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dialogues, propositions, histoires pour une citoyenneté mondiale

Un échec de la techno-science dans les pays en voie de développement ?

Les sciences et les techniques importées n’ont, en général, pas permis aux pays du tiers-monde de trouver des raccourcis sur la voie du développement

Jacques POULET MATHIS

02 / 1998

Dans l’article sous référence, intitulé "le miracle n’a pas eu lieu dans le Sud ", J. L. MOTCHANE, professeur de physique à l’Université Paris VII, rappelle d’abord que les politiques de développement menées dans le tiers-monde après la 2ème guerre mondiale avaient été, au départ, en grande partie fondées sur le modèle d’évolution des pays industrialisés. Ces derniers ayant mis un siècle à passer d’une société rurale à une société industrielle, bien des experts pensaient que les PVD parviendraient beaucoup plus vite aux mêmes résultats en utilisant les connaissances scientifiques et techniques des pays du Nord. Un demi-siècle d’expérience a montré, au contraire que, malgré des contributions positives, notamment dans les domaines de la santé ou de l’agriculture, il n’en a rien été. En revanche, l’utilisation inappropriée de ces techniques dans des contextes ou les conditions culturelles économiques, sociales et politiques nécessaires pour les assimiler et en tirer partie n’étaient pas réunies, a produit des résultats décevants voire néfastes. C’est le cas pour l’agriculture. En Afrique, l’échec de la "révolution verte" a été dramatique: depuis 1961, la production alimentaire y a diminué de 20% alors que la population y augmentait de 3% par an. En Inde, malgré d’indiscutables progrès, la majorité de la population rurale n’a pas pu profiter des nouvelles techniques, beaucoup trop coûteuses et trop éloignées des savoir-faire traditionnels. Leur introduction a accru les inégalités sociales, les disparités ville-campagne et la dépendance à l’égard des firmes industrielles des pays du Nord. On observe une évolution analogue en matière de santé, après une phase d’amélioration sensible. S’y ajoute le problème spécifique des médecins, dont la formation sur le modèle occidental fournit un autre exemple d’inadaptation. Avec les deux tiers de la population mondiale, le tiers-monde ne dispose que du quart de la totalité du corps médical. Pourtant les PVD forment globalement plus de médecins qu’ils ne peuvent en employer, du moins en leur assurant des conditions de tarvail et de salaire en rapport avec leur formation ; un grand nombre d’entre eux se retrouvent alors au chomage ou émigrent vers les pays industrialisés. Cet exode des cerveaux se retrouve dans d’autres domaines, notamment dans celui de la recherche. Les pays du Nord alimentent ainsi à bon compte leurs laboratoires en privant les pays du Sud d’une part de leurs meilleurs chercheurs. Ce problème est encore aggravé par la faiblesse, compréhensible, des budgets de recherche de ces pays, budgets dont les priorités ne semblent guère, lorsqu’ils commencent à peser, en rapport avec les nécessités socio-économiques des pays. C’est ainsi que l’Inde, par exemple, n’a consacré pendant plus de 10 ans, que 10% de son budget de recherche à l’agriculture, contre 40% à la recherche nucléaire. Les politiques volontaristes d’industrialisation rapide ont, en général, mal estimé les difficultés de formation d’une main d’oeuvre suffisamment qualifiée ou celles de l’adaptation entre cultures differentes... Les progrès globaux ne sont cependant pas, à première vue, négligeables. La production industrielle des PVD a été multiplié par 8 de 1950 à 1990 mais elle les a parfois entraînés davantage dans la spirale de l’endettement.

Aucune amélioration notable n’interviendra sans évolution politique et sociale. Les progrès dans cette voie sont autrement plus efficaces que la construction de barrages gigantesques, qui provoquent des catastrophes écologiques, ou l’achat d’usines "clés en main" qui s’arrêtent faute de débouchés ou de techniciens pour les faire tourner. Ce ne sont pas les sciences et les techniques qui sont ici en cause, mais la manière dont elles sont utilisées et les interêts qu’elles servent.

Mots-clés

transfert technologique, culture et technique, tradition et modernité, développement industriel, recherche et développement


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dossier

Idées, expériences et propositions sur les sciences et la démocratie

Commentaire

Même si la combinaison des facteurs culturels, économiques, sociaux, politiques prend des formes fort variées selon les régions et les pays du monde (des "nouveaux pays industrialisés" à l’Afrique centrale, en passant par le "cône sud" de l’Amérique latine, l’Inde ou le Mexique...)on y retrouve toujours, peu ou prou, avec des intensités variables, l’un ou/et l’autre des principaux problèmes soulignés par cet article. Seule réserve peut-être ; je ne mettrais pas si rapidement "hors de cause" "les" sciences et "les" techniques. Comme "manières de voir" et comme "manières de faire" elles ne sont jamais séparables des conditions mêmes non seulement de leur mises en oeuvre mais de leur élaboration (conditions culturelles, économiques,...)Et c’est bien ce pourquoi leur transfert peut poser problème.

Notes

Cette fiche reprend les éléments pour moi les plus significatifs du texte de l’article sous reference "Le miracle n’a pas eu lieu dans le Sud" de Jean-Loup MOTCHANE, qui est professeur de physique à l’Université Paris VII.

Source

Articles et dossiers

MOTCHANE, Jean Loup, L'homme en danger de science? in. LE MONDE DIPLOMATIQUE, 1992/05, N°15, "Manière de voir"

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