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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Des crèches en plein désert

Une action d’ERM dans les camps de réfugiés sahraouis

Carole NARBEY

06 / 1997

Depuis six ans, mes nombreux voyages dans les camps de réfugiés sahraouis m’ont amenée à voir évoluer les enfants et en particulier les plus jeunes.La première image d’un camp sahraoui, c’est le désert à perte de vue et quand le 4x4 s’approche, c’est la vie qui surgit, ce sont les enfants qui courent autour des tentes ou qui sortent de l’école avec vacarme ou encore ces femmes qui vont chercher l’eau au puits ou à la citerne avec le petit dernier enveloppé dans leur voile coloré.

Relégué au second plan par la communauté internationale et les médias, ce petit peuple en totale rupture avec sa tradition nomade a du s’adapter à la dure réalité des camps de réfugiés et tente non seulement de survivre mais aussi ne cesse de se battre pour que son identité soit reconnue et que son pays lui soit rendu.

La population est composée en majorité de femmes et d’enfants.Ces derniers, par rapport à la plupart des enfants réfugiés dans le monde, ont un vécu différent car aucun n’a connu la violence et les traumatismes directs de la guerre. Seuls les adultes gardent en mémoire les souffrances de l’exode. Les enfants qui ont grandi dans les camps n’ont pas perdu leurs points de repère car ils s’en sont construits des différents de leur aînés. A toutes les étapes de sa vie, l’enfant dans la société sahraouie tient une place importante. Parce qu’il représente l’avenir et l’espérance d’un peuple, l’enfant est protégé par tous, parents, famille, communauté et autorités politiques: tous les enfants sont scolarisés, ils participent aux travaux ménagers, à la corvée de l’eau, à la distribution de nourriture aux chèvres mais ici rien de comparable avec beaucoup d’autres enfants des pays en voie de développement. Aucun ne travaille dans les ateliers, pas d’enrôlement militaire précoce, pas de prostitution enfantine.

On leur parlera simplement de l’histoire de leur pays, de la lutte de leur peuple et du retour au Sahara Occidental. La seule obligation des enfants est d’aller à l’école ou à la crèche et de vivre le mieux possible leur statut d’enfant.

L’éducation préscolaire dans la société sahraouie se trouve au carrefour de plusieurs confluences. Comme dans la plupart des sociétés traditionnelles pré-industrielles, l’éducation du petit enfant se faisait à la maison. Les moments importants, naissance, premiers mois de la vie étaient contrôlés par les femmes âgées et expérimentées. La mère dont c’était le premier rôle social, assurait l’éducation de l’enfant.

Les transformations récentes qui ont affecté toute la société, la colonisation mais surtout la guerre et l’exil ont perturbé les références éducatives et ont favorisé l’émergence de centres d’accueil pour les jeunes enfants dans les camps.

C’est à partir de 1981 que des crèches se sont ouvertes dans les principales institutions, administrations, écoles primaires, hôpitaux, où les femmes participent à la gestion des camps sur le plan administratif, social, éducatif, sanitaire et productif.

Dans un tel cadre, ERM mène depuis 1988 des actions de formation et de recyclage des femmes qui travaillent dans les crèches, a équipé une cinquantaine de petites crèches en matériel éducatif et a construit une crèche pilote qui sert de référence pédagogique. Chaque point a été discuté au fur et à mesure de l’avancée du programme avec nos partenaires sahraouis, en tenant compte à chaque fois de plusieurs paramètres: la politique générale sur les crèches définie par les autorités locales et notre propre analyse, le choix des femmes à former, le contenu du programme, les contraintes des camps (climat, logement, logistique nécessaire à l’équipe d’expatriés...), nos possibilités, la coordination avec d’autres organisations non-gouvernementales.

Les objectifs des recyclages "former le noyau moteur de la crèche" comportent trois axes prioritaires:

-psychologie de l’enfant de 0 à 3 ans

-animation et aménagement de l’espace-jeu à la crèche:dessin, conte, imagier, musique, fabrication de jeux de récupération...

-hygiène, prévention, suivi sanitaire et nutritionnel, éducation des mères.

En alternant les activités pratiques et les cours théoriques, nous avons axé la formation sur les notions élémentaires nécessaires à la connaissance globale de l’enfant, pendant la vie intra-utérine, puis de la naissance jusqu’à trois ans. Enfin, nos objectifs ont consisté à faire réfléchir les femmes sur les rythmes de l’enfant, sur le jeu comme moyen d’expression et d’éveil au sein de la crèche, sur la relation adulte-enfant et sur les échanges enfant-enfant.

Sur le plan sanitaire, la surveillance de la croissance des enfants mais surtout le dépistage, la prévention et le traitement des maladies infantiles ont mobilisé les attentions.

Compte tenu des conditions de vie, les risques de diarrhées, de déshydratation aiguë et de malnutrition sont très courants et il est fondamental de passer beaucoup de temps à dire et redire les gestes simples qu’il faut connaître. Il faut savoir aussi utiliser les moyens rudimentaires dont on dispose sur le terrain. Bien sur, tout cela s’illustre en cours mais il est un autre lieu informel où tout devient concret et bien réel: c’est sous la tente, quand l’une ou l’autre femme nous convie à boire le thé? C’est là un lieu de rencontre fantastique où tout se refait, se redit et s’illustre bien mieux qu’en salle de cours. Il y a les voisines venues en curieuses, la famille au sens sahraoui et donc large du terme; tout le monde rentre, sort et chaque geste prend un autre sens. Le bambin à 4 pattes qui joue trop près du réchaud à gaz, celui dont les yeux sont rouges ou déjà purulents d’une conjonctivite si fréquente, la fillette trop maigre que nous convions à partager notre collation. Et puis, il y a les questions furtives posées par les femmes sur la planification familiale quand plus aucun homme n’est sous la tente.C’est là que se refait le cours, que se font les travaux pratiques. C’est là que nous reconsidérons notre enseignement si bien préparé. C’est à nous de nous adapter, à notre tour d’écouter et d’apprendre.

ERM (Enfants Réfugiés du Monde) - 34 rue Gaston Lauriau, 93512 Montreuil cedex, FRANCE - Tél. : 33 (0)1 48 59 60 29 - France - erm (@) erm.asso.fr

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