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Syndicat et Coopérative des bouchers de Bamako

Un devoir de survie économique et sociale

Birama SISSOKO, Marie Laure DE NORAY

08 / 1995

Le syndicat et la coopérative des bouchers sont des structures socioprofessionnelles et économiques créée en janvier 1991 pour les bouchers du District de Bamako.

Ces deux structures sont animées par les mêmes membres. Le syndicat a pour objectif la défense des intérêts matériels et moraux, alors que la coopérative a pour vocation d’assister économiquement les professionnels de la viande.

Auparavant, sur les marchés de Bamako, il arrivait que des chefs bouchers et leurs adjoints se regroupent pour résoudre certains de leurs problèmes, mais de façon informelle. « Il n’y avait pas de syndicat, mais des regroupements de bouchers, en sorte des associations d’entraide, ne menant aucune action sur le plan de la défense de ses militants. C’était plutôt des tontines (mini-caisses d’épargne et de crédit) » expliquent MM. Tabsirou Maïga et Zoumana Sarré, respectivement directeur de la Division des Etudes Socio-Economiques de l’OMBEVI, office malien du bétail et de la viande, et Secrétaire de la coopérative.

En fait, la coopérative existe depuis 1972 mais n’a pas eu d’existence juridique (statut et règlement intérieur) pendant près de 20 ans. De plus, elle n’était pas opérationnelle. Les bouchers ne savaient presque rien d’elle. C’est en 1991 que les bouchers se sont regroupés pour mettre en place de vraies institutions dynamiques et efficaces. Pour être membre du Syndicat, le boucher doit prendre une carte d’adhérent, dont le prix est fixé à 500 Fcfa (5 FF), et accepter le principe de payer une taxe de 50Fcfa par bovin abattu, et 10 Fcfa par ovin ou caprin. Pour être coopérateur, le boucher doit consentir au prélèvement des abats lors de chaque abattage. Ces abats sont vendus directement par la coopérative qui récupère les gains pour son fonctionnement. Cette taxe en nature tient lieu de cotisation.

Sur tous les marchés du district de Bamako on peut trouver un représentant de chacune de ces structures. Ils sont chargés d’informer leur siège (situé au marché du centre ville) de divers problèmes concernant les bouchers-membres de leur localité tels que maladie, accident, démêlé administratif.

Le syndicat est devenu l’interlocuteur de l’administration, et se positionne comme l’intermédiaire entre les bouchers et les services publics. « Toutes les fois que les intérêts des bouchers sont menacés, le syndicat interpelle l’administration. Réciproquement, chaque fois qu’il y a un problème, une décision à prendre au niveau des bouchers, l’administration informe le syndicat qui répercute la décision au niveau de la base » explique M. Maïga. En février 1994, par exemple, l’administration a fait appel au syndicat pour résoudre l’approvisionnement de la ville de Bamako en viande. Le kilogramme de viande était passé de 700 Fcfa à 1 000 Fcfa. Le recours du syndicat au Ministère des Finances a fait abaisser le prix à 850 Fcfa le kilogramme. De plus, le décret ministériel qui taxait les viandes « foraines » a été modifié par le syndicat. Le qualificatif « foraine » signifie que la viande ne provient pas de Bamako mais de ses environs (donc hors abattoir, mais néanmoins sous contrôle vétérinaire). A la demande du syndicat, l’Etat avait décrété l’augmentation de la taxe sur la viande foraine, passant alors de 15Fcfa à 50 Fcfa. Mais cette hausse étant jugée trop brutale par les bouchers, le syndicat a fait de nouveau pression pour l’abaisser à un niveau plus raisonnable : 30 Fcfa.

L’abattage clandestin constitue un manque à gagner pour la profession. Le syndicat a donc entrepris des actions concrètes pour enrayer ce mal. Ainsi au cours de l’année 1993-1994, il a offert deux bons de 600 litres d’essence au service chargé de la répression de l’abattage clandestin de la Direction Régionale de l’Elevage, afin que les agents puissent patrouiller plus régulièrement. Depuis 1994, il cède systématiquement à ce service la taxe qu’il perçoit sur la viande saisie provenant d’abattage clandestin.

