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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Le partenariat : interagir pour l’interculturel

Anis GANDEEL

06 / 1997

«Je ne comprends toujours pas pourquoi tu insistes sur le fait de ne pas employer la méthode de la punition/récompense avec les enfants ! Regarde- les : ils sont devenus insolents, indisciplinés et incontrôlables. C’est du laisser-aller ça, ce n’est pas de la pédagogie. Un enfant, à sa naissance, c’est une feuille blanche, un être angélique mais ici à huit - douze ans c’est un agité, un violent et un agressif. Cette méthode est donc la bonne pour corriger son comportement et bien l’éduquer. Enfin si Allah lui-même, pratique ce système avec le paradis et l’enfer, cela signifie que c’est le meilleur car Allah ne peut pas se tromper, c’est lui la vérité absolue et toi, tu veux faire le contraire !» m’a dit une nouvelle animatrice du centre d’animation pour enfants à Khanyounis, ce jour du mois de mai 1994, alors qu’elle venait de chasser un enfant hors de la salle de dessin car il avait déchiré le dessin d’un autre enfant. -"Mais, dis-moi, pourquoi tu es ici ? Je veux dire : pourquoi tu as choisi ce métier d’animatrice ?", lui ai-je dit. -"Tu sais, à l’origine, je suis institutrice mais ici et avec le chômage qui existe, je n’ai pas trouvé d’emploi, alors je travaille ici en attendant qu’un jour, peut-être, je trouve un emploi stable dans une école publique ou privée où je pourrai enfin exercer mon vrai métier d’institutrice. Là-bas au moins, on ne viendra pas m’embêter avec la pédagogie moderne, car à l’école les choses se passent différemment !". Et elle a ajouté : " mais dis-moi pourquoi toi le Palestinien, l’arabe et le musulman tu veux qu’on adhère à ces méthodes et principes qui nous viennent de l’Occident et qui sont complètement étrangères à nous et à notre société et culture ? Mais avant cela pourquoi ERM est ici ? Est-ce que nous aider est un prétexte pour faire autre chose ? Est-ce que c’est vrai ce qu’on raconte ici et là qu’ils ne sont que l’avant-garde du mouvement sioniste et impérialiste international et qu’ils ne sont ici que pour nous observer et nous détruire de l’intérieur ? Regarde bien ce qu’ils nous demandent de faire : jouer et faire jouer les enfants, les jeux à la ludothèque, les jeux extérieurs, les cours de rattrapage scolaire avec des jeux ? Pas de cours comme à l’école, seulement des activités... Un enfant qui ne joue pas est un enfant qui meurt vous dites, moi c’est plutôt au contraire que je crois."

Ses propos m’ont laissé perplexe. A l’époque j’étais encore traducteur- interprète et assistant de formateurs au sien de l’équipe ERM. Je ne faisais que répéter le discours de mes collègues. Là, la situation devenait difficile à supporter, sur tout que, et de plus en plus je faisais face à des mots et des concepts qui me poussaient à rentrer dans un dilemme infernal : le savoir- être, la formation-action, l’action sociale-outil pour la transformation , les projets : d’activité, d’animation, d’intervention, pédagogique, éducatif, sociaux, politiques et enfin le numéro spécial : Le Projet de société... Et je me suis mis à me poser des questions ! Pourquoi ERM est ici, en Palestine ? Sont- ils porteurs d’un projet quelconque ? C’est quoi leur projet ? Pourquoi le partenariat comme méthode et stratégie d’action ? Est-ce vrai ce qu’a dit l’animatrice ? Les partenaires palestiniens connaissent- ils le projet et les objectifs d’ERM ?

Une réflexion profonde et une recherche approfondie pour tenter de répondre à ces questions m’ont permis de faire le constat suivant : la société palestinienne, faisant partie de la société arabo-musulmane est une culture marquée par l’oral, assez traditionnelle, vu le contexte socio- politique dans lequel elle vit et historiquement occidentophobe... Les partenaires palestiniens ont bel et bien un projet politique et social qui, et malgré le fait qu’il ne soit pas écrit, vise à agir face à une situation de décadence. Ils acceptent donc les propos et le discours des partenaires internationaux qui apportent les fonds et la technique. Cependant, ils n’évoquent en rien leur projet de société.

Les partenaires internationaux ont par nature une vocation universelle, des choix définis et un projet de société humaine : le dialogue, l’échange, l’interculturel, l’ouverture, l’agir avec mais surtout l’agir sur le palliatif et le préventif. Ils visent à amener les partenaires locaux à s’approprier un projet et un choix qui garantissent la pérennisation de leur action.

Le partenariat long de trois ans, le travail en commun dans les plus petits détails, la stratégie de prise de relais, la formation sur le tas et le terrain à long terme, l’échange, l’analyse, le questionnement et la mise en cause de façon continue, le dialogue... sont vraiment des outils et des méthodes de responsabilisation qui relèvent d’un seul souci : accompagner les partenaires dans leur propre transformation afin qu’ils soient à même non seulement d’assurer la gestion du projet mais de se l’approprier, d’en saisir le sens et de le défendre.

J’ai commencé par adhérer à ces principes, car je les ai trouvés valables pour toute société, pour toute action sociale. Ensuite, je me suis résolu à les respecter et les défendre.

Les partenaires palestiniens ont eux aussi subi une transformation profonde, car deux ans plus tard, et lors d’un discours prononcé par la directrice des programmes de l’association Culture et pensée libre (ce nom a été donné à l’association par les partenaires palestiniens qui se sont unis en une association), à l’occasion d’une fête organisée par le centre d’animation pour enfants, j’ai entendu la phrase suivante : « Nos enfants palestiniens, ont, durant les années de l’Intifada, abandonné leurs écoles et leurs loisirs pour participer à la lutte contre l’agresseur israélien et pour la libération de notre pays. N’est - il pas temps aujourd’hui qu’ils retrouvent leur enfance, leurs jeux et leurs loisirs? On dit qu’un enfant qui ne joue pas est un enfant qui meurt. Moi, je dirais : un enfant qui ne joue pas est un enfant qui fait partie d’une société condamnée à mourir."

Mots-clés

interdépendance culturelle, éducation, enseignant


, Palestine

Notes

L’auteur a d’abord été traducteur-interprète pour l’équipe ERM à Gaza, avant de devenir l’un des formateurs palestiniens.

Source

Texte original

ERM (Enfants Réfugiés du Monde) - 34 rue Gaston Lauriau, 93512 Montreuil cedex, FRANCE - Tél. : 33 (0)1 48 59 60 29 - France - erm (@) erm.asso.fr

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