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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Une immigrée sénégalaise dans les réseaux d’échanges réciproques de savoirs

Sortir d’une situation d’isolement social

Diama KEBE

05 / 1996

Entrée en France depuis le mois de novembre 1977, je me suis retrouvée un peu seule dans un appartement au troisième étage, dans une petite commune de l’Essonne, dans la banlieue sud de Paris. Je ne connaissais personne et je me sentais perdue, aussi ma première préoccupation a été : comment nouer des liens pour entrer en contact avec mon nouvel entourage et m’intégrer ainsi dans ma nouvelle ville. Ce n’était pas chose facile, car je ne connaissais pas du tout la culture de ce nouveau pays, puisque je venais du Sénégal.

Dès la rentrée des classes en septembre 1977, je me suis inscrite dans une Ecole supérieure de gestion à Paris où je suis restée deux années. Ce fut ma première ouverture, et dans le même temps, la découverte de la vie estudiantine en France. Une première barrière fut brisée sur la peur et l’appréhension de l’autre. Quelques relations furent établies avec des organisations d’étudiants comme l’ASF (Association des Sénégalais en France). L’année suivante, avec la naissance de ma première fille, j’ai décidé de rester chez moi pour m’en occuper, et ce pendant trois ans. Ce fut le début d’un enfermement total. Après cette période, le désir de m’intégrer devenant urgent, le seul moyen que j’avais trouvé a été de m’inscrire sur une liste de parents d’élèves pour leur représentation au conseil d’école de mon quartier. Cette occasion m’a permis de faire connaissance de parents élus et de l’équipe enseignante des deux écoles primaire et maternelle, regroupant des enfants de 3 à 11 ans. Avec les difficultés de la conjoncture, je ne parvenais pas à trouver du travail, j’ai alors commencé à mener des actions volontaires au sein de l’école maternelle (enfant de 3 à 6 ans). Avec d’autres parents du quartier, nous faisions les prêts des livres aux enfants, nous leur lisions des histoires deux fois par semaine pendant une heure. L’année suivante, le directeur de l’école primaire me proposait de suivre un stage bibliothèque avec l’équipe enseignante (maternelle/primaire). Ainsi, systématiquement, le directeur et les enseignants faisaient appel à moi dès qu’une sortie était organisée par exemple.

Au fur et à mesure, j’avais tissé des liens avec parents, enfants, enseignants, facilités par la création d’une association parents / enseignants au sein de l’école primaire et où je me retrouvais trésorière. J’avais retrouvé du travail et mes actions volontaires se faisaient chez moi, à savoir, taper les carnets scolaires sur mon ordinateur, ou faire des affiches pour la fête de fin d’année scolaire, ou taper des circulaires, etc.

En 1992, je me suis de nouveau retrouvée au chômage. Un jour, en parlant avec la directrice de l’école maternelle de ce que je pouvais bien faire pour me sentir utile, elle me révéla l’existence d’une association dans le quartier appelée "Réseau d’Echanges Réciproque de Savoirs" (association dont le but avoué est de mettre en relation des personnes qui veulent échanger des savoirs sur le mode de la réciprocité ouverte.)L’idée me plaisait et je décidais d’en savoir plus. La directrice me mit en contact avec une dame qui s’en occupait, et le lendemain je rencontrais cette personne. Après les questions et réponses sur cette association, je formulais moi-même une offre et une demande selon les règles établies. La semaine suivante, je commençais mon échange en tant qu’offreuse. J’étais tellement emballée par ce nouveau projet que je ne pouvais m’empêcher d’en parler autour de moi, à chaque fois qu’une occasion se présentait, surtout lorsque je rencontrais des compatriotes qui, venant du Sénégal, vivaient l’enfermement que j’avais vécu moi-même quelques années auparavant.

Ce n’est certes pas toujours facile de s’intégrer dans un pays dont on ignore la culture, les habitudes. Mais le fait de trouver un endroit où l’on a la possibilité de s’exprimer, de parler de soi, de partager ses richesses tout en gardant ses particularités et de s’enrichir en se valorisant, est une idée très originale et formidable. Le Réseau d’Echanges Réciproques de Savoir est un lieu où l’on apprend à apprendre, à se tolérer, à se reconnaître et se connaître.

Nous n’avons pas de statistiques, nous refusons de les faire, mais chacun sait que beaucoup d’immigrés et surtout de nombreuses femmes immigrées voient dans le réseaux, un moyen de sortir de chez elles, de rencontrer d’autres personnes, d’autres femmes de leur pays et d’autres. Elles retrouvent au Réseau, l’ambiance dans laquelle elles vivaient dans leur pays d’origine.

Mots-clés

autoformation, échange de savoirs, réseau d’échange de savoirs, réseau de citoyens, réseau d’échange d’expériences, émigré, femme


, France

Notes

Le MRERS est une association créée par Claire et Marc HEBER SUFFRIN en 1985 et qui fonctionne sur un mode de réciprocité ouverte, chaque participant étant à la fois offreur et demandeur de savoirs. Les fiches ont été produites dans les ateliers d’écriture de ce réseau.

Source

Texte original ; Récit d’expérience

(France)

MRERS (Mouvement des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs) - B.P. 56. 91002 Evry Cedex, FRANCE - Tel 01 60 79 10 11 - France - www.mirers.org - mrers (@) wanadoo.fr

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