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L’association pour l’entraide et le développement -AED- au Mali

Aider les femmes à s’organiser pour mieux produire

Birama SISSOKO

07 / 1995

En 1988 est née, au Mali, l’Association pour l’Entraide et le Développement (AED).

Organisation non gouvernementale animée essentiellement par des femmes, cette association développe entre des groupements de femmes un système de partenariat basée sur l’entraide.

L’association est formée d’une cinquantaine de groupements féminins répartie dans les régions de Bamako, Ségou, Koulikoro et Sikasso, soit au total plus de 1800 femmes. L’AED organise, supervise, finance les actions de ces groupements. Elle a fédéré des groupements déjà structurés mais aussi a permis l’émergence de nouveaux groupes ou coopératives. L’AED a fait suite au projet « Femmes et développement » financé par le Service Quaker Américain et soutenu à l’époque par l’Union Nationale des Femmes (UNFM, organisation proche du pouvoir à parti unique de Moussa Traoré). Lorsque ce projet est arrivé à terme en 1987, certains de ses salariés maliens ont vu la nécessité de poursuivre l’oeuvre, et se sont constitués en ONG nationale.

Le principe de l’association est « de valoriser l’expérience des femmes, les organiser, en vue de générer des ressources » explique Massita Dagnon, secrétaire administrative de l’AED. En effet, toutes les activités menées doivent être génératrices de revenus : maraîchage, activités artisanales, restauration,…

Deux bureaux dirigent l’association : le bureau exécutif, formé de techniciennes salariées, et le bureau statutaire, formé de représentantes des groupements. L’AED compte une vingtaine de salariés. Les décisions à prendre sont d’abord identifiées par le bureau exécutif, puis font l’objet de discussions avec le bureau statutaire, avant d’être adoptées en assemblée générale. « Tout est fait avec la participation active des groupements. C’est eux qui décident de la bonne marche de l’association. » dit la secrétaire administrative.

Le rôle de l’AED est d’appuyer les différents groupements qui la composent, notamment par le biais de conseil et de formation en gestion, marketing, comptabilité, alphabétisation.

Les cotisations de chacune des membres alimentent un fonds qui permet de garantir l’entraide entre les groupements. La cotisation annuelle de 500 FCFA (soit 5 FF) est obligatoire pour tous les membres. Cela constitue le fonds de base de l’association, qui bénéficie parallèlement de subventions ponctuelles provenant de divers organismes étrangers. L’argent des cotisations permet le démarrage d’activités productives des groupements par l’acquisition de matériel et fournitures.

L’AED comprend des structures de production (ateliers artisanaux, groupements maraîchers,…) et une structure purement commerciale.

Nieleni, par exemple, est un des groupements les plus originaux affiliés à l’AED. Cet atelier qui compte actuellement une centaine de femmes se situe à Ségou (2ème ville du Mali). Il s’est spécialisé dans la fabrication de tapis noués, et ne connaît pas de concurrence sur le marché malien. Niéléni (littéralement « femmes braves et courageuses ») produit 12 à 13 tapis par mois, ce qui procure à chacune un revenu mensuel honorable d’environ 25 000 FCFA. L’AED a joué un rôle très important dans la réussite de Niéléni. « Elle a cherché et trouvé les financements de départ, construit l’atelier et a offert le matériel de travail » explique Massitan Dagnon. L’AED a formé la plupart des coopératrices de Nieleni ; grâce à l’AED, ces tapissières sont presque toutes alphabétisées, et beaucoup d’entre elles maîtrisent les techniques de base de gestion. Pour pallier les difficultés d’écoulement de Niéléni mais aussi d’autres ateliers éloignés de la capitale, L’AED appuie une structure commerciale : La Paysanne, située à Bamako. Les tapis de Niéléni sont donc proposés aux clients potentiels (touristes surtout) dans la boutique bamakoise de « La paysanne ». L’AED fournit aux membres de la Paysanne un appui conséquent dans le domaine de la formation en gestion et en marketing.

Comme on peut le voir, l’AED intervient à différents niveaux, auprès des coopératives féminines. Elle assure une interaction entre des structures de production et de commercialisation et sert de relais entre des ONG étrangères et les groupements qu’elle fédère.

Mots-clés

femme, organisation de femmes, organisation populaire, coopérative de production, artisanat, commercialisation, milieu rural, promotion des femmes


, Mali

dossier

« On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt » : organisations sociales au Mali, un atout pour la décentralisation

Commentaire

L’apport des femmes au développement économique du Mali est faible. Pourtant, leurs potentialités dans le secteur économique sont énormes. L’AED permet à un nombre important de femmes (près de 2000) de développer ce potentiel, en aidant des structures informelles à s’organiser et à suivre des objectifs de rentabilité.

En aidant les femmes à s’organiser pour mieux produire, l’AED améliore l’image de la femme malienne. Comme le dit une des responsables de Niéléni « les femmes membres de l’AED produisent une image dynamique de la femme active, ce qui contraste avec l’attitude passive de la plupart des femmes en milieu urbain, s’adonnant à du commerce insignifiant : arachides, condiments, ou qui attendent que tout vienne du mari ».

En général, les activités féminines sont peu ou mal organisées, surtout en milieu rural. L’AED montre l’exemple d’une bonne organisation du travail, ce qui améliore la productivité, et l’autonomie des femmes.

En aidant les femmes à s’organiser localement pour mieux produire, l’AED contribue à lutter contre l’exode rural. En effet, au lieu de quitter le village pour gagner de l’argent en ville, les femmes créent chez elles des emplois rémunérateurs. Par ce biais, l’AED participe déjà au processus de décentralisation enclenché aujourd’hui dans le pays.

Outre son intérêt économique, l’AED constitue un exemple réussi d’autonomisation d’un projet soutenu exclusivement par l’aide extérieure. Même si l’AED bénéficie ponctuellement de subventions, ce sont les cotisations de ses membres qui constituent sa base financière. Dès sa création, l’association a eu beaucoup de succès auprès des femmes, ce qui explique le nombre important de cotisations. D’ailleurs pour ne pas se laisser déborder l’AED ne prend plus de nouvelles adhésions depuis 1991, préférant concentrer ses actions auprès des groupements déjà affiliés plutôt que d’en générer de nouveaux.

Notes

Cette fiche a été réalisée sur la base d’une enquête effectuée entre 1994 et 1995. L’ensemble dans lequel elle s’inscrit a fait l’objet par la suite d’une publication séparée, sous le titre : On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt : organisations sociales au Mali, un apport pour la décentralisation, FPH; Centre Djoliba, juillet 1996. S’adresser à la Librairie Fph, 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris.

Source

Enquête ; Présentation d’organisme

Centre Djoliba - BP 298, Bamako. MALI. Tél. : (223) 222 83 32 - Fax : (223) 222 46 50 - Mali - centredjoliba (@) afribone.net.ml

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