67 61 12 23

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