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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Un journal dans la maison d’arrêt de femmes de Beauvais

Dominique PERRET

01 / 1996

Lorsque je suis arrivée à Beauvais, à soixante kilomètres au nord de Paris, j’avais déjà été sur l’initiative d’un Réseau d’Echanges Réciproques de Savoirs. C’est une association qui a pour objet de mettre en relation des personnes qui veulent échanger des savoirs. Le principe repose sur la conviction que chacun sait quelque chose, que tout savoir peut se transmettre, et que transmettre son savoir est valorisant. Or cette ville ne connaissait pas encore les Réseaux. Je me suis donc attachée pendant quelques années à en monter un.

Il est né en 1993. Parallèlement, je suivais une formation à l’animation d’atelier d’écriture. Un atelier d’écriture est un temps pendant lequel l’animateur se propose de dédramatiser l’écriture par le biais de jeux d’écrits plus ou moins longs. Je proposais donc à mon Réseau d’animer des ateliers d’écriture.

En janvier 1995, le Réseau de Beauvais est invité à animer des journées de formation dans la maison d’arrêt de femmes avec la pédagogie des Réseaux. En arrivant dans cette maison d’arrêt, je proposais aux femmes d’écrire. J’apprends qu’avec les moyens du bord, elles éditent un petit journal à l’intérieur de la maison d’arrêt, "la gazette des gazelles". Il s’agit d’une petite maison d’arrêt hébergeant au maximum une vingtaine de personnes en attente de leur jugement, il y a donc beaucoup de changements de personnes. On commence alors à rêver ensemble d’un journal, écrit avec elles et des personnes des Réseaux, et que l’on pourrait vendre à l’extérieur. A ce moment, une seule chose est sûre, on décide d’aborder un thème différent à chaque numéro.

Puis des personnes de Besançon, au Nord-Est de la France, sont venues animer un atelier d’écriture dans la prison avec pour thème : "un souvenir de journal". Je commence à en parler aux différents Réseaux pour qu’il y ait un début de mobilisation autour de ce futur journal. Le premier thème est choisi par les femmes de la maison d’arrêt ; ce sera celui de la liberté. Dans le même temps, le partenariat avec le Réseau de Besançon se poursuit puisque je suis allée animer un atelier d’écriture dans le Lubéron, auquel ils ont participé. A mon retour il a fallu trouver des financements pour pouvoir payer le journal : Une banque, la Caisse d’Epargne, est partante pour nous cofinancer. Un autre problème se posait à nous : nous ne savions pas faire un journal. Nous avons donc demandé à une maquettiste de venir nous aider. Seulement cette personne n’a pas compris la pédagogie des Réseaux et ne voulait pas nous impliquer dans la maquette de ce journal.

Finalement, trois personnes des Réseaux ont pu un peu l’assister. Le premier "journal des écrivants" est sorti avec en majorité des textes écrits par les prisonnières et très peu de textes venant des différents Réseaux. Pour le deuxième numéro, Sophie, une participante du Réseau de Beauvais, a appris la "Publication Assistée par Ordinateur" en échange de savoir, pour pouvoir faire les prochaines maquettes. Le thème : La solitude, a encore été choisie par les prisonnières. Le prochain journal portera sur l’apprentissage et le suivant sur l’écriture. Les thèmes s’écartent, de plus en plus, de l’emprisonnement. Parallèlement, les femmes écrivent un petit journal qui ne regroupe que des textes qu’elles ont écrits et dont la vente permet de réunir des fonds pour acheter le nécessaire pour accueillir les nouvelles prisonnières.

Ce journal s’avère être un bon outil pour les Réseaux mais aussi pour les institutions qui restent nos plus nombreux abonnés. Mais l’ensemble des Réseaux commencent à être de plus en plus motivés, j’en veux pour preuve le nombre de textes qu’ils nous envoient. Ces textes sont rédigés pendant divers ateliers d’écriture, et le journal devient donc une motivation pour faire écrire de plus en plus de personnes dans les Réseaux.

Mots-clés

autoformation, échange de savoirs, réseau d’échange de savoirs, réseau de citoyens, réseau d’échange d’expériences, prison, femme


, France, Beauvais

Notes

Le MRERS est une association créée par Claire et Marc HEBER SUFFRIN en 1985 et qui fonctionne sur un mode de réciprocité ouverte, chaque participant étant à la fois offreur et demandeur de savoirs. Les fiches ont été produites dans les ateliers d’écriture de ce réseau.

Source

Récit d’expérience ; Texte original

(France)

MRERS (Mouvement des Réseaux d’Echanges Réciproques de Savoirs) - B.P. 56. 91002 Evry Cedex, FRANCE - Tel 01 60 79 10 11 - France - www.mirers.org - mrers (@) wanadoo.fr

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