Il arrive souvent que le syndicat donne des informations au service de répression, lui permettant ainsi de localiser les abattages clandestins. On voit là une collaboration efficace entre le service public et l’organisation professionnelle.

Le syndicat prend en charge certains problèmes individuels de ses membres. Il fait libérer le boucher de la police ou de la prison quand ce dernier a des problèmes de paiement avec son fournisseur en bétail, en s’engageant à régler la dette. Chaque fois qu’un boucher-membre subit un accident, une maladie grave, ou décède, le syndicat octroie une somme de 25 000 Fcfa à lui ou à sa famille. Il en est de même pour sa famille proche. On voit que le syndicat des bouchers a véritablement une vocation sociale.

La coopérative, quant à elle, apporte un soutien économique à ses adhérents. Grâce à son activité commerciale, elle disposait, fin 1993, d’un fonds de 11 000 000 Fcfa. Outre la commercialisation des abats, la coopérative gère les transactions autour des peaux et cuirs, entre ses membres et les acheteurs, généralement exportateurs. Avant l’intervention de la coopérative, la peau bovine se vendait entre 400 et 500 Fcfa, les acheteurs ayant eux-mêmes fixés le prix, selon la loi du marché… Ce prix a été réévalué à 1000 Fcfa, grâce à la coopérative qui se charge désormais de la commercialisation.

En 1994, un acheteur de peaux et cuirs a versé à la coopérative une avance de 10 millions de Fcfa pour être ravitaillé régulièrement en peaux. La somme répartie entre les coopérateurs fut remboursée en peaux bovines. Cet exemple prouve bel et bien que la coopérative a acquis une grande crédibilité dans les milieux professionnels.

D’ailleurs, grâce à cette crédibilité, la coopérative a négocié et obtenu pour ses membres des prêts publics, du fonds de relance pour l’embouche (fonds géré par le Ministère du Développement Rural en 1991). Les prêts octroyés en 1992 et 1993, d’un montant respectif de 12 500 000 Fcfa et de 25 000 000 Fcfa ont été remboursés en 3 et 4 mois.

Suite à la dévaluation du Franc CFA survenue en janvier 1994, la coopérative a réparti la somme de 10 000 000 Fcfa entre 71 membres. Le choix aléatoire des bénéficiaires de cette aide a soulevé quelques critiques au sein de la structure, mais l’idée partait cependant d’une bonne intention.

Mots-clés

organisation syndicale, organisation socioprofessionnelle, coopérative


, Mali

dossier

« On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt » : organisations sociales au Mali, un atout pour la décentralisation

Commentaire

Pour M. Tabsirou Maïga, de l’OMBEVI « les associations (syndicat et coopérative) sont pour nous, des modèles de réussite dans la profession. Ces modèles, c’est ce que nous tentons d’implanter au niveau de toutes les régions ». Et au Dr Kané (Chef du service de répression de l’abattage clandestin) de rajouter « Vu l’impact du syndicat des bouchers du district de Bamako, un syndicat national serait le bienvenu ».

Notes

Cette fiche a été réalisée sur la base d’une enquête effectuée en 1995. L’ensemble dans lequel elle s’inscrit a fait l’objet par la suite d’une publication séparée, sous le titre : On ne ramasse pas une pierre avec un seul doigt : organisations sociales au Mali, un apport pour la décentralisation, FPH; Centre Djoliba, juillet 1996. S’adresser à la Librairie Fph, 38 rue Saint-Sabin, 75011 Paris.

Source

Enquête ; Présentation d’organisme

Centre Djoliba - BP 298, Bamako. MALI. Tél. : (223) 222 83 32 - Fax : (223) 222 46 50 - Mali - centredjoliba (@) afribone.net.ml

